Le gouvernement libéral du premier ministre Mark Carney a désigné lundi la société allemande ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS) comme soumissionnaire privilégié pour la construction de la prochaine flotte de sous-marins de la Marine.
Cela signifie que le Canada va désormais entamer plusieurs mois de négociations à huis clos avec TKMS.
L’entreprise était en concurrence avec la société sud-coréenne de défense Hanwha Ocean pour remporter ce contrat lucratif.
Voici un bref aperçu des enjeux de cet important achat militaire.
Qu’achète le gouvernement canadien?
Le Canada a l’intention d’acquérir le sous-marin 212CD, s’associant ainsi à un partenariat germano-norvégien. Ces navires sont fabriqués par TKMS, une entreprise allemande qui a fourni la grande majorité de la flotte de sous-marins conventionnels de l’OTAN.
Ces sous-marins ont une taille similaire à celle de la classe Victoria actuelle; le 212CD mesure environ 74 mètres de long et 13 mètres de haut. Ils sont conçus pour accueillir un équipage d’environ 28 marins, bien qu’ils disposent d’espace supplémentaire pour accueillir davantage de membres d’équipage.
Bien que le 212CD soit un nouveau modèle qui n’est pas encore sorti des chaînes de montage, il sera produit par un exportateur de sous-marins expérimenté.
Sa coque présente une section transversale en forme de diamant, ce qui, selon le fabricant, augmentera son profil furtif et le rendra plus difficile à détecter par sonar.
L’un des principaux arguments de vente de ces sous-marins réside dans le fait que les marines allemande et norvégienne utiliseront les mêmes navires et pourront ainsi partager leur équipage, leur matériel et leur expertise.
La Norvège a également proposé au Canada de s’inspirer de ses propres plans de conception pour la construction de ses installations de sous-marins.
Pourquoi le Canada doit remplacer ses sous-marins actuels?
Les quatre sous-marins de classe Victoria du Canada doivent être retirés du service d’ici 2035.
Le gouvernement fédéral a acheté ces sous-marins, construits entre la fin des années 1980 et le début des années 1990, d’occasion au Royaume-Uni. D’ici 2035, le plus ancien de la flotte, le HMCS Chicoutimi, aura 52 ans.
Les experts militaires affirment que les sous-marins constituent un moyen de dissuasion efficace en raison de leur furtivité et qu’ils peuvent empêcher les navires étrangers de pénétrer dans les eaux canadiennes.
Les sous-marins que le Canada achète — et ceux qu’ils remplacent — sont des sous-marins diesel-électriques conventionnels, et non des sous-marins à propulsion nucléaire.
Le Canada a envisagé à plusieurs reprises dans le passé l’acquisition de sous-marins nucléaires. Ottawa a toujours fini par abandonner cette idée en raison des coûts nettement plus élevés et d’autres défis liés à la possession de navires complexes à propulsion nucléaire.
Les nouveaux sous-marins s’apparentent davantage à des voitures hybrides et fonctionneront grâce à des systèmes de batteries au lithium-ion et à des piles à combustible à hydrogène. Ils utilisent une nouvelle technologie appelée « propulsion indépendante de l’air » pour produire de l’énergie sous l’eau.
Cette caractéristique peut prolonger considérablement la durée des missions en augmentant le temps pendant lequel un sous-marin peut rester en immersion sans devoir faire surface pour évacuer ses gaz d’échappement — une manœuvre qui peut révéler sa position.
Quand le Canada recevra ses nouveaux sous-marins?
TKMS avait initialement indiqué pouvoir livrer quatre sous-marins d’ici 2036, à raison d’un sous-marin livré en 2032, 2033, 2035 et 2036.
Ce calendrier devait faire l’objet de négociations avec l’Allemagne et la Norvège, qui attendent elles aussi de mettre la main sur des sous-marins de type 212CD pour leurs propres marines.
