De nos jours, faire griller un steak est un «petit plaisir» pour Anastasia Ginou. Lorsqu’elle examine l’assortiment proposé par son boucher de quartier, elle s’intéresse désormais davantage au prix qu’au type de coupe, et finit par choisir une viande bien moins chère que les autres.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
«Le prix du bœuf a tellement grimpé que je peux toujours obtenir les mêmes apports nutritionnels avec une coupe de moindre qualité sans me ruiner», a expliqué samedi à CTV News Mme Ginou, qui a choisi une bavette, un morceau réputé plus abordable.
«Je dirais que j’ai réduit ma consommation de bœuf de moitié, voire un peu plus», a ajouté Mme Ginou.
«J’ai intégré davantage de lentilles et de fèves à mon alimentation pour obtenir des protéines. De nos jours, manger un très bon morceau de viande, c’est presque un petit plaisir.»
— Anastasia Ginou
Les coûts du bœuf continuent de grimper en flèche partout au Canada, les prix de mars affichant une hausse de 12,7 % d’une année sur l’autre par rapport au même mois l’année dernière, selon Statistique Canada. En comparaison, le prix du poulet a augmenté de 7,5 % et celui du porc de 6,2 % par rapport à mars 2025.
«Tous les prix des protéines ont augmenté, principalement parce que ceux du bœuf ont tellement grimpé», a indiqué samedi à CTV News Michael von Massow, économiste alimentaire à l’Université de Guelph. Il a ajouté que la hausse des prix du poulet et du porc est directement liée à celle du bœuf, car ces produits sont désormais plus demandés par les Canadiens qui trouvent le bœuf trop cher.
«Faire des barbecues cette année coûtera plus cher que l’année dernière.»
Le prix du bœuf a grimpé de près de 65 % au cours des cinq dernières années, si l’on compare les données de Statistique Canada de mars 2021 à celles de mars de cette année.
Les experts alimentaires affirment que de graves sécheresses ont affecté les pâturages dont se nourrissent les vaches, ce qui a contraint les agriculteurs à acheter des céréales plus chères et à réduire leur cheptel pour compenser la hausse des coûts d’alimentation.
La bonne nouvelle, selon M. von Massow, est que 2026 a vu une augmentation du nombre de vaches ajoutées aux troupeaux canadiens pour la première fois depuis des années, Statistique Canada indiquant que le nombre de bovins et de veaux a augmenté de 2,5 % par rapport à l’année précédente.
La mauvaise nouvelle, c’est que la chaîne d’approvisionnement en bovins et en veaux ne fonctionne pas comme celle d’autres produits et qu’il faut des années pour la reconstruire.
«Cela aggrave presque la situation, car au lieu que cet animal entre dans la chaîne d’approvisionnement et devienne de la viande bovine… il a été retenu, élevé, nourri pendant quelques années et mis à la reproduction», a affirmé l’économiste. «Ensuite, il aura un veau. Cela prend du temps.»
«Nous voyons les agriculteurs faire preuve d’un certain optimisme et se dire : “Eh bien, nous avons récupéré une partie du capital que nous avions perdu lorsque les prix étaient bas, alors nous pouvons peut-être nous permettre de garder cet animal, de réduire un peu nos revenus et de commencer à agrandir le troupeau afin d’avoir un cheptel reproducteur plus important qui améliorera l’offre à l’avenir”», a ajouté M. von Massow.
«Ce que nous observons, c’est que les veaux femelles sont conservés au lieu d’être vendus.»
— Michael von Massow, économiste alimentaire à l’Université de Guelph
Qu’est-ce que cela signifie pour les consommateurs qui espèrent voir les prix du bœuf baisser? Selon lui, il ne faut pas s’attendre à une tendance à la baisse des prix avant au moins la fin de 2027.
«À mesure que le troupeau de vaches s’agrandit, il y aura plus de veaux qui naîtront, et à mesure que plus de veaux naîtront, puis au cours de l’année prochaine ou des 18 prochains mois, ces veaux arriveront sur le marché… Nous aurons donc une légère augmentation de l’offre au cours de la prochaine année ou des 18 prochains mois», a ajouté M. von Massow. Mais le président de la Saskatchewan Cattle Association, Chad Ross, prévoit qu’il faudra peut-être encore plus de temps avant que les prix ne reviennent à leur niveau d’il y a environ cinq ans.
