Des investissements de plusieurs dizaines de millions de dollars de l’État québécois dans Champion Iron et sa filiale Minerai de fer Québec (MFQ) ont connu des rendements allant de 366 à 2600 %, s’est félicité Bernard Drainville.
Le ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie a voulu insister sur ce point, lundi, afin de «créer l’équilibre» par rapport aux investissements du gouvernement qui ont connu ces derniers temps de moins bons résultats.
M. Drainville était de passage dans les bureaux de MFQ à Montréal, à l’occasion d’une conférence de presse de la société minière, qui soulignait l’aboutissement d’un investissement privé de 500 millions $ pour la production de fer de haute pureté.
En 2016 et 2017, Ressources Québec, filiale d’Investissement Québec, a injecté 45,3 millions $ pour une participation minoritaire de 36,8 % dans MFQ, en vue de relancer le complexe minier de lac Bloom, près de Fermont, sur la Côte-Nord.
L’entreprise a racheté en 2019 cette participation à 211 millions $. «Ça, c’est un profit de 166 millions $. Un rendement de 366 %», a fait valoir M. Drainville.
Également en 2016, Ressources Québec a investi 6 millions $ dans la société mère, Champion Iron.
«Ces 6 millions $ d’actions valent aujourd’hui 164 millions $. Ça, c’est un rendement de 2600 %. Et cet investissement-là permet au gouvernement du Québec d’être encore aujourd’hui actionnaire de la société mère à hauteur de 8,3 %», a soutenu le ministre.
«J’insiste là-dessus. On parle parfois des investissements qui sont moins intéressants, mais il y a des investissements qui, eux, le sont très intéressants. Alors, j’insiste», a-t-il ajouté, déclenchant des rires dans la salle.
Questionné à savoir si beaucoup d’autres projets de cette rentabilité sont nécessaires pour faire oublier les échecs de la filière batterie, comme celui de Northvolt, M. Drainville a expliqué pourquoi il a voulu mettre l’accent sur ces rendements durant son allocution.
«Les moins bonnes nouvelles font l’objet de manchettes. C’est normal, j’ai été dans votre position. Mais je pense qu’il faut aussi, à un moment donné, envoyer le signal aux citoyens qu’il y a des investissements qui sont extrêmement profitables. Et puis, je pense qu’il faut créer l’équilibre et c’est ce que j’ai voulu faire», a-t-il affirmé aux journalistes.
Il y a quelques semaines, les investissements du gouvernement caquiste dans la filière batterie ont fait l’objet d’un rapport accablant de la vérificatrice générale du Québec (VGQ), Christine Roy.
Elle concluait que ces investissements avaient été «peu planifiés» et que des «risques importants» n’ont pas été «suffisamment considérés». Mme Roy chiffrait également que sur environ 2,2 milliards $ en aide financière autorisée au 30 septembre 2025, 760 millions $ ont été autorisés pour quatre entreprises qui se sont placées sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies.
Le rapport précise toutefois que ce «montant ne doit pas être considéré comme étant le total des pertes, puisqu’une partie de ces sommes n’ont pas été déboursées, et que d’autres ont été récupérées ou pourraient l’être dans le futur».
Mise en service d’une usine
MFQ avait convié les médias lundi matin pour souligner la mise en service d’une usine produisant un concentré de fer à une teneur allant jusqu’à 69 %, «soit l’une des plus pures au monde», d’après la compagnie.
En plus du ministre Drainville, la ministre fédérale de l’Industrie, Mélanie Joly, la ministre québécoise des Ressources naturelles et des Forêts, Kateri Champagne Jourdain, et le Secrétaire parlementaire du ministre fédéral de l’Énergie et des Ressources naturelles, Claude Guay, étaient présents.
Le chef de la direction de MFQ, David Cataford, a indiqué que le projet, qualifié de carboneutre en raison d’un bloc d’hydroélectricité octroyé par le gouvernement du Québec, avait été réalisé «dans les temps et dans les budgets».
«Avec cet investissement de 500 millions de dollars, on vient consolider la compétitivité du secteur des minéraux critiques au Québec comme au Canada», a-t-il affirmé.
Le projet a pris naissance dans la fosse du Labrador. La qualité des ressources de cette immense formation géologique traversant le Nord-du-Québec et Terre-Neuve-et-Labrador positionne «stratégiquement» le Québec et le Canada dans la chaîne d’approvisionnement de l’acier à faible intensité carbone, selon M. Cataford.
Toutefois, le potentiel de la fosse du Labrador a «seulement été effleuré» jusqu’à présent. Pour soutenir son développement et celle de l’industrie de fer de haute pureté, «des investissements ciblés dans les infrastructures» sont nécessaires sur les plans ferroviaire, portuaire et en approvisionnement hydroélectrique, a fait valoir M. Cataford.
Depuis la relance des opérations du lac Bloom en 2018, la compagnie dit avoir investi plus de 2,5 milliards $ dans la fosse du Labrador.
— Avec des informations de Thomas Laberge, La Presse Canadienne

