Économie

Tiff Macklem «encouragé» par l'orientation économique du gouvernement fédéral

Il ajoute que la mise à jour budgétaire d’Ottawa aura probablement peu d’impact sur les prévisions d’inflation de la banque centrale.

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Tiff Macklem, gouverneur de la Banque du Canada, pose pour un portrait avant une entrevue à la Banque du Canada, à Ottawa, le mercredi 24 janvier 2024. Tiff Macklem, gouverneur de la Banque du Canada, pose pour un portrait avant une entrevue à la Banque du Canada, à Ottawa, le mercredi 24 janvier 2024. (Sean Kilpatrick)

Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, s’est dit «encouragé» par les efforts déployés par le gouvernement fédéral pour diversifier l’économie et la protéger contre les chocs de plus en plus fréquents qui affectent le commerce mondial.

Il a ajouté que la mise à jour budgétaire d’Ottawa, déposée plus tôt cette semaine, n’aura probablement que peu d’impact sur les prévisions d’inflation de la banque centrale.

M. Macklem a fait ces commentaires lors d’une entrevue accordée à La Presse Canadienne mercredi, après que la Banque du Canada eut maintenu son taux d’intérêt de référence à 2,25 % pour la quatrième fois consécutive.

La banque centrale a actualisé ses perspectives économiques le même jour, et M. Macklem a mis en avant deux risques majeurs pesant sur les prévisions: la flambée des prix de l’énergie due à la guerre en Iran et la révision imminente de l’accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM).

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Selon l’évolution de ces risques — qu’ils poussent l’inflation ou la croissance économique dans un sens ou dans l’autre —, il a indiqué que la Banque du Canada se trouvait dans une situation inhabituelle où son taux directeur pourrait devoir augmenter, baisser ou simplement rester inchangé dans un avenir prévisible.

M. Macklem a affirmé que la Banque soutiendra l’économie dans la mesure du possible, mais que son mandat reste de maintenir l’inflation à 2 %.

«Nous vivons dans un monde plus vulnérable aux chocs», a-t-il déclaré lors de l’entrevue.

«Notre engagement est d’être une source de stabilité. Nous ramènerons l’inflation à son objectif. Il est essentiel que les Canadiens gardent confiance dans la stabilité des prix.»

Les différents rôles

Le gouverneur de la Banque du Canada a reconnu que la banque a des moyens limités pour guider l’économie à travers des transitions structurelles, telles que la politique commerciale protectionniste des États-Unis ou les perturbations liées à l’intelligence artificielle.

Selon M. Macklem, c’est davantage le rôle de la politique budgétaire des gouvernements, et non l’outil peu nuancé que constitue le taux d’intérêt de référence de la Banque du Canada.

La banque centrale fonctionne de manière indépendante du gouvernement fédéral afin d’éviter toute perception de pression politique lors de la définition de la politique monétaire.

Mais M. Macklem et ses collègues n’hésitent pas à identifier ce qu’ils considèrent comme des vulnérabilités de longue date dans l’économie, et à partager régulièrement ces points de vue lors de discours, de conférences de presse et d’auditions devant des commissions gouvernementales.

Il a perçu un «nouvel élan» pour s’attaquer à certains de ces problèmes, qui ont été en partie tenus pour responsables du frein mis aux investissements des entreprises et à la croissance de la productivité dans le pays depuis plus d’une décennie.

La dépendance excessive vis-à-vis des États-Unis est l’un des domaines dans lesquels M. Macklem voit une marge de manœuvre pour diversifier les exportations canadiennes. Stimuler le commerce interprovincial en supprimant les barrières et en harmonisant les réglementations entre les provinces lui semble aussi être une priorité absolue pour stimuler la croissance.

«Il a toujours été beaucoup plus facile d’expédier des marchandises du nord vers le sud, aux États-Unis, que de les acheminer à travers le pays. Par conséquent, notre corridor de transport est-ouest n’est pas aussi bien développé qu’il pourrait l’être», a pointé M. Macklem.

