Économie

Pas encore de récession à l’horizon, malgré la guerre commerciale, selon Girard

«Ce qu’on voit, c’est une espèce de stagnation avec une économie qui se transforme.»

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Analyse | Les conséquences d’une guerre commerciale au Québec Tarifs, contre-tarifs, insultes, etc. La guerre commerciale opposant le Canada et les États-Unis entraînera son lot de conséquences au Québec et dans l’ensemble du pays, prévient Michel Girard.

La situation économique sera probablement plus morose que le portrait tracé par le rapport préélectoral la semaine dernière, concède le ministre des Finances, Eric Girard.

Le regain des tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis apporte un autre nuage à l’horizon économique.

«C’est certain que, lorsque vous prévoyez 0,7 % de croissance et qu’il y a un nouveau choc, la possibilité d’un ralentissement économique est réelle», répond le ministre en mêlée de presse, jeudi à Québec, avant la dernière rencontre du conseil des ministres avant le déclenchement de la campagne électorale.

Le Québec se dirige-t-il ainsi vers une récession?

«Pas du tout, parce que le scénario de récession, c’est un scénario qui est basé sur un retrait complet des États-Unis de l’accord Canada, États-Unis, Mexique. Alors on n’est pas là<i>.» </i>

—  Eric Girard, ministre québécois des Finances

Les négociations entre Ottawa et Washington ont achoppé quelques jours après le dévoilement du rapport préélectoral. Pour les principales formations politiques, ce document fournit des informations utiles pour l’établissement de leurs cadres financiers.

Dans son scénario de base, le ministère prévoyait une croissance économique de 0,7 % en 2026 et de 1,4 % en 2027. Son scénario pessimiste entrevoit un recul du PIB réel de 0,2 % et 2 % en 2026 et 2027, respectivement.

Le contexte actuel amènerait la prévision quelque part entre le scénario de base et le scénario pessimiste, croit le ministre. «On est en ralentissement, entre les deux», estime-t-il.

À l’inverse, il affirme qu’il y a «énormément de potentiel» pour une accélération de l’économie québécoise si les relations se tempèrent entre le Canada et les États-Unis, affirme M. Girard.

L’économiste et stratège en chef chez iA Groupe financier, Sébastien Mc Mahon, a lui aussi évoqué un scénario de très faible croissance, au cours d’une entrevue cette semaine.

«Ce qu’on voit, c’est une espèce de stagnation avec une économie qui se transforme, une économie qui va se transformer pendant un petit bout de temps encore», précise-t-il.

Un cadre financier encore plus serré

L’incertitude survient alors que les finances publiques donnent peu de marge de manœuvre aux partis politiques pour faire des promesses coûteuses, tout en respectant la Loi sur l’équilibre budgétaire.

Avant même que la guerre commerciale vienne remettre le scénario de base du ministère des Finances en question, la vérificatrice générale, Christine Roy, a indiqué que près de 70 % des efforts budgétaires à fournir tomberont dans la cour du prochain gouvernement, lors d’une conférence de presse portant sur le rapport préélectoral plus tôt ce mois-ci.

Des efforts budgétaires de 2 milliards $ seront nécessaires dès l’an prochain. L’année suivante, le cadre financier prévoit un effort de 3 milliards $, en plus d’un écart de 1,85 milliard $ qui n’a pas encore été identifié.

Guerre commerciale: les produits américains encore boudés Selon un tout récent sondage, trois Canadiens sur quatre appuient la décision de Mark Carney de refuser l'entente proposée par Washington.

Mme Roy a également prévenu que les choix à venir pourraient avoir un impact sur les services à la population et les investissements dans les infrastructures vieillissantes.

Le directeur de la Chaire en fiscalité et en finances publiques à l’Université de Sherbrooke, Luc Godbout, a prévenu, lors d’une entrevue récente, que les partis politiques devront tenir compte de la situation budgétaire du Québec dans leur programme électoral.

«(Le plus récent portrait des finances publiques) ne donne pas de marge de manœuvre pour faire des engagements financiers ayant un coût», a-t-il souligné.

«Si les partis politiques veulent respecter le plan de retour à l’équilibre, chaque engagement financier entraînant un manque à gagner pour l’État devrait être assorti (des moyens qui seront pris pour) financer ce nouvel engagement-là», a expliqué M. Godbout.

M. Girard n’a pas répondu directement s’il devrait revoir le cadre financier que présentera la Coalition avenir Québec (CAQ) aux électeurs durant la campagne.

«Il faut être prudent, responsable, souligne-t-il. C’est certain qu’il faut poser les bons gestes et la première ministre et moi, on a des discussions continues et ça va très bien.»

Stéphane Rolland

Stéphane Rolland

Journaliste