Certaines des entreprises les plus en vue du secteur technologique américain s’apprêtent à entrer en bourse cette année avec des valorisations vertigineuses, notamment SpaceX, OpenAI et Anthropic.
Mais si ces premiers appels publics à l’épargne spectaculaires peuvent offrir un potentiel de hausse à court terme pour les investisseurs particuliers, les experts financiers soulignent qu’elles sous-performent souvent le marché dans son ensemble sur le long terme.
C’est pourquoi beaucoup recommandent aux investisseurs de privilégier plutôt les entreprises ayant fait leurs preuves en matière de rendement.
«Les premiers appels publics à l’épargne affichent souvent de solides performances le premier jour, ce qui s’explique en grande partie par l’engouement médiatique, mais la plupart d’entre elles sous-performent généralement le marché dans son ensemble au cours des années suivantes», explique Brianne Gardner, gestionnaire de patrimoine chez Velocity Investment Partners de Raymond James.
Après quelques mois
Mme Gardner recommande d’attendre que l’action soit cotée en bourse pendant environ cinq à sept mois avant de se lancer.
«Laissez la première vague d’engouement retomber, puis évaluez l’entreprise comme n’importe quel autre investissement dans lequel nous investissons. Pour moi, c’est à ce moment-là (…) que je peux évaluer leurs résultats financiers, leur valorisation, l’activité des initiés, les aspects techniques, et vraiment examiner les autres facteurs que je prends en compte avant d’investir», détaille-t-elle.
Mme Gardner précise que, pour ses clients, les premiers appels publics à l’épargne constituent généralement des positions mineures et non des placements de base.
SpaceX a annoncé qu’elle prévoyait de lever jusqu’à 75 milliards $ US lors de son introduction en bourse, prévue vendredi. L’entreprise a indiqué qu’elle vendrait 555,6 millions d’actions à 135 $ US chacune. Cette offre conférerait également à SpaceX une valeur de marché de 1770 milliards $ US. Seules six entreprises du S&P 500 ont actuellement une valeur supérieure, Nvidia arrivant en tête avec 5200 milliards $ US.
Pour de nombreuses introductions en bourse, y compris celle de SpaceX, Mme Gardner explique qu’il arrive souvent que ces entreprises ne soient pas encore rentables, ce qui signifie que les investisseurs paient d’avance pour des bénéfices futurs qui peuvent mettre des années à se concrétiser.
Le début d’un cycle
Parmi les autres grandes entreprises technologiques américaines qui pourraient faire leur entrée en bourse figurent OpenAI, le créateur de ChatGPT, et Anthropic, le créateur de l’agent conversationnel Claude. Toutes deux ont déposé des documents préliminaires auprès de la Commission des valeurs mobilières des États-Unis (SEC).
«Nous pensons toujours que nous en sommes aux prémices de ce cycle massif lié à l’IA (intelligence artificielle) et aux infrastructures spatiales, ce qui explique pourquoi de nombreux investisseurs particuliers souhaitent prendre part à cette aventure», avance Mme Gardner.
Colin Cieszynski, gestionnaire de portefeuille et stratège en chef des marchés chez SIA Wealth Management, indique que sa société n’investit pas dans les premiers appels publics à l’épargne, car les décisions d’investissement reposent sur l’évolution des cours et la force relative, qui ne peuvent être déterminées tant qu’une action ne dispose pas d’un historique de cotation suffisant.
«Comme il n’y a pas d’historique de cotation ou d’évaluation sur lequel s’appuyer, il y a plus de risques à miser sur une introduction en bourse, le premier jour ou peu après», explique-t-il.
M. Cieszynski ajoute que personne ne sait comment le marché va évaluer une action après son introduction en bourse et que ces actions peuvent connaître une forte volatilité au cours des premiers jours de cotation.
«Il y a eu des introductions en bourse très médiatisées qui se sont soldées par un échec retentissant, et d’autres qui, au fil du temps, ont extrêmement bien performé; le cours peut donc monter, mais tout peut arriver», rappelle-t-il.
Un investissement risqué
Avant qu’une entreprise nouvellement cotée en bourse ne publie ses premiers résultats, M. Cieszynski estime que les investisseurs «marchent essentiellement sur une corde raide sans filet».
«Il y a beaucoup d’incertitudes et de variables, mais une fois que l’on commence à obtenir des chiffres concrets, la direction, la dynamique et d’autres éléments de ce genre deviennent plus clairs», détaille-t-il.
Mona Mahajan, directrice des stratégies de placement chez Edward Jones, témoigne qu’elle recommande aux investisseurs de ne pas détenir de positions disproportionnées.
«Nous disons toujours qu’il y a de la place dans votre portefeuille pour ce que nous appelons des allocations agressives ou plus spéculatives, mais probablement pas plus d’environ 5 % du portefeuille», conclut-elle.
Avec des informations de l’Associated Press