Investissements étrangers

M. Macklem voyage également régulièrement dans le cadre de ses fonctions à la tête de la banque centrale du Canada, et il a indiqué que les investisseurs internationaux lui faisaient part d’un vif intérêt pour le Canada. Ce qui entrave ces flux de capitaux, lui disent-ils, ce sont les délais souvent longs pour faire approuver des projets dans le pays.

«Ces autorisations réglementaires ont été mises en place avec de bonnes intentions, mais elles ont des conséquences imprévues. Si nous parvenons à les rationaliser et à offrir davantage de prévisibilité, je pense que nous verrons davantage d’investissements étrangers au Canada, ce qui stimulera également notre économie», a ajouté M. Macklem.

Bon nombre des obstacles qui préoccupent le gouverneur de la Banque du Canada font écho à ceux soulevés récemment sur la colline du Parlement.

Depuis qu’il est devenu premier ministre il y a un peu plus d’un an, Mark Carney — qui a occupé le poste de M. Macklem pendant cinq ans à partir de 2008 — s’est efforcé de diversifier les exportations canadiennes, d’éliminer les barrières commerciales interprovinciales et d’attirer les investissements internationaux lors de ses voyages à l’étranger.

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M. Macklem a réitéré lors de l’entrevue qu’il ne commentait pas les propositions spécifiques de politique budgétaire ni les mesures prises par le gouvernement.

Mais lorsqu’on lui a demandé s’il estimait que le gouvernement fédéral mettait l’économie sur la voie d’une plus grande résilience face aux chocs mondiaux, le gouverneur de la banque centrale s’est dit «encouragé par la direction prise».

«Ces problèmes ne vont pas se résoudre du jour au lendemain», a souligné M. Macklem.

«Il faudra un plan déterminé… et la volonté de maintenir l’élan. Mais oui, je pense que l’orientation est encourageante et qu’il s’agit désormais en grande partie de passer à l’action.»

Les détracteurs de M. Carney ont fait valoir que le gouvernement libéral continue d’accuser un retard dans l’approbation de nouveaux grands projets, malgré les nombreuses déclarations sur l’urgence de la construction. Le chef conservateur Pierre Poilievre a critiqué M. Carney pour avoir déclaré une «rupture» dans les relations entre le Canada et les États-Unis et pour avoir creusé les déficits, qui, selon lui, alimentent l’inflation au niveau national.

Une inflation jusqu’à 3%

L’inflation s’est établie à 2,4 % en mars, alors que le choc mondial des prix du pétrole a frappé les stations-service à travers le pays et que l’inflation alimentaire, toujours tenace, a maintenu les coûts à un niveau élevé dans les supermarchés.

Les prévisions de base de la Banque du Canada publiées mercredi tablent sur un pic d’inflation d’environ 3 % en avril, avant un retour à l’objectif de 2 % de la banque au début de 2027. Ces perspectives supposent que les prix mondiaux du pétrole baissent par rapport à leurs niveaux actuels dans les mois à venir.

Mais un scénario dans lequel le prix du baril de pétrole resterait autour de 100 $ US jusqu’à la fin de l’année entraînerait probablement une vague d’inflation plus généralisée qui pousserait la Banque du Canada à relever son taux directeur à plusieurs reprises, ont averti les responsables de la banque centrale.

Les dernières prévisions de la Banque du Canada ont été publiées au lendemain de la publication de la mise à jour économique du printemps du gouvernement et ne tiennent pas compte de l’ensemble des nouveaux plans de dépenses d’Ottawa.

M. Macklem a précisé que l’ensemble de la mise à jour économique du printemps sera intégré dans les prévisions de juillet de la banque centrale. Il a toutefois précisé que certaines mesures de dépenses importantes, telles que la suspension de la taxe fédérale sur les carburants et l’augmentation des avantages fiscaux pour les ménages à faibles revenus, avaient déjà été annoncées en début de semaine et avaient été prises en compte dans les perspectives de la Banque du Canada.

Interrogé sur la question de savoir si la mise à jour économique du printemps aurait des implications pour les perspectives d’inflation du Canada, M. Macklem a répondu que ces changements «ne sont pas significatifs sur le plan macroéconomique» et qu’il ne s’attendait pas à ce qu’ils aient «un impact important sur les projections».

Craig Lord

Craig Lord

Journaliste