Économie

Lululemon interdit au public d'assister à l'assemblée générale des actionnaires

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Une boutique Lululemon à Pittsburgh, le lundi 3 juin 2024. Photo AP/Gene J. Puskar Une boutique Lululemon à Pittsburgh, le lundi 3 juin 2024. Crédit image | Photo AP (Gene J. Puskar)

Lululemon Athletica a empêché les non-actionnaires et les médias d'assister à son assemblée générale annuelle jeudi, qui devait déboucher sur l’ajout de deux candidats controversés au conseil d’administration de l’enseigne.

Laura Gentile, ancienne directrice marketing d’ESPN, et Marc Maurer, ancien co-PDG d’On, constituaient un élément clé de la trêve conclue le mois dernier entre l’entreprise établie à Vancouver et son fondateur, avec lequel elle est en désaccord, afin de mettre fin à ses récentes attaques contre l’entreprise.

Lululemon avait promis de les nommer au conseil d’administration immédiatement après l’assemblée, au cours de laquelle les actionnaires devaient se prononcer sur trois autres nominations: Chip Bergh, Esi Eggleston Bracey et Teri List.

On ignore ce qui s’est passé lors de l’assemblée, car l’entreprise a restreint l’accès et n’a pas encore publié les détails de la réunion.

L'entreprise de vêtements a précisé que toute personne souhaitant assister à l'assemblée virtuelle devait détenir des actions Lululemon au 30 avril, bien avant que Lululemon ne parvienne à un accord avec son fondateur, Chip Wilson, qui prévoyait des nominations au conseil d’administration.

Interrogée sur les raisons de cette restriction d’accès à l’assemblée, Lululemon a répondu qu’il s’agissait d’une pratique courante dans de nombreuses organisations et s’est engagée à publier à terme les résultats du vote dans ses documents réglementaires.

Bien que les entreprises ne soient pas tenues d’ouvrir leurs assemblées générales annuelles au public, Richard Leblanc, professeur de gouvernance, de droit et d’éthique à l’Université York, n'a jamais vu une entreprise restreindre ainsi l’accès aux participants, car cela limite la transparence.

«Une entreprise inscrite en bourse est censée être publique et transparente; exclure certaines parties prenantes de l’assemblée, à moins d’une raison impérieuse (…) ce n’est pas une pratique courante d’après mon expérience», a-t-il souligné.

Bien qu'installée au Canada, Lululemon est inscrite au Nasdaq, une bourse américaine.

Les entreprises inscrites des deux côtés de la frontière permettent généralement au public et aux médias d’accéder à leurs assemblées générales annuelles grâce à des diffusions en direct. Parfois, ceux-ci peuvent même assister aux événements en personne.

«Il n’est pas nécessaire d’ouvrir les vannes, mais si quelqu’un souhaite couvrir l’événement, et c’est le cas des membres de la presse, alors celui-ci devrait en principe être largement accessible et soumis à un examen minutieux», a mentionné M. Leblanc.

«On ne devrait certainement pas avoir à acheter une action de l’entreprise pour pouvoir y assister», a-t-il ajouté.

Cette assemblée présentait un intérêt public, car M. Wilson milite depuis l’année dernière pour que Mme Gentile et M. Maurer rejoignent le conseil d’administration de Lululemon. Il avait alors critiqué l’entreprise pour son incapacité à suivre le rythme de ses concurrents et à remédier à la chute du cours de son action.

Lululemon est disposée à examiner les candidats proposés par M. Wilson, mais l’a accusé d’empêcher l’entreprise d’interroger ces personnes et d’exiger d’autres concessions.

Elle a présenté ses propres candidats au conseil d’administration avant d’accepter, le mois dernier, de présenter Mme Gentile et M. Maurer, à condition que M. Wilson cesse ses attaques contre Lululemon.

Afin de garantir que M. Wilson cesse ses critiques jusqu’à la veille de l’assemblée générale annuelle de Lululemon de 2028, l’entreprise s’est également engagée à nommer au conseil d’administration, d’ici le 1er octobre, un administrateur supplémentaire possédant une expertise en matière de produits et de marque dans le secteur de l’habillement.

Un conflit qui perdure

Si Mme Gentile et M. Maurer sont nommés jeudi, cela marquerait probablement la fin d’un chapitre houleux de l’histoire de Lululemon, au cours duquel M. Wilson a dénigré la marque qu’il avait fondée à travers des publicités parues dans le Wall Street Journal et sur des camions qu’il avait envoyés au siège social de l’entreprise à Vancouver ainsi qu’à l’un de ses magasins de New York.

M. Wilson, qui a quitté le conseil d’administration de Lululemon en 2015, mais détient toujours environ 9 % de ses actions ordinaires, a affirmé qu’il agissait ainsi parce qu’il estimait que Lululemon avait perdu ses repères et que son conseil d’administration était «structurellement conçu pour résister au changement».

«Des milliards de dollars de capital de marque ont été perdus, et il est impossible de les regagner avec le même mode de sélection des administrateurs que Lululemon continue d’appliquer», a-t-il expliqué en mai.

Lululemon a riposté, affirmant que M. Wilson s’en prenait au conseil d’administration alors même que celui-ci affichait des performances exceptionnelles.

«M. Wilson a une vision dépassée du positionnement de Lululemon et de l’avenir de l’entreprise, et il se trouve par ailleurs confronté à des conflits d'intérêts préoccupants», a précisé la société, soulignant qu’il avait conseillé Alo et Vuori, deux concurrents du détaillant.

«Ses actions ont porté préjudice à la marque et ont nui aux parties prenantes mêmes qu’il prétend représenter: les actionnaires, les clients et les employés», a-t-elle ajouté.

Tara Deschamps, La Presse Canadienne

Tara Deschamps

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Journaliste