Une entreprise familiale de jouets établie à Vaughan, en Ontario, affirme ne jamais avoir été payée pour des centaines de produits expédiés à Toys «R» Us Canada et avoir subi une perte de plus de 166 000 $ depuis que cette dernière s’est placée sous la protection de la loi sur les créanciers.
KidsVIP Canada vend principalement des jouets sur lesquels les enfants peuvent monter, allant des autos à pousser aux véhicules à batterie ressemblant à des modèles de marques de luxe.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News
Victoria Snaider, propriétaire de KidsVIP Canada, explique que son entreprise fournit ses jouets à cette grande chaîne de magasins canadienne depuis quelques années. Mais vers la fin de 2024, Mme Snaider affirme que Toys «R» Us Canada a commencé à manquer à ses obligations de paiement.
«Ils n’arrêtent pas de nous demander d’expédier les produits en nous assurant que nous serons payés d’ici la fin de la période des Fêtes de 2025, ce qui ne s’est jamais produit», a expliqué Mme Snaider.
CTV News Toronto a examiné plus d’une douzaine de courriels dans lesquels Toys «R» Us Canada semblait reconnaître le problème de paiement envers KidsVIP Canada.
Dans un courriel daté d’octobre 2025, l’entreprise a admis que «la situation de trésorerie est très tendue», mais a promis que d’ici le «Black Friday», elle serait dans une meilleure situation financière. Mme Snaider affirme qu’ils n’ont plus eu de nouvelles du détaillant à la mi-novembre.
D’après les factures examinées par CTV News, Toys «R» Us Canada doit à cette entreprise familiale plus de 166 000 $ pour les 680 jouets que KidsVIP lui a fournis.
Après avoir appelé l’un des représentants du détaillant pour s’enquérir des paiements en souffrance, Mme Snaider affirme qu’on lui a conseillé de les poursuivre en justice.
«C’est donc ce que j’ai fait : j’ai préparé tout le dossier et tout le reste, et le jour où nous devions remettre les documents à Toys “R” Us, ils ont déposé une demande de protection en vertu de la LACC», a dit Mme Snaider.
«Nous sommes des immigrants. Nous avons lancé cette entreprise sans aucun capital… Maintenant, pour couvrir toutes les dépenses, nous contractons des prêts assortis de frais de 30 à 40 %, car nous n’avons pas d’autre choix. L’autre option, c’est tout simplement de fermer l’entreprise et de rentrer chez nous.»
Que se passe-t-il chez Toys «R» Us?
Toys «R» Us Canada a demandé la protection contre ses créanciers le 3 février 2026.
Le tribunal a nommé Alvarez & Marsal Canada Inc. à titre de contrôleur de l’entreprise de vente au détail, ce qui signifie qu’elle est désormais chargée de gérer les affaires financières de celle-ci.
Le contrôleur devrait mener à bien la procédure prévue par la Loi sur les arrangements avec les créanciers des sociétés (LACC), qui est la loi fédérale établissant le cadre permettant à une entreprise insolvable de se restructurer sous la supervision du tribunal.
Environ deux mois plus tard, la Cour supérieure a rendu une ordonnance autorisant le lancement du processus de vente et de sollicitation d’investissements (SISP) de Toys «R» Us Canada. Dans ce dossier, cela a permis de mettre aux enchères les actifs et la propriété intellectuelle du détaillant de jouets.
«En général, l’idée est de dégager des liquidités pour satisfaire les réclamations des différents créanciers», a affirmé Jeff Berger, directeur général de TDB Restructuring Limited, ajoutant que les créanciers peuvent être n’importe qui, d’un employé à un propriétaire, pourvu qu’on leur doive de l’argent.
En juillet, le contrôleur a révélé quels soumissionnaires avaient remporté l’appel d’offres. Ad Populum LLC, une entreprise américaine gérant plusieurs sociétés de jouets, a acquis l’ensemble de la propriété intellectuelle de Toys «R» Us Canada et de Babies «R» Us Canada. Les dossiers judiciaires révèlent également que Fox Group Jumbo Canada, une entreprise basée en Israël qui ouvre des magasins à rabais au pays, a acheté le bail d’un magasin situé à Vaughan Mills.
