Économie

Revaloriser le tissu: Next Chance se taille une place dans l'économie circulaire

«On est toujours à la recherche de façons de donner une seconde vie aux différents types de tissus qu’on récupère.»

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Gabrielle Huppé, à gauche, et Maude Girard, cofondatrices de Next Chance, une entreprise québécoise spécialisée dans la revalorisation de textiles. LA PRESSE CANADIENNE/Photo fournie par Next Chance (Mention obligatoire) Gabrielle Huppé, à gauche, et Maude Girard, cofondatrices de Next Chance, une entreprise québécoise spécialisée dans la revalorisation de textiles. (Next Chance via La Presse Canadienne)

Une entreprise québécoise qui utilise des textiles rejetés de l’industrie de la mode pour en faire des emballages cadeaux réutilisables ou des objets de décoration se taille une place de plus en plus importante dans l’industrie de la seconde vie, et elle ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

Chaque année, une importante quantité de textiles est directement envoyée aux déchets.

«C’est 12 % de tout ce qui est produit mondialement en textile qui est jeté sans jamais avoir servi, selon la Fondation Ellen MacArthur», souligne en entrevue Maude Girard, cofondatrice de Next Chance.

Et la réalité est loin d’être différente au Québec, alors que ce sont près de 344 000 tonnes de textiles qui ont été éliminées en 2023, selon les plus récentes données de Recyc-Québec. Cela représente une augmentation de plus de 114 % depuis 2011.

Face à ce constat, Maude Girard et sa partenaire en affaires comme dans la vie, Gabrielle Huppé, ont eu l’idée originale d’aller récupérer des chutes de tissus, des fins de lots ou des rouleaux qui ont des défauts de fabrication pour leur utilité première afin de leur donner une seconde vie.

«On va aller chez les designers, les manufactures, et on devient partenaires avec eux, explique Mme Huppé. On va pouvoir venir récupérer (le tissu) avant que ça finisse soit à l’enfouissement, soit au recyclage».

S’adapter aux tissus

Depuis le lancement de leur entreprise en 2020, les deux femmes ont rivalisé d’ingéniosité pour proposer toujours plus de produits, que ce soit des emballages cadeaux réutilisables, mais aussi des sacs fourre-tout, des nappes ou encore des accessoires pour les cheveux.

«On est toujours à la recherche de façons de donner une seconde vie aux différents types de tissus qu’on récupère», mentionne Mme Girard.

Si les textiles récupérés de l’industrie de la mode sont de bonne qualité, les entrepreneures ne ferment pas la porte à un jour reprendre le tissu de vêtements jetés, même s’il comporte plus de défis.

Mme Huppé donne l’exemple d’un vêtement qui comporte un mélange de coton et de polyester.

«Tu ne peux pas refaire du textile parce que c’est tout mélangé et il n’y a pas de processus qui permettent de recycler un textile comme ça, explique-t-elle. C’est pour ça qu’actuellement, tout s’en va aux déchets».

«On travaille déjà sur ce projet-là depuis plusieurs années, mais il n’est pas encore mis en place, il va venir dans les prochaines années», a ajouté sa partenaire.

Depuis ses débuts en 2020, Next Chance est parvenue à rescaper 56 090 mètres de tissus, ce qui représente 20 fois la longueur du pont Jacques-Cartier. Les deux femmes visent à atteindre les 90 000 mètres de tissus sauvés au jour de la Terre 2027, soit d’ici le 22 avril prochain.

«Il reste du chemin à faire, mais vraiment, avec tout l’engouement qu’on a, même des belles chaînes qu’on vient de signer, on pense être en mesure d’atteindre l’objectif», avance Mme Huppé.

Le temps des Fêtes qui approche à grands pas est aussi la période où elles récupèrent le plus de tissus, précise Mme Girard.

L’extension en tête

L’atelier de Next Chance est établi à Longueuil et emploie actuellement 14 employés, aussi bien à temps plein qu’à temps partiel.

Six ans après sa création, la demande des clients ne cesse de progresser, permettant aux deux femmes de proposer également leurs produits dans le Canada anglais.

«On s’approvisionne presque exclusivement au Québec actuellement. Éventuellement, si on récupère tout ce qu’il y a à récupérer, on pourra s’éloigner un petit peu», estime Mme Girard.

«Il y a tellement de tissus rejetés de l’industrie de la mode, ce sont des quantités astronomiques. Donc vraiment, on n’est pas rendu au point où l’on peut récupérer tout ce qu’il y a au Canada», ajoute-t-elle.

Si elles distribuent déjà leurs produits dans 200 points de vente au pays, les entrepreneures comptent dépasser les frontières canadiennes dans les prochaines années, alors qu’elles s’intéressent aux marchés new-yorkais, californien et même européen.

«Éventuellement, on va commencer l’internationalisation par les États-Unis (...), mais dans un horizon de cinq à dix ans, on va vouloir commencer l’internationalisation officielle vers l’Europe», mentionne Mme Huppé, qui était d’ailleurs en voyage d’affaires à Paris cette semaine pour explorer ce marché.

Audrey Sanikopoulos

Audrey Sanikopoulos

Journaliste