Économie

L’Union européenne et le Mercosur signent un accord de libre-échange

Après des décennies de retard, cet accord politiquement explosif doit encore franchir un dernier obstacle: la ratification par le Parlement européen.

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Le président de la Bolivie, Rodrigo Paz, serre la main de son homologue paraguayen, Santiago Pena, au cours de la signature de l'entente commerciale entre l'Union européenne et les pays latino-américains du Mercosur, à Asuncion, le 17 janvier 2026. P... Le président de la Bolivie, Rodrigo Paz, serre la main de son homologue paraguayen, Santiago Pena, au cours de la signature de l'entente commerciale entre l'Union européenne et les pays latino-américains du Mercosur, à Asuncion, le 17 janvier 2026. (Jorge Saenz/Associated Press)

L’Union européenne (UE) et les pays latino-américains du bloc Mercosur des pays d’Amérique du Sud ont officiellement signé samedi un accord de libre-échange historique, fruit de plus d’un quart de siècle de négociations laborieuses visant à renforcer les liens commerciaux face à la montée du protectionnisme et des tensions commerciales dans le monde.

La cérémonie de signature, qui s’est déroulée dans la capitale du Paraguay, Asunción, marque une victoire géopolitique majeure pour l’UE à l’ère des droits de douane américains et de la montée en puissance des exportations chinoises, renforçant ainsi la présence du bloc dans une région riche en ressources et de plus en plus disputée par Washington et Pékin.

Elle envoie également le message que l’Amérique du Sud maintient des relations commerciales et diplomatiques diversifiées, même si le président américain Donald Trump revendique sa domination dans l’hémisphère occidental.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui dirige le pouvoir exécutif de l’UE, a déclaré que «l’importance géopolitique de cet accord ne peut être surestimée» dans un contexte de scepticisme renouvelé quant aux avantages du libre-échange.

«Nous préférons le commerce équitable aux droits de douane. Nous préférons un partenariat productif à long terme à l’isolement», a-t-elle déclaré lors de la cérémonie à laquelle ont assisté les présidents des pays membres du Mercosur, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay, ainsi que le ministre des Affaires étrangères de la plus grande économie du bloc commercial, le Brésil.

«Nous unirons nos forces comme jamais auparavant, car nous pensons que c’est le meilleur moyen d’assurer la prospérité de nos peuples et de nos pays.»

En créant l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, cet accord, soutenu par les pays d’Amérique du Sud réputés pour leur élevage bovin et par les secteurs industriels européens à la recherche de nouveaux marchés pour leurs voitures et leurs machines, rassemble un marché de plus de 700 millions de consommateurs qui représente un quart du produit intérieur brut mondial.

Après des décennies de retard, cet accord politiquement explosif doit encore franchir un dernier obstacle: la ratification par le Parlement européen. De puissants lobbies protectionnistes des deux côtés de l’Atlantique, en particulier les agriculteurs européens qui craignent un éventuel dumping des importations agricoles sud-américaines bon marché, cherchent depuis longtemps à faire échouer l’accord et pourraient encore bloquer sa mise en œuvre.

Bien que l’accord élimine plus de 90 % des droits de douane sur les biens et services entre les marchés européens et ceux du Mercosur, certains droits seront progressivement réduits sur une période de 10 à 15 ans et les principaux produits agricoles, comme le bœuf, seront soumis à des quotas stricts afin d’apaiser les craintes des agriculteurs européens.

Ces quotas, ainsi que les mesures de sauvegarde et les généreuses subventions de l’UE aux agriculteurs en difficulté financière, ont poussé l’Italie, puissance agricole, à franchir le pas au début du mois. La France, cependant, reste opposée à l’accord.