Économie

Nouveau Monde Graphite a survécu aux revers de la filière batterie, selon son PDG

«Ça nous a permis d’avoir vraiment un modèle d’affaires beaucoup plus résilient au lieu d’avoir seulement deux gros clients.»

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La construction a commencé à la mine de Nouveau Monde Graphite à Saint-Michel-des-Saints. Photo fournie par Nouveau Monde Graphite La construction a commencé à la mine de Nouveau Monde Graphite à Saint-Michel-des-Saints. Photo fournie par Nouveau Monde Graphite (Quebec)

Nouveau Monde Graphite (NMG) a eu la «chance dans la malchance» que le constructeur automobile General Motors (GM) lui fasse faux bond avant que son projet de mine ne décolle à Saint-Michel-des-Saints, admet son patron en entrevue. 

La minière a ainsi eu le temps de retourner à la table à dessin avant d’entamer la construction de la mine de graphite Matawinie et de son usine de transformation à Bécancour, raconte son fondateur et PDG, Eric Desaulniers, alors que l’entreprise confirme officiellement sa décision d’investissement définitive pour le volet minier du projet, vendredi. 

«Ça nous a permis d’avoir vraiment un modèle d’affaires beaucoup plus résilient au lieu d’avoir seulement deux gros clients», raconte-t-il. 

NMG veut exploiter sa mine de graphite située dans la région de Lanaudière pour ensuite transformer le minéral dans une usine à Bécancour, dans la région du Centre-du-Québec. 

L’objectif reste le même, mais l’entreprise a diversifié sa clientèle en ajoutant d’autres secteurs à celui de la voiture électrique. Le projet d’usine a aussi été modifié pour qu’il soit moins coûteux, explique le dirigeant.

Les ambitions de la filière batterie au Québec ont été contrariées par une baisse de l’engouement pour la voiture électrique dans la foulée de l’élection du président américain, Donald Trump. 

La récente flambée du prix du carburant a toutefois remis en avant l’avantage des véhicules électriques.

NMG a perdu son client GM l’automne dernier. Son deuxième client, Panasonic, quant à lui, a réduit la taille de sa commande. 

La minière a toutefois pu éviter de connaître le même sort que le fabricant de batteries Northvolt ou le spécialiste du recyclage de batteries Lithion.

«Ce n’est pas nécessairement que les projets (avortés de la filière batteries) étaient techniquement difficiles à réaliser, souligne M. Desaulniers. C’est que, dans la plupart des projets, les clients se sont retirés ou la demande a diminué.»

Une demande importante

La demande reste forte pour le graphite, affirme M. Desaulniers. Déjà 75 % de la production future de Matawinie est réservé par une entente d’approvisionnement. 

Environ la moitié de la production de NMG servira à produire des batteries lithium-ion «de toutes sortes, pas juste pour les véhicules électriques», précise son fondateur. 

Le fédéral s’est aussi engagé à offrir à NMG un prix garanti de vente pour 30 000 tonnes par année durant sept ans à partir d’une liste de clients dans des secteurs stratégiques, civils et militaires. 

La filière batterie, un héritage économique de François Legault Le départ de François Legault continue de faire réagir et aura été l’occasion de revenir sur ses investissements économiques majeurs au fil des années. En Mauricie et au Centre-Du-Québec, l’un de ses gros projets, c'est la filière batterie.

«C’était difficile d’aller sécuriser 200 ententes avec de petits clients pour financer le projet, explique le dirigeant. Le fédéral a joué un rôle de leaders en faisant le pont.»

Si le prix offert par les clients stratégiques est plus élevé, le fédéral et NMG se partageront le surplus. Si le prix est plus bas, le fédéral pourra décider d’emmagasiner le graphite ou tout simplement combler la différence.

La production servira également à la fabrication de briques réfractaires utilisées dans les aciéries. «Les États-Unis importent 100 % de leur graphite, explique M. Desaulniers. Avec les droits de douane mondiaux sur l’acier, on s’attend à ce que les aciéries roulent à plein régime aux États-Unis.»

Des coûts réduits

Le projet de l’usine de transformation à Bécancour, pour sa part, a été grandement allégé pour réduire les coûts. «C’est environ 300 millions $, répond l’entrepreneur. Avant, on était à (des estimations) d’environ 1,3 milliard $.»

«On a décidé de faire une usine plus petite dans une usine existante pour sauver au maximum les délais de construction, puis le coût par tonne», explique-t-il. 

NMG veut atteindre une pleine production commerciale d’ici la fin de l’année 2028 afin de produire 106 000 tonnes de graphites. Le projet devrait créer 150 emplois directs et mobilisera jusqu’à 450 employés durant la phase de la construction.

 La construction de l’usine doit commencer plus tard, mais entrer en service en même temps que la mine. 

L’entreprise a obtenu un financement de 644,5 millions $ US, l’équivalent d’environ 880 millions $ pour le développement de la mine. La Banque de l’infrastructure du Canada et Investissement Québec ont participé.

NMG a tous les capitaux nécessaires pour la construction de la mine, affirme M. Desaulniers. «On est complètement financé et, même, on a financé beaucoup plus pour couvrir les imprévus», assure-t-il. 

Le financement de l’usine doit encore être attaché, mais l’homme d’affaires note que les besoins en capitaux sont moins importants que pour la mine. 

Il s’attend à ce que les actionnaires du secteur privé réinjectent des capitaux pour le projet d’usine. «On n’anticipe pas avoir besoin de demander à nos actionnaires du provincial et du fédéral de participer», répond-il. 

Stéphane Rolland

Stéphane Rolland

Journaliste