Économie

«Le Warren Buffet du Canada», Stephen Jarislowsky, s’éteint à 101 ans

Économe et discipliné, l’homme d’affaires, qui misait sur une stratégie d’investissement à long terme, était l’une des figures de proue du secteur financier au Québec. 

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Stephen Jarislowsky est décédé à l’âge de 101 ans. Il est photographié dans cette photo de courtoisie non-datée. LA PRESSE CANADIENNE/Photo fournie par- Jarislowsky Fraser Ltd. (Crédit obligatoire) Stephen Jarislowsky est décédé à l’âge de 101 ans. Il est photographié dans cette photo de courtoisie non-datée. Crédit image | LA PRESSE CANADIENNE/Photo fournie par- Jarislowsky Fraser Ltd.

L’investisseur Stephen Jarislowsky, qu’on surnommait «le Warren Buffet du Canada», est décédé à l’âge de 101 ans, a annoncé sa famille dans un communiqué jeudi. 

Économe et discipliné, l’homme d’affaires, qui misait sur une stratégie d’investissement à long terme, était l’une des figures de proue du secteur financier au Québec. 

Sa fortune était évaluée à 2,1 milliards $ en 2025, selon une estimation du magazine américain Forbes qui publie chaque année sa liste des milliardaires. 

Il s’était enrichi en fondant sa firme Jarislowsky Fraser en 1955. Il l’avait vendue à la Banque Scotia en 2018, dans une transaction évaluée à 950 millions $ à l’époque. 

Cet homme aux épaisses lunettes était bien connu du grand public, surtout depuis la publication de son livre «Dans la jungle du placement», sorte d’autobiographie émaillée de conseils pour les investisseurs, qui a trôné au sommet de la liste des best-sellers — devant le «Code Da Vinci» — en 2007. 

Il commentait régulièrement l’actualité et avait été un collaborateur régulier du magazine «Affaires Plus». 

Stephen Jarislowsky n’était pas flamboyant. À 100 ans, il se vantait de n’avoir jamais possédé d’avion d’affaires ou de yacht. Il affirmait laver lui-même sa vaisselle, malgré sa fortune considérable, dans une entrevue au quotidien montréalais «The Gazette».

Il conduisait sa propre voiture jusqu’à l’âge de 99 ans, mais avait finalement embauché un chauffeur à la demande de son épouse, avait-il raconté au quotidien montréalais.  

M. Jarislowsky ne s’est jamais privé pour exprimer ses opinions sur le milieu des affaires ou la politique. 

Il dénonçait les pratiques douteuses et les salaires pharaoniques de certains dirigeants d’entreprise, entre autres. Il a notamment fondé en 2009 la Coalition canadienne pour une bonne gouvernance, avec la collaboration de la caisse de retraite des enseignants de l’Ontario (Teacher’s).

L’énergie qu’il mettait à promouvoir l’éthique et à défendre les actionnaires minoritaires lui avait d’ailleurs valu d’être considéré comme «la conscience du milieu financier» canadien.

Stephen Jarislowsky n’a jamais fait de politique active, mais son opposition féroce à l’indépendance du Québec a régulièrement fait les manchettes. 

Au lendemain du référendum de 1995, il avait comparé les chefs souverainistes Jacques Parizeau et Lucien Bouchard aux leaders fascistes du XXe siècle en Europe.

Il en avait remis en 2011 en déclarant que le mouvement souverainiste était «toujours animé d’une ferveur religieuse».

De Berlin à Montréal

Né à Berlin en 1925, Stephen Jarislowsky a dû fuir l’Allemagne nazie avec sa famille. Il s’était installé à Montréal dans les années 1950, après avoir vécu aux Pays-Bas, en France et aux États-Unis. 

Dans sa jeunesse, il avait entre autres travaillé pour les services de renseignement de l’armée américaine au Japon. Il avait aussi été employé par l’Aluminum Limited, devenue Rio Tinto Alcan.

Il a fondé Jarislowsky Fraser en 1955. Au départ, la société vendait des données financières aux investisseurs. Elle a commencé à fournir des services-conseils et à gérer des fonds pour des caisses de retraite, des entreprises et des organisations gouvernementales dans les années 1960. 

Plus de 60 ans après sa fondation, la firme passait dans le giron de la Banque Scotia en février 2018 dans le cadre d’une transaction évaluée à 950 millions $. Son actif sous gestion dépassait les 40 milliards $ avant la vente. 

Stephen Jarislowsky avait une formation en génie mécanique de l’université Cornell, un baccalauréat en culture orientale de l’université de Chicago et un MBA de l’université Harvard. Il était en outre détenteur de plusieurs doctorats honorifiques.

Philanthrope, il a contribué à mettre sur pied pas moins de 11 chaires de recherche sur des thèmes aussi variés que l’environnement, la finance, la famille et l’urologie.

Il a financé la création de l’Institut de recherche en art canadien Gail et Stephen A. Jarislowsky en 1998. M. Jarislowsky était officier de l’Ordre du Canada et chevalier de l’Ordre national du Québec. Il était marié et père de quatre enfants.

Stéphane Rolland

Stéphane Rolland

Journaliste