Économie

Paramount doit persuader que son acquisition de Warner ne nuira pas aux consommateurs

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ARCHIVE - Le château d'eau de Paramount Pictures est visible à Los Angeles, le 18 décembre 2025, avec le panneau Hollywood au loin. (Photo AP/Jae C. Hong, Archive) ARCHIVE - Le château d'eau de Paramount Pictures est visible à Los Angeles, le 18 décembre 2025, avec le panneau Hollywood au loin. (Photo AP/Jae C. Hong, Archive) (Jae C. Hong)

Après une longue et tumultueuse bataille pour le rachat de Warner Bros. Discovery, le géant hollywoodien Paramount, a finalement triomphé de son rival Netflix, mais doit désormais relever un nouveau défi: convaincre les autorités de régulation.

Les enjeux concurrentiels sont considérables. Le rachat de Warner Bros. par Paramount remodèlerait Hollywood et le paysage médiatique dans son ensemble d’une manière que Netflix n’a jamais menacée de faire.

Netflix, qui s’est retiré brusquement de la course cette semaine, ne souhaitait acquérir qu’une partie de Warner. Paramount, quant à lui, veut l’intégralité du groupe.

Le ministère de la Justice américain doit encore se prononcer sur cette fusion explosive qui pourrait donner à Paramount un pouvoir de fixation des prix sur les films et autres contenus, au risque de pénaliser les consommateurs.

Ce ministère et d’autres organismes de régulation, dont la Federal Trade Commission (FTC), ont déjà fait capoter de nombreuses acquisitions apparemment conclues en intentant des poursuites pour exiger des modifications ou en bloquant purement et simplement des fusions.

Même si les autorités américaines donnent leur accord, celles d’États comme la Californie et d’autres pays où Paramount et Warner sont implantés pourraient s’y opposer, créant ainsi des obstacles supplémentaires, potentiellement insurmontables.

Traditionnellement, les présidents laissent les décisions en matière de concurrence aux autorités de régulation, par crainte d’instrumentaliser la politique partisane dans les affaires commerciales. Or, Donald Trump semble prêt à s’immiscer dans des domaines normalement réservés aux juristes et aux régulateurs du gouvernement.

Un géant, peut-être trop grand

Une fusion entre Paramount et Warner Bros. réduirait le nombre de studios de cinéma du «Big Five» à quatre et ferait de Paramount le plus important.

Le catalogue de Paramount comprend des superproductions telles que «Top Gun», «Titanic» et «Le Parrain». Le studio Warner Bros., fondé il y a 102 ans, a produit des films allant de «Harry Potter» et «Superman» à «Barbie» et «Une bataille après l’autre».

Paramount a finalisé sa propre fusion avec Skydance, d’une valeur de 8 milliards $US, il y a quelques mois seulement. Il y a quatre ans, Warner Bros. a fusionné avec Discovery pour 43 milliards $US.

La question qui se pose aux autorités de régulation: quelle est la limite à ne pas franchir ?

Lors de la conclusion de leur accord, Netflix et Warner ont affirmé que le regroupement de Paramount et Warner, deux entreprises aux actifs très similaires, présentait un risque accru de pertes d’emplois et d’autres problèmes de concurrence.

Bruce Campbell, directeur des revenus et de la stratégie de Warner, a indiqué devant la commission antitrust du Sénat que «l’une des raisons pour lesquelles l’offre de Netflix nous séduit autant» est que le géant de la diffusion en continu ne possède pas les mêmes studios de cinéma et infrastructures de production que Warner.

Il a ajouté qu’une acquisition par Netflix permettrait de préserver ces activités, à l’abri de toute vente forcée par les autorités de régulation, et de favoriser la croissance du secteur cinématographique des deux entreprises.

Warner doit désormais justifier le regroupement des deux studios.

La question du sort des employés se pose également. Depuis des mois, les organisations professionnelles mettent en garde contre les risques de pertes d’emplois massives liés à un tel accord — une crainte renforcée par l’endettement colossal contracté par Paramount pour financer son offre.

Et bien que certains experts estiment que les licenciements ne devraient pas faire l’objet d’un examen antitrust, d’autres inquiétudes subsistent. Jim Speta, professeur à la faculté de droit Pritzker de l’Université Northwestern, a signalé que les autorités de régulation pourraient hésiter si elles estimaient que la nouvelle entité deviendrait si importante qu’elle pourrait également fixer les salaires des employés.

