Économie

Transcontinental vendra ses activités d’emballage à ProAmpac Holdings

Selon la présidente exécutive du conseil de Transcontinental, l’entreprise entame un «nouveau chapitre».

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Logo de Transcontinental Selon la présidente exécutive du conseil de Transcontinental, Isabelle Marcoux, l'entreprise entame un «nouveau chapitre» de son histoire. Photo prise à Montréal le mardi 11 mars 2014. (Graham Hughes/La Presse canadienne)

MONTRÉAL — Transcontinental a pris les investisseurs «par surprise» en annonçant, lundi, la vente de ses activités d'emballage à ProAmpac Holdings pour 2,10 milliards $, un secteur longtemps présenté par la société montréalaise comme ayant un bon potentiel de croissance à long terme.

Transcontinental continuera ses activités dans le secteur de l’impression et a l’intention de maintenir son siège social à Montréal.

L’imprimeur fondé en 1976 par l’entrepreneur Rémi Marcoux avait fait le saut dans l’emballage en 2014. À cette époque, le secteur était considéré comme une avenue de croissance, tandis que le marché de l'impression pour les journaux et magazines était en déclin.

Or, le contexte a évolué pour l’industrie de l’emballage, qui a connu un mouvement de consolidation dans les dernières années, a expliqué la présidente exécutive du conseil, Isabelle Marcoux, en entrevue.

«La croissance était devenue très difficile», a reconnu la femme d’affaires, qui est aussi la fille du fondateur.

De plus, la prime offerte aux actionnaires par l’entreprise américaine ProAmpac était «énorme», a-t-elle souligné.

L’entente confère une valeur de près de 9 fois le bénéfice avant impôts, intérêts et amortissement (BAIIA), tandis que l'action de Transcontinental s’échange aux alentours de 5,5 fois.

À la conclusion de la transaction, qui est sujette à l’approbation des autorités réglementaires, les actionnaires recevront un dividende spécial de 20 $ l’action.

La nouvelle a pris par surprise l’analyste Sean Steuart, de TD Cowen. «Transcontinental avait pris une pause avec les acquisitions dans le secteur de l’emballage, mais le secteur était toujours perçu comme une occasion à long terme», a-t-il réagi dans une note.

Un marché à l’avantage des vendeurs

Depuis près d’un an, le conseil d’administration de Transcontinental réévaluait sa stratégie dans l’emballage.

«On a fait des démarches tant comme acheteur que comme vendeur», a précisé Mme Marcoux.

Le prix à payer a toutefois rebuté l’entreprise québécoise. «C’était devenu difficile de dire: "OK, on peut prendre un gros morceau" parce que c'était bien trop cher», a-t-elle confié.

L’action de Transcontinental s’échangeait aux alentours de 5,5 fois le BAIIA. Les cibles potentielles avaient une valeur de «9 fois et même plus». «Donc, ça devenait des acquisitions qui étaient dilutives, où on ne créait pas de valeur pour nos actionnaires», a-t-elle expliqué.

Investir davantage dans les activités existantes n’aurait pas été une option lucrative, selon Mme Marcoux, qui indique que l’entreprise a déjà fait des investissements «importants» dans ses activités d’emballage.

«Le résultat de ces investissements-là a généré beaucoup moins de croissance qu'on aurait escomptée parce que les volumes sont sous pression dans l'industrie de l'emballage et les prix sont sous pression», a-t-elle expliqué.

La division emballage de l’entreprise québécoise était déjà principalement américaine. Le siège social de la division était d’ailleurs basé à Chicago.

Le secteur emballage compte trois «petites» usines au Canada, dont une à Pointe-aux-Trembles sur l’île de Montréal. Les usines et les employés passeront dans le giron ProAmpac.

L’entreprise américaine n’a pas donné de garanties sur les emplois, mais Mme Marcoux a indiqué que les établissements canadiens étaient «solides» et «rentables».

Il n’a pas été possible d’obtenir davantage de précisions sur les intentions de ProAmpac, jointe plus tôt en avant-midi.

L’entreprise américaine est déjà présente au Canada avec une dizaine d’usines, situées au Québec et en Ontario, selon son site web.

Optimiste pour l’impression

La famille Marcoux, l’actionnaire de contrôle de Transcontinental, a l’intention de poursuivre les activités de l’entreprise, à Montréal, en tant que société cotée en Bourse, a réitéré Mme Marcoux en entrevue et en conférence téléphonique avec les analystes.

«On va continuer d’investir au Québec, au Canada, a-t-elle insisté en entrevue. Notre intention, c’est de doubler la mise au Canada, vraiment d’investir pour accroître notre présence au Canada.»

Elle a précisé que le contexte de tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis n’a pas joué dans la décision.

Les activités d’impression de Transcontinental, connue du grand public pour sa circulaire Raddar, sont sur un pied plus solide qu’elles ne l’étaient lorsque l’entreprise a décidé de se diversifier dans le secteur de l’emballage, a souligné la femme d’affaires.

L’impression des journaux et magazines, un marché en déclin, n’est plus proéminente. Les activités «médias» sont maintenant tournées vers l’édition scolaire.

L’affichage publicitaire en magasins est aussi identifié comme une avenue de croissance, malgré la concurrence des détaillants en ligne et des stratégies promotionnelles numériques.

Les détaillants souhaitent toujours afficher de l’information dans leurs commerces, a expliqué Mme Marcoux. «L'expérience en magasin devient importante pour les détaillants. Ils investissent dans les magasins.»

«Par exemple, chaque semaine, on expédie au moins un article vers 30 000 destinations à travers le Canada. Donc, il en reste des magasins au Canada», a-t-elle insisté.

Transcontinental poursuivra ses activités avec un ratio d’endettement «a peu près» comparable avant et après la transaction.

Environ 400 millions $ des liquidités tirées de la vente seront consacrés au remboursement de la dette, tandis que 1,67 milliard $ sera remis sous forme de dividende.

L’action de Transcontinental a gagné 3,79 $, ou 19,07 %, à 23,66 $ à la fin de la séance de la Bourse de Toronto.

Entreprise dans cette dépêche: (TSX:TCL.A)

Stéphane Rolland, La Presse Canadienne

Thomas Laberge

Thomas Laberge

Journaliste