Un conflit de travail qui s’étire a coûté 66 millions $ après impôt à l’épicier Metro en trois mois. L’entreprise préfère payer la note plutôt que d’accepter une entente qui nuirait à sa «compétitivité à long terme», insiste son patron lors d’une présentation aux investisseurs.
«Nous sommes prêts à poursuivre les négociations avec le syndicat, mais ces discussions doivent se tenir dans un cadre réaliste», répond le président et chef de la direction, Eric La Flèche, lors d’une conférence téléphonique, mercredi, visant à discuter des plus récents résultats trimestriels.
Les employés syndiqués de son centre de distribution de fruits et légumes à Laval, qui sont affiliés à la CSN, sont en grève depuis la fin du mois de mars. Le conflit de travail a perturbé l’approvisionnement de l’épicier derrière les enseignes Metro et Super C.
L’employeur et le syndicat se sont renvoyé la responsabilité de l’impasse dans les négociations, mercredi. «La balle est dans leur camp», déclare M. La Flèche.
Pour sa part, le président du syndicat, Matthieu Lafontaine, accuse l’employeur «d’être l’artisan de son propre malheur», dans une déclaration écrite. «Nos demandes sont raisonnables et elles le sont depuis le début. Nous demandons des conditions de travail équitables, un rattrapage salarial qui nous permette de récupérer le pouvoir d’achat perdu en raison de l’inflation.»
Les clients de l’épicier ont pu constater les conséquences de la grève, tandis que certaines variétés de fruits et de légumes n’étaient plus disponibles en magasin au début du conflit.
Metro a trouvé des solutions de rechange avec «des fournisseurs logistiques externes». «Ça coûte évidemment plus cher que les conditions d’opération normales avec nos propres infrastructures», admet le chef des finances, Nicolas Amyot, au cours du même appel.
Selon M. La Flèche, la variété de fruits et légumes offerts s’améliorerait «de semaine en semaine». «L’assortiment n’est pas (rétabli) à 100 %, mais ça s’en vient près de ça», affirme le dirigeant.
«Ce n’était pas le cas au début, c’est vrai, enchaîne-t-il. Par exemple, les gens ne pouvaient pas trouver certains produits biologiques dans nos magasins pour un certain temps.»
Un horizon embrouillé
Les résultats du troisième trimestre de Metro, clos le 4 juillet, ont été reçus sans surprise par les investisseurs, alors que la direction les avait déjà prévenus à la fin du mois de juin que la grève aurait un impact financier.
La question est de savoir quand la situation reviendra à la normale pour l’entreprise, estime l’analyste Brian Morrisson, de Valeurs mobilières TD, dans une note.
«La visibilité sur le moment du retour à un rythme de croissance du bénéfice ajusté par action de 8 % à 10 % est déterminante pour réduire l’écart d’évaluation avec l’action de Loblaw», juge l’expert.
M. La Flèche estime que la grève continue de peser sur les résultats financiers du quatrième trimestre. «Pour les quatre premières semaines du quatrième trimestre, les ventes comparables en épicerie sont en baisse de 1,5 %.»
Changement à l’épicerie en ligne
Metro a également annoncé un changement de stratégie pour l’épicerie en ligne.
L’entreprise prévoit fermer son magasin fantôme à Montréal, qui servait les clients qui passaient des commandes en ligne, explique le chef de l’exploitation, Marc Giroux, qui succédera à M. La Flèche à la fin septembre.
La société veut faire la transition vers un modèle de traitement des commandes en magasin, avec une livraison assurée par des tiers.
«Les attentes des consommateurs évoluent et ils s’attendent davantage à une livraison le jour même, explique-t-il. En traitant les commandes en magasin, nous nous rapprochons du client, ce qui nous permettra de faire plus de livraison le jour même.»
Résultats similaires aux attentes
Metro a dévoilé des résultats trimestriels similaires aux attentes, plus tôt dans la journée mercredi,
L’entreprise, qui possède également l’enseigne de pharmacie Jean Coutu, a enregistré un bénéfice net en baisse de 34,6 % à 211,3 millions $ au troisième trimestre.
Pour sa part, le bénéfice ajusté par action s’est établi à 1,24 $. Les revenus ont augmenté de 1,4 % à 6,97 milliards $.
Avant la publication des résultats, les analystes anticipaient un bénéfice par action de 1,24 $ et des revenus de 6,91 milliards $, selon la firme de données financières LSEG.
L’action de Metro gagnait 1,35 $, ou 1,50 %, à 91,13 $ à la Bourse de Toronto vers midi.

