Économie

Transat: les actionnaires rejettent l’offre de Pierre Karl Péladeau

C’est un autre revers pour M. Péladeau, après plusieurs tentatives pour acquérir l’entreprise par le biais de sa société d’investissement Financière Outremont.

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Transat: les actionnaires rejettent l’offre de Pierre Karl Péladeau Le conseil d’administration de Transat remporte une autre manche dans le conflit actionnarial qui l’oppose à Pierre Karl Péladeau.

Le conseil d’administration de Transat remporte une autre manche dans le conflit actionnarial qui l’oppose à Pierre Karl Péladeau, mais l’homme d’affaires québécois n’a pas l’intention d’abandonner la partie.

Les actionnaires ont rejeté le plan de M. Péladeau, mardi, selon les résultats préliminaires dévoilés lors de l’assemblée annuelle de la société montréalaise.

L’issue du vote est «un mandat clair» en faveur de la stratégie de redressement de la société montréalaise, affirme la présidente et cheffe de la direction de Transat, Annick Guérard, en conférence téléphonique avec les analystes après l’assemblée.

«Ce mandat donne plus de certitude pour les consommateurs, les employés, nos fournisseurs, nos créanciers et les autorités réglementaires afin que nous puissions poursuivre», ajoute-t-elle.

M. Péladeau n’a pas l’intention de baisser les bras pour autant. «Est-ce qu’on est en deuxième ou en troisième manche? On verra bien, mais on est certainement très loin de la fin de la partie», déclare-t-il en marge de l’assemblée des actionnaires.

La présidente du conseil d’administration de Transat, Susan Kudzman, estime toutefois que ce conflit n’a pas servi les actionnaires. «On va se permettre de dire que la distraction, les coûts engendrés par cet exercice démocratique, étaient un poids pour Transat.»

M. Péladeau fait de l’avenir de Transat une question de nationalisme économique, plaidant la nécessité d’assurer la pérennité de cette entreprise québécoise. «Ça me touche profondément.»

Selon lui, la dette envers le gouvernement fédéral, contractée durant la pandémie, freinerait de nouveaux investissements dans l’entreprise. «Vous comprendrez que si je mets 50 millions $, ce n’est pas vrai que cet argent-là va aller en remboursement de la dette du gouvernement fédéral», dénonce-t-il.

Un conflit d’actionnaires

Après plusieurs tentatives pour acquérir l’entreprise, M. Péladeau, par le biais de sa société d’investissement Financière Outremont, est revenu à la charge en décembre dernier.

L’actionnaire mécontent a affirmé qu’il y avait de «graves lacunes» dans la gestion de Transat. M. Péladeau a proposé sa candidature au conseil d’administration ainsi que celles de trois collaborateurs. Il a demandé également une restructuration du bilan de la société et le lancement d’un examen stratégique.

Pour sa part, le conseil d’administration de Transat a rétorqué que la Financière Outremont, qui détient environ 9,5 % des actions, cherchait à contrôler la société «sans participation proportionnelle».

Transat a accusé l’actionnaire activiste de mener une offensive «sans stratégie claire», ce qui perturberait les activités de la société. Le transporteur aérien a affirmé que l’entreprise «a atteint un point d’inflexion dans sa relance».

Détenant plus de 16 % des actions, la Caisse et le Fonds de solidarité FTQ, qui obtiennent un siège au conseil, ont annoncé qu’ils se rangeaient derrière Transat.

Les deux agences Institutional Shareholder Services (ISS) et Glass Lewis ont recommandé aux actionnaires d’appuyer Transat.

En entrevue sur les ondes de Noovo Info, l’analyste politique Alain Rayes a mentionné que cette saga n’aide pas du tout Air Transat, «qui met toute son énergie contre cet actionnaire qui tente de prendre le contrôle» alors que le transporteur aérien est en difficulté financière.

Des billets plus chers

L’effet du conflit en Iran sur le prix du carburant retient également l’attention des investisseurs, mardi.

Le transporteur aérien a déjà commencé à ajuster ses prix en conséquence, mais il y a une limite à ce que l’entreprise peut faire sans réduire la demande, indique Mme Guérard.

Transat a augmenté «sa surcharge pour le carburant» pour les vols transatlantiques. Cette hausse est incluse dans le prix total affiché. «Ce qu’on fait également est d’augmenter les prix pour les journées les plus achalandées et les itinéraires où nous voyons moins de concurrence», explique la dirigeante.

Pour le moment, la demande est résiliente depuis le début des hostilités, selon Mme Guérard.

Résultats supérieurs aux attentes

Transat a dévoilé, plus tôt mardi, ses résultats du premier trimestre avec une perte moins importante qu’anticipé par les analystes.

La société montréalaise a enregistré une perte nette de 29,5 millions $ pour la période de trois mois terminée le 31 janvier, comparativement à une perte de 122,5 millions $ à la même période l’an dernier.

La perte par action s’est établie à 0,73 $. Les revenus, pour leur part, ont progressé de 5 % pour atteindre 870,7 millions $.

Avant la publication des résultats, les analystes anticipaient une perte par action de 0,84 $ et des revenus de 852,49 millions $, selon la firme de données financières LSEG.

L’analyste Tim James, de Valeurs mobilières TD, estime que les résultats du premier trimestre sont «rassurants» dans un contexte de conflit en Iran, de suspension des vols à Cuba, de vague de violence au Mexique et d’augmentation des prix du carburant.

«Les investisseurs devraient rester prudents tant qu’il n’y aura pas plus de certitude sur le contexte géopolitique, les prix du carburant et l’actionnaire dissident (M. Péladeau)», écrit-il dans une note.

Malgré les vents contraires, l’analyste Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale, croit que Transat améliorera sa rentabilité au cours de l’exercice. «Par contre, sa dette nette reste élevée par rapport à ses résultats», prévient l’analyste dans une note.

M. Doerksen souligne que l’action de Transat s’échange «à une prime importante» par rapport au titre d’Air Canada, dont l’endettement est «beaucoup plus bas» et les marges sont plus élevées.

L’action de Transat a terminé la séance en baisse de 4 cents, ou 1,64 %, à 2,40 $ à la Bourse de Toronto.

Stéphane Rolland

Stéphane Rolland

Journaliste

Alain Rayes

Alain Rayes

Chroniqueur