Quand les créanciers seront-ils remboursés?
Lorsque Toys «R» Us Canada a déposé sa première demande de protection contre ses créanciers en février, Alvarez & Marsal Canada Inc. a avisé tous les fournisseurs qu’ils devaient continuer à fournir leurs produits ou services pendant la «période de suspension».
M. Berger a expliqué que cette période constituait une ligne de démarcation, car toute personne à qui l’on doit de l’argent jusqu’à cette date incluse n’est pas autorisée à intenter une action indépendante contre l’entreprise insolvable.
«Cela uniformise les règles du jeu et donne à l’entreprise ainsi qu’aux professionnels qui la conseillent un peu de répit pour cerner la situation, évaluer le contexte et déterminer la meilleure façon de procéder, toujours dans le but de maximiser les recouvrements au profit des parties prenantes», a dit M. Berger, soulignant qu’il s’agit d’un principe constant dans le processus d’insolvabilité.
Ce qui se passe généralement dans ces procédures, explique M. Berger, c’est que l’entreprise règle d’abord les créances réputées fiduciaires, qui comprennent toutes les retenues sur les salaires des employés, comme les cotisations au Régime de pensions du Canada (RPC) et les primes d’assurance-emploi (AE). Elle commence ensuite à rembourser les créanciers garantis, avant les créanciers non garantis.
Un créancier garanti est comparable à une hypothèque contractée sur une maison à titre de garantie, a expliqué M. Berger.
«Vous donnez cet actif en garantie à la banque, et celle-ci sait que si un imprévu survient et que vous ne respectez pas vos obligations hypothécaires, elle peut saisir cet actif et le vendre pour récupérer ses pertes ou le montant qu’elle a versé. C’est en fait, en termes très simples, le concept d’une dette garantie», a avancé M. Berger.
Selon la liste des créanciers accessible au public, des centaines de créanciers ont droit à un paiement de la part de Toys «R» Us Canada. Les créanciers garantis, parmi lesquels ne figurent que deux sociétés, ont droit à plus de 91 millions de dollars, tandis que les créanciers non garantis ont droit à un total d’environ 159,2 millions de dollars.
«Dans bien des cas, il ne restera probablement pas une somme considérable pour les créanciers non garantis», a mentionné M. Berger.
Les créanciers non garantis devront déposer une preuve de créance auprès de Toys «R» Us Canada; le contrôleur examinera ensuite ces créances et décidera si elles sont admises. Si elles sont acceptées, les créances seront inscrites dans un registre des créances, qui, comme l’explique M. Berger, est essentiellement une liste détaillant chaque créancier et le montant de sa créance.
«Tout fonds disponible pour rembourser les créanciers non garantis serait distribué au prorata, c’est-à-dire proportionnellement à la valeur des créances admises», a précisé M. Berger.
Bien que M. Berger ne soit pas directement impliqué dans la procédure d’insolvabilité de Toys «R» Us Canada, il dit comprendre à quel point les petits fournisseurs familiaux comme KidsVIP Canada peuvent se sentir découragés. Il souligne toutefois que la procédure se veut équitable et transparente.
«L’idée n’est pas d’essayer de faire un coup rapide, mais bien de stabiliser la situation et de créer des règles du jeu équitables pour tous les créanciers et toutes les parties prenantes», a-t-il déclaré.
Pour Mme Snaider, personne ne lui a expliqué comment et quand KidsVIP Canada recevra l’argent qui lui est encore dû, et elle commence à craindre que son entreprise ne soit jamais remboursée.
«Je ne demande rien d’inhabituel, simplement ce qui doit être fait, et chaque entreprise doit être prise en compte dans cette situation», a spécifié Mme Snaider.
CTV News Toronto a contacté à plusieurs reprises Alvarez & Marsal Canada Inc. et Toys “R” Us Canada pour obtenir des commentaires, mais n’a reçu aucune réponse.

