Économie

Un nouveau salaire minimum loin d’être suffisant? Il faudrait gagner 30$ l’heure pour vivre dignement à Montréal

Le salaire minimum ne représente «que 66% du revenu viable», constate l’IRIS dans ses données.

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Le salaire minimum, qui passera à 16,60$ l’heure le 1er mai, demeurera bien loin du revenu nécessaire pour vivre dignement au Québec, dévoile l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS). Le salaire minimum, qui passera à 16,60$ l’heure le 1er mai, demeurera bien loin du revenu nécessaire pour vivre dignement au Québec, dévoile l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS). (Noovo Info)

Le salaire minimum, qui passera à 16,60$ l’heure le 1er mai, demeurera bien loin du revenu nécessaire pour vivre dignement au Québec, dévoile l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS). Pour atteindre un «revenu viable» permettant de sortir de la pauvreté, une personne vivant seule à Montréal devrait «gagner un salaire horaire d’environ 30$», soit près de 13,50$ de plus que le nouveau salaire minimum.

Dans ses nouvelles données, l’IRIS affirme que le salaire minimum permettra à un Montréalais vivant seul d’atteindre «que 66% du revenu viable», et ce, même s’il travaille à temps plein.

«C’est la quatrième année de suite où il y a un recul. On arrive de moins à moins à atteindre le revenu viable avec le salaire minimum», a lancé d’emblée la chercheuse Eve-Lyne Couturier, qui est à l’origine de ces calculs.

«On augmente le salaire minimum, mais ça ne nous ramène pas plus proche de la sortie de la pauvreté, car tout coûte plus cher et on garde les gens dans la précarité», a-t-elle déclaré en entrevue au Noovo.Info.

De son côté, le ministre du Travail, Jean Boulet, a justifié cette hausse de 50 cents du salaire minimum, mentionnant qu’il était important d’y aller d’une hausse «équilibrée» du salaire minimum en raison du contexte économique actuel.

«Cette hausse protège le pouvoir d’achat des travailleuses et des travailleurs, et ce, tout en permettant à nos entreprises de demeurer compétitives. Elle va aussi contribuer à inciter des personnes sans emploi à intégrer le marché du travail», a répliqué M. Boulet.

Le ministre de l'Énergie, Jean Boulet, prend part à la période de questions à l'Assemblée nationale, le 10 février 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot Le ministre Jean Boulet prend part à la période de questions à l'Assemblée nationale, le 10 février 2026. (Jacques Boissinot)

Pendant ce temps à Montréal, une personne seule a besoin d’un revenu annuel après impôts de 41 585$ pour atteindre le revenu viable; une hausse de 3,7% par rapport à l’an dernier, rapporte l’IRIS. Une famille de deux adultes et deux enfants en CPE s’élève à 88 812$ et représente une hausse de 4,2%.

«Pour les personnes salariées, la sortie de la pauvreté n’est pas garantie», indique le rapport, notamment avec les importantes hausses de loyer. On constate qu’à Gatineau, le logement est devenu plus dispendieux qu’à Montréal et à Québec. Une personne seule doit prévoir des dépenses annuelles de 20 745$ pour se loger à Gatineau, comparativement à Montréal et à Québec où il faut payer respectivement 18 412$ et 16 034$.

C’est à Trois-Rivières que l’on remarque le revenu viable le plus bas depuis quelques années grâce à son transport en commun très abordable. Or, on y constate une hausse «préoccupante» des loyers; les Trifluviens ont fait face à une hausse importante de 15% entre 2024 et 2025.

«Ce qui est préoccupant, c’est qu’on voit un rattrapage dans les villes où ça coûte moins cher», a expliqué Mme Couturier.

Le loyer est moins cher (en région), mais le loyer augmente rapidement, ce qui fait en sorte que dans les prochaines années, l’écart entre Montréal et les autres villes pourrait diminuer.

—  Eve-Lyne Couturier, chercheuse de l'IRIS

Mme Couturier rappelle qu’il existe plusieurs moyens d’économiser et de joindre les deux bouts sans avoir besoin de toucher un salaire moyen de 30$ l’heure, tels que la colocation et le covoiturage.

«Il existe des façons de réduire sa facture, mais c’est quand même très préoccupant que l’écart entre le revenu viable pour sortir de la pauvreté et le salaire minimum soit aussi grand», a-t-elle soutenu.

Couturier entrevue (Zoom | Noovo Info)

Comment calcule-t-on un «revenu viable»?

L’IRIS, qui calcule depuis 2015 le montant nécessaire pour permettre à certains types de ménages de différentes régions de sortir de la pauvreté, constate pour la première fois que le revenu viable de Montréal a dépassé celui de Sept-Îles. La raison? Le coût du logement, réitère Mme Couturier.

Elle souligne que le revenu viable se base sur les biens et services nécessaires «pour répondre à ses besoins» - soit le logement, le transport, l’alimentation nutritive, les vêtements et les autres nécessités - tout en ayant une vie plus «décente et variée». Les chiffres de l’IRIS se différencient donc de ceux de la Mesure du panier de consommation (MPC), qui ne calcule que le revenu nécessaire pour couvrir les besoins essentiels. L’IRIS prend d’ailleurs la «capacité de répondre aux imprévus» au quotidien dans ses calculs, ajoute la chercheuse.

«L’alimentation, les taux d’augmentation des coûts sont plus importants que l’inflation depuis des années. Dans l’ensemble du Québec, en moyenne, les loyers ont des hausses de 10,9%, ce qui est plus élevé que les recommandations du TAL», a-t-elle déploré.

Mme Couturier aimerait que les données sur le revenu viable envoient deux messages à ses yeux: il faut augmenter le salaire minimum et les prestations de dernier recours, mais il faut aussi «agir pour réduire la pression des dépenses» pour les familles de classe moyenne et les personnes à faible revenu.