«Historiquement, notre industrie a toujours suivi un cycle de sept ans, du sommet au creux du cycle, cela a toujours pris environ sept ans», a déclaré M. Ross à CTV News.
«À l’approche de 2033, cette tendance à la baisse commencera en ce qui concerne les prix que nous recevons en tant qu’éleveurs de vaches-veaux.»
— Chad Ross, président de la Saskatchewan Cattle Association
M. Ross a ajouté que les éleveurs canadiens quittent progressivement le secteur, ce qui accentue la diminution du cheptel national et contribue à la hausse des prix du bœuf.
«Il y a eu un exode massif de ces producteurs dans notre secteur, ce qui ramène le nombre de vaches-veaux à un niveau équivalent à celui des années 1950», a soutenu l’homme. «Ajoutez à cela l’énorme demande mondiale en protéines. C’est la tempête parfaite qui explique les prix élevés que les consommateurs constatent à l’épicerie.»
Bouchers et restaurateurs se préparent à une saison difficile pour les barbecues
Même s’il y a peut-être une lueur d’espoir au bout du tunnel, les bouchers et les restaurateurs qui dépendent de la vente de bœuf pour maintenir leur entreprise à flot affirment que l’été s’annonce difficile.
«Aujourd’hui, j’ai commandé de la viande et elle coûte déjà vingt cents de plus la livre», a indiqué Muhammad Adil, propriétaire du restaurant Karachi Nihari & BBQ à Toronto.
«C’est difficile parce qu’on ne peut pas changer les prix sur le menu tous les jours, donc les restaurants sont plus touchés que les autres. Je ne pense pas qu’ils réalisent des bénéfices ; ils essaient juste de survivre en ce moment.»
— Muhammad Adil, propriétaire du restaurant Karachi Nihari & BBQ
Pour lui, ce n’est pas seulement le prix de la viande qui augmente, mais le coût élevé du propane commence également à grignoter ses bénéfices, puisque la guerre entre l’Iran et les États-Unis a entraîné la fermeture du détroit d’Ormuz, corridor clé pour le transport du pétrole, et a conduit les marchés mondiaux de l’énergie à augmenter les prix de tout, du pétrole brut au gaz naturel.
«Le prix du propane était de 21,99 $ au début du mois, et quand j’ai vérifié ce matin, il était à 29,99 $», a ajouté le propriétaire, qui a acheté une bouteille de propane samedi pour le barbecue de la terrasse de son restaurant.
Malgré la hausse des prix du bœuf et du propane, M. von Massow affirme que la consommation de bœuf n’a pas baissé au Canada.
«Nous ne renonçons pas au bœuf malgré ces prix élevés», a précisé l’économiste. «Dans certains cas, les gens ne mangent pas moins de bœuf, mais un bœuf différent. Peut-être ne mettons-nous plus autant de steaks sur le barbecue qu’avant, mais nous préparons des hamburgers ou essayons une autre coupe qu’il faut mariner.»
Marlon Rosenbaum, propriétaire de Rosenbaum’s Butcher & Deli à Toronto, a dit qu’il avait tenté de repousser une nouvelle augmentation du prix de ses produits carnés cette année après avoir constaté une flambée des coûts du bœuf.
«Nous faisons de notre mieux pour absorber une partie de ces coûts, nous ne voulons pas faire fuir les clients, qui auraient peur d’acheter un bon steak pour le souper», a soutenu M. Rosenbaum à CTV News samedi.
«L’une des techniques que nous utilisons consiste à essayer de les orienter vers des morceaux de viande qui ne sont peut-être pas aussi chers que certains des morceaux haut de gamme auxquels vous êtes habitués, comme le faux-filet, le ribeye ou le filet. Il existe des façons stratégiques d’acheter de la viande qui ne vont pas vous ruiner.»
Pour des clientes comme Anastasia, c’est exactement la stratégie qu’elle compte mettre en œuvre: acheter des morceaux de viande moins chers. Mais si les prix continuent d’augmenter, elle prévoit de continuer à limiter la quantité de bœuf qu’elle consomme.
«Peut-être que j’en mangerai une fois par semaine au lieu de deux, comme je le faisais auparavant», a-t-elle ajouté.