Au-delà de la production cinématographique traditionnelle, la fusion de Paramount et Warner exercerait également une influence considérable sur le marché de la télévision et de la diffusion en continu.

Paramount possède des chaînes comme CBS, MTV et Nickelodeon, ainsi que le service de diffusion en continu Paramount+. Quant à Warner, son catalogue comprend CNN, Discovery et HBO Max.

Paramount a fait valoir que la fusion avec Warner lui permettrait d’offrir un catalogue de contenus plus vaste à ses clients et de rivaliser avec des acteurs de la diffusion en continu bien plus importants.

Aux États-Unis, selon le guide de diffusion en continu JustWatch, la nouvelle entité contrôlerait 20 % des abonnements à la demande, soit environ la même part de marché que Netflix actuellement.

Les sceptiques affirment que la nouvelle entité aurait suffisamment de pouvoir pour contrôler les prix et augmenter les exigences d’abonnement pour accéder à certains contenus. La sénatrice démocrate Elizabeth Warren, fervente défenseure de la concurrence, a qualifié la fusion Paramount-Warner de «désastre antitrust menaçant de faire grimper les prix et de réduire le choix pour les familles américaines».

Les débats réglementaires porteront probablement sur la définition du marché et sur sa possible étendue, incluant des concurrents comme YouTube.

Netflix a affirmé être en concurrence avec toutes sortes de vidéothèques en ligne, et pas seulement avec les services de diffusion en continu, et que son intégration à Warner ne le rendrait pas trop important.

Il y a quelques semaines à peine, le PDG de Paramount, David Ellison, assurait que ce raisonnement était une tentative de Netflix de «masquer sa position dominante». Il est possible qu’il reprenne désormais les arguments de Netflix.

Les autorités de régulation se demanderont également si le regroupement de CNN et CBS au sein d’une même entité nuit à la concurrence, pourtant essentielle dans le secteur de l’information.

Certains experts estiment que l’information n’aura pas le même poids que les questions de diffusion en continu et de catalogues de contenus lors de l’examen antitrust.

Cependant, une fusion CNN-CBS sera probablement tout de même abordée. À l’instar de l’élargissement de la définition du marché de la diffusion en continu, les partisans de la fusion avec Paramount mettront probablement en avant une offre médiatique plus diversifiée, au-delà des informations télévisées traditionnelles, notamment le partage d’informations sur les réseaux sociaux.

L’influence de Trump

Le président avait initialement laissé entendre qu’il aurait son mot à dire sur toute transaction concernant Warner, avant de revenir sur ses propos et d’affirmer que l’approbation réglementaire relèverait du ministère de la Justice.

Paramount bénéficie de la relation étroite qu’entretient Donald Trump avec le milliardaire Larry Ellison, fondateur d’Oracle et père du PDG de Paramount, David Ellison. Ce dernier est un donateur de M. Trump et un important investisseur dans l’offre de rachat de Warner par Paramount.

De plus, sous la nouvelle direction de Skydance, Paramount a mis en œuvre des changements susceptibles de plaire à M. Trump. La société a pris des mesures pour séduire un public plus conservateur au sein de ses services d’information, par exemple en nommant Bari Weiss, fondatrice de Free Press, rédactrice en chef de CBS News.

Si l’offre de rachat de Warner par Paramount aboutit, beaucoup s’attendent à des changements similaires chez CNN — une perspective que Donald Trump accueillera probablement favorablement, compte tenu de ses critiques fréquentes à l’égard de la couverture médiatique de la chaîne.

«Le président n’apprécie pas CNN et il l’a clairement fait savoir. Il a même laissé entendre que des changements au sein de CNN pourraient être pertinents dans le cadre de l’examen de la fusion», a commenté M. Speta, de l’université Northwestern.

Cependant, Donald Trump est imprévisible et pourrait encore faire capoter l’accord.

Malgré la nouvelle direction de CBS et les 16 millions $US versés par Paramount à M. Trump pour régler un litige concernant un reportage de CBS sur «60 Minutes» qu’il jugeait partial, le président a continué de s’en prendre à Paramount au sujet des choix éditoriaux de l’émission.

Wyatte Grantham-philips et Bernard Condon, The Associated Press