Lundi, M. Carney a indiqué que l’entreprise avait avancé ce calendrier et serait en mesure de livrer quatre sous-marins d’ici 2034.
Les estimations des retombées économiques futures fournies par les entreprises ainsi que leurs calendriers de livraison constituent des données que le Canada pourra utiliser ultérieurement pour déterminer si l’entente a tenu ses promesses.
Hanwha avait promis quatre sous-marins d’ici 2035, puis un sous-marin par année par la suite, ce qui signifie que le Canada disposerait de sa flotte complète d’ici 2043.
Elle a indiqué que cela aiderait Ottawa à retirer prématurément de service la classe Victoria et à faire économiser au gouvernement environ 1 milliard de dollars en frais d’entretien et de soutien.
Pourquoi les sous-marins ne sont-ils pas construits au Canada?
Ce n’était pas tout à fait hors de question. TKMS, par exemple, avait suggéré que le Canada pourrait en fabriquer certains sur place. Cela aurait toutefois dû se faire vers la fin du contrat, en raison de contraintes logistiques et des délais de livraison.
Or, les chantiers navals canadiens n’ont pas construit de sous-marins depuis la Première Guerre mondiale. Selon les experts, l’équipement nécessaire à leur construction représenterait un coût considérable. De plus, le Canada commande trop peu de sous-marins pour que la production nationale soit économiquement viable à long terme. Leur construction au pays risquerait également de perturber les délais de livraison.
Bien que la Marine ait déclaré vouloir acheter des sous-marins prêts à l’emploi provenant d’un autre pays, elle a entre-temps exprimé le souhait que les constructeurs navals canadiens construisent un remplaçant « fabriqué au Canada » pour les navires de la classe Kingston.
Quelles autres entreprises canadiennes seront impliquées?
Hanwha a signé plus de 80 partenariats industriels et gouvernementaux, dont la plupart ont pris la forme de protocoles d’entente — des ententes verbales de collaboration.
Les ententes de Hanwha qui ont le plus retenu l’attention sont des partenariats proposés visant à offrir une bouée de sauvetage à des industries touchées par les droits de douane — Algoma Steel dans le nord de l’Ontario et des fabricants de pièces d’automobile dans le sud de l’Ontario.
Hanwha a également conclu des ententes avec d’autres entreprises canadiennes, notamment PCL Construction, BlackBerry, L3Harris et Ontario Shipyards. Babcock Canada, qui assurait l’entretien des sous-marins de classe Victoria, a conclu une entente pour le soutien en service des KSS-III.
Hanwha a également conclu des ententes avec les entreprises de technologie satellitaire MDA Space et Telesat.
TKMS, quant à elle, a signé plus de 18 partenariats avec des entreprises canadiennes — bien moins que Hanwha.
TKMS a dit qu’elle mettait l’accent sur la qualité des partenariats — et a même souligné qu’elle avait refusé de nombreuses offres de ce type qui ne correspondaient pas à ses critères. Elle a également indiqué que plusieurs partenariats clés faisant partie de sa soumission confidentielle n’avaient pas encore été rendus publics.
Parmi ses partenariats rendus publics, on compte des ententes avec EllisDon, Marmen et Seaspan. General Dynamics Mission Systems-Canada appuierait les projets de TKMS visant la création d’un centre de recherche et développement axé sur la technologie de surveillance sous-marine.
Certaines entreprises canadiennes se sont associées aux deux soumissionnaires.
Parmi celles-ci, on retrouve : CAE, une entreprise québécoise qui fournit de l’équipement de simulation et de formation; Magellan Aerospace, de Mississauga; Gastops, d’Ottawa, qui fait partie de la chaîne d’approvisionnement du F-35; et Cohere, une entreprise d’intelligence artificielle de Toronto.
Les deux constructeurs de sous-marins ont conclu des ententes avec des entreprises canadiennes impliquées dans la production de lithium pour les batteries, et ont également annoncé des partenariats avec des communautés autochtones.