Économie

Un entrepreneur québécois prépare le retour de Dunkin’ Donuts au Canada

Foodtastic a obtenu un droit de franchisage exclusif pour ouvrir une centaine de restaurants de la chaîne de café et de beignes.

Mis à jour le 

Publié le 

Deux beignes et un café de Dunkin’ photographié à Derby, au New-Hampshire, aux États-Unis le 10 janvier 2025. (AP Photo) Deux beignes et un café de Dunkin’ photographié à Derby, au New-Hampshire, aux États-Unis le 10 janvier 2025. (AP Photo) (Charles Krupa)

Un entrepreneur québécois veut faire renaître la chaîne de restauration Dunkin’ Donuts au Canada.

Le franchiseur montréalais Foodtastic a conclu un droit de franchisage exclusif avec la société américaine Inspire Brands, propriétaire de Dunkin’.

Le fondateur et chef de la direction de Foodtastic, Peter Mammas, croit pouvoir ouvrir «600 à 700» restaurants de la chaîne américaine de beignes et café au Canada, dont près de 200 au Québec, avance l’homme d’affaires en entrevue, mardi.

Le premier Dunkin’ devrait ouvrir ses portes vers la fin de l’année ou au début de l’année 2027.

«Ça va prendre un petit peu de temps pour trouver des sites, trouver des franchisés, explique M. Mammas. D’après moi, d’ici 12 mois, on va ouvrir un Dunkin’ par semaine

Dunkin’ était une marque bien connue au Québec dans les années 1990, mais la chaîne de restauration a décliné pour finalement disparaître.

La chaîne a dû composer avec la concurrence de Tim Hortons et a connu des relations difficiles avec ses franchisés. Inspire Brands n’était pas le propriétaire à l’époque.

Le modèle de Dunkin’ a changé depuis, souligne M. Mammas. Il croit que l’entreprise peut se démarquer avec son offre de boissons froides, qui plaisent à une clientèle plus jeune, selon lui.

Il raconte avoir eu de l’intérêt pour la chaîne au logo orange lorsqu’il a rendu visite à sa fille, qui étudie à Boston aux États-Unis. «Elle me disait qu’ils sont beaucoup mieux que la compétition au Canada.»

Il y a un réel engouement des consommateurs de la génération Z pour les boissons froides et le marché du café est un segment rentable de la restauration, abonde le stratège de la vente au détail chez Studio RX, Carl Boutet.

Le défi sera d’offrir une boisson à bas prix tout en créant une ambiance où les jeunes ont envie de se réunir, estime M. Boutet.

Foodtastic devra aussi insuffler «de l’énergie à la marque» en utilisant bien les réseaux sociaux. M. Boutet donne en exemple le recours aux micros-influenceurs, soit des créateurs de contenu qui ont un public très ciblé.

«Jusqu’à maintenant, je ne trouve pas que c’est une façon dont ils (Foodtastic) se sont démarqués avec leurs autres marques dans leur portfolio», commente l’expert qui est aussi chargé de cours à l’Université McGill.

L’homme d’affaires ne craint pas la concurrence de Tim Hortons, qui jouit d’un certain statut d’emblème culturel dans le Canada anglais. «Je trouve que ça vieillit beaucoup et que les jeunes ne s’identifient pas avec Tim Hortons», avance M. Mammas.

Il croit que Tim Hortons a «perdu son chemin». «Ils font même de la pizza, ils ne savent pas où ils vont.»

Pour sa part, Tim Hortons rétorque qu’elle est la chaîne de restauration rapide la plus populaire chez les 34 ans et moins. La chaîne affirme que ses ventes comparables sont en progression depuis 20 trimestres consécutifs et qu’elle sert quotidiennement 4 millions de clients.

«La fondation de Tim Hortons est notre connexion avec la communauté, répond l’entreprise dans une déclaration écrite. Nous avons près de 4000 restaurants au Canada, qui sont détenus et gérés par des propriétaires canadiens.»

M. Boutet croit que Tim Hortons, avec une clientèle plus âgée et plus fidèle, ne serait pas le principal concurrent de Dunkin’. «Leur concurrent, ça va être McDonald’s avec son McCafé.»

M. Mammas ne sait pas pourquoi l’aventure de Dunkin’ s’est terminée au Canada, mais il souligne que son retour sera piloté par l’équipe de Foodtastic.

«C’est une entreprise canadienne qui va s’en occuper, répond-il. On connaît le marché canadien. On connaît le marché québécois.»

L’entreprise québécoise a déjà conclu une autre entente avec le propriétaire de l’enseigne, Inspire Brands, afin de développer le concept de Jimmy John’s, un restaurant de sandwichs.

Sans entrer dans les détails, il ne ferme pas la porte à conclure une autre entente avec Inspire Brands, qui possède notamment Baskin-Robbins et Buffalo Wild Wings.

Il faudra que la chaîne en question cible un marché qui n’est pas dans le portefeuille de Foodtastic, qui compte notamment Nickels, la rôtisserie Au Coq ainsi que La Belle et la Bœuf.

Il donne l’exemple du segment du marché du café. Foodtastic est présent dans le segment plus haut de gamme avec Second Cup, mais elle n’avait pas de chaîne pour rivaliser avec l’offre à petit prix de Tim Hortons et McDonald’s.

Le contexte est plus difficile pour l’industrie de la restauration rapide, reconnaît M. Mammas.

Ce contexte cyclique offre toutefois des avantages pour développer une marque comme Dunkin’. «Ça va nous aider à trouver des sites, avance M. Mammas. Il y a malheureusement des restaurants qui vont fermer. Il y a des propriétaires qui auront des bâtiments qu’ils vont vouloir louer.»

Stéphane Rolland

Stéphane Rolland

Journaliste