MONTRÉAL — Tant que la renégociation de l’accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM) ne sera pas terminée, le géant québécois du camionnage TFI International ne veut pas envisager une grosse acquisition.
La société montréalaise est prête à faire de petites acquisitions, mais elle ne veut pas prendre un trop grand risque financier alors que le contexte commercial demeure incertain, précise son président et chef de la direction, Alain Bédard, en conférence téléphonique, mercredi, pour discuter des résultats financiers de l’entreprise.
«C’est difficile de conclure une transaction de taille parce qu’on ne sait pas quelles seront les règles (entourant les échanges commerciaux entre le Canada, les États-Unis et le Mexique)», confie M. Bédard.
«C’est pour ça que je dis qu’il est impossible de faire quelque chose maintenant», enchaîne-t-il.
Une telle transaction pourrait survenir d’ici la fin de 2026, «probablement plus en 2027», évoque le dirigeant. «En attendant, avec nos flux de trésorerie, nous allons continuer de faire de plus petites acquisitions, car le risque est différent.»
Le transport de marchandises affronte des vents contraires depuis quelques trimestres. Le ralentissement économique provoqué par la forte inflation, suivi de l’incertitude liée aux tensions commerciales, a plombé l’industrie.
Un verre à moitié plein
TFI a fait nettement mieux que son scénario initial au quatrième trimestre, mais ses prévisions pour le premier trimestre sont nettement inférieures aux attentes des analystes.
La société montréalaise anticipe un bénéfice ajusté par action qui se situera entre 50 cents US et 60 cents US pour la période comprenant les mois de janvier, février et mars. Cette fourchette se compare à un bénéfice ajusté de 76 cents US l’an dernier.
Avant mercredi, les analystes anticipaient un bénéfice par action de 80 cents US pour le trimestre en cours, selon RBC Marchés des capitaux.
La direction fait des prévisions «prudentes» dans un contexte difficile, explique M. Bédard.
L’incertitude sur l’accord de libre-échange freine les activités des clients du secteur manufacturier, souligne-t-il. «Plusieurs de nos clients canadiens sont incertains par rapport à l’avenir.»
Les mauvaises conditions météorologiques cet hiver dans plusieurs grandes villes des États-Unis ont aussi plombé les résultats pour le trimestre en cours, qui comprend les mois de janvier, février et mars.
«On a toujours des enjeux avec la météo au premier trimestre, alors ce n’est pas quelque chose dont on parle normalement», souligne le patron de TFI.
Cet hiver est différent, car d'importants marchés de l’entreprise - le Texas, le Midwest et l’État de New York - ont tous subi les caprices de dame Nature. «Quand ça affecte New York, quand ça affecte Chicago, quand ça affecte Dallas, c’est plus difficile.»
TFI a toutefois largement dépassé ses propres prévisions au quatrième trimestre.
La société a dévoilé un bénéfice ajusté par action de 1,09 $ US, bien que sa précédente fourchette de prévision se situait entre 0,80 $ US et 0,90 $ US.
Avant la publication des résultats, les analystes anticipaient un bénéfice par action de 85 cents US, selon la firme de données financières LSEG.
Les résultats et les prévisions donnent des arguments aux optimistes et aux pessimistes, constate l’analyste Konark Gupta, de Banque Scotia.
«Les optimistes pourraient juger que les prévisions sont prudentes et porter leur attention sur les résultats meilleurs que prévu, écrit-il dans une note. Les pessimistes pourraient se concentrer sur les prévisions décevantes alors que l’action a gagné 45 % dans les trois derniers mois.»
L'analyste croit que le titre s’est trop apprécié récemment. «Le prix actuel laisse entrevoir un bénéfice par action supérieur à 7,30 $ US (dans les 12 prochains mois), ce que nous n’entrevoyons pas avant 2028.»
Pour le trimestre clos le 31 décembre, TFI a annoncé un bénéfice net de 71,7 millions $ US, comparativement à 88,1 millions $ US à la même période l’an dernier.
Les revenus, pour leur part, ont atteint à 1,91 milliard $ US, par rapport à 2,08 milliards $ US à la même période l’an dernier.
L’action de TFI a perdu 5,43 $, ou 3,29 %, à 159,47 $ à la fin de la séance de la Bourse de Toronto.
Entreprise dans cette dépêche: (TSX:TFII)
Stéphane Rolland, La Presse Canadienne

