Le producteur de tomates et de fraises en serre Savoura prendra une grosse bouchée avec l’acquisition de la majorité des actifs des Productions horticoles Demers, qui avait enclenché en janvier un processus visant à se protéger de ses créanciers.
La transaction, qui doit encore être approuvée par les autorités réglementaires et la Cour, ajouterait 70 % à l’espace cultivable de Savoura, explique le président de Savoura, Luc Prévost, en entrevue.
L’entreprise passerait ainsi de six sites de productions pour un total de 39 hectares à 66 hectares répartis en huit sites.
Le montant de la transaction n’a pas été dévoilé, mais le rapport du syndic déposé en janvier estimait la valeur des immobilisations corporelles de Demers à plus de 80 millions $, alors que l’entreprise a vu le jour en 1960 à Lévis.
Le modèle d’affaires semblable des deux entreprises a convaincu Savoura de présenter une offre dans le cadre du processus supervisé par la Cour.
«On est à 100 % aligné avec ce que Demers fait et la commercialisation de leurs produits sur les mêmes marchés», affirme M. Prévost.
L’entente porte sur deux serres à Lévis et à Drummondville ainsi que sur l’image de marque de Demers. Les emplois des deux sites seront conservés. En 2021, Québec avait annoncé un soutien de 53 M$ à Demers afin d’ajouter 15 hectares de serres et une diversification des produits.
Or, un problème de concurrence de tomates mexicaines et le virus de la rugose de la tomate a compliqué les choses et a entraîné une dette totale de 87 M$ chez Demers.
Avec cet achat, M. Prévost se réjouit de voir un joyau québécois être sauvé et poursuivre ses activités.
«L’important, c’est d’avoir une transition harmonieuse.»
Le PDG de Demers a refusé la demande d’entrevue de Noovo Info et a refusé l’accès à son site.
La marque continuera d’être visible à l’épicerie durant la période de transition, mais Savoura n’a pas encore décidé si elle conservera la marque à plus long terme, répond le dirigeant. «On ne s’est même pas rendu là au niveau de notre stratégie marketing.»
Demers a connu des difficultés financières qu’elle a attribuées à la concurrence des tomates mexicaines, les coûts énergétiques en hausse et la rugose de la tomate, un virus qui lui a causé des pertes importantes.
Savoura serait en meilleure posture pour s’ajuster si l’une de ses installations était frappée par un virus. «Ça aurait un impact financier, mais au moins on aurait sept autres sites», précise-t-il.
Si Savoura a les reins plus solides, les difficultés de Demers soulèvent des questions sur le soutien du gouvernement aux producteurs locaux, plaide M. Prévost. «C’est un signal d’alarme que Demers ait dû passer par là.»
Il aimerait que le gouvernement augmente son soutien à l’industrie pour qu’elle soit concurrentielle par rapport au Mexique. «En ce moment, nous ne le sommes pas, même par rapport à l’Ontario.»
«De faire pousser des fruits et légumes à l’année au Québec dans un climat nordique, on va se le dire, ce n’est pas facile», souligne-t-il.
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