Économie

Licencié après un déménagement: quelles sont vos options?

«Beaucoup de gens paniquent et ne pensent qu’à ça 24 heures sur 24; ne faites pas cela. Organisez votre temps et fixez-vous des objectifs quotidiens.»

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Un homme traverse un immeuble de bureaux du centre-ville de Toronto, le 11 juin 2019. PHOTO DE LA PRESSE CANADIENNE Un homme traverse un immeuble de bureaux du centre-ville de Toronto, le 11 juin 2019. PHOTO DE LA PRESSE CANADIENNE (Graeme Roy)

Se retrouver au chômage peu de temps après avoir déménagé pour un emploi peut provoquer chez les personnes concernées un sentiment de choc, de frustration, de colère, voire de honte.

«Les gens se sentent souvent gênés, comme s’ils avaient fait quelque chose de mal, ou se demandent comment ils vont annoncer à leur entourage ce qui leur est arrivé après avoir fait tout un plat de leur déménagement pour un emploi», explique Meghan Reid, copropriétaire de Canada Career Counselling et psychologue.

Selon Mme Reid, la première étape consiste à prendre un moment pour gérer les émotions difficiles liées à un licenciement. Ensuite, on peut se concentrer sur des questions plus concrètes.

«Bien sûr, c’est difficile à vivre, mais j’ai vu beaucoup de personnes qui ont traversé un licenciement s’en sortir bien mieux à long terme», explique Mme Reid.

Si vous êtes licencié, elle conseille de ne signer aucun document sur-le-champ et de confier tous les documents à un avocat spécialisé en droit du travail. Elle recommande plutôt aux salariés de bien comprendre leurs droits en matière d’indemnités de licenciement et de couverture sociale éventuelle.

À partir de là, l’étape suivante consiste à faire une demande d’assurance-emploi.

Mme Reid ajoute qu’il est préférable, pour votre santé mentale, d’établir un emploi du temps et de suivre une routine lorsque vous postulez à de nouveaux emplois.

«Beaucoup de gens paniquent et ne pensent qu’à ça 24 heures sur 24; ne faites pas cela. Organisez votre temps et fixez-vous des objectifs quotidiens.»

—  Meghan Reid, copropriétaire de Canada Career Counselling et psychologue.

Mme Reid ajoute que cela pouvait également être le moment idéal pour réévaluer sa carrière: examinez vos points forts et vos points faibles, et réfléchissez à l’endroit où vous souhaitez vivre à l’avenir.

«C’est une bonne occasion d’évaluer s’il vaut mieux rester dans ce nouvel endroit, retourner dans sa région d’origine ou s’installer ailleurs… Quand les gens se sont investis dans quelque chose, ils ont parfois l’impression de devoir continuer à s’y consacrer ou à y investir», explique Mme Reid.

Choisir de rester, ajoute-t-elle, peut éloigner une personne de ses amis et de sa famille — son réseau de soutien habituel.

Quelles prestations?

Sunira Chaudhri, fondatrice et associée du cabinet Workly Law, précise que si vous êtes licencié après avoir déménagé pour un emploi en Ontario, vous avez droit au moins aux prestations minimales prévues par la Loi sur les normes d’emploi, voire à davantage.

«Si vous avez travaillé dans une entreprise pendant six mois ou plus, vous pouvez vous attendre à ce qu’un préavis vous soit accordé (...), ce qui signifie que vous serez prévenu une semaine ou deux à l’avance de la fin de votre contrat», explique-t-elle.

«Ou bien vous percevrez une ou deux semaines de salaire, et vos avantages sociaux devront également être maintenus pendant cette période.»

Mme Chaudhri conseille aux personnes concernées de profiter de leurs prestations de santé et dentaires avant d’en perdre le bénéfice.

Si la durée d’emploi d’une personne a été relativement courte, Mme Chaudhri précise qu’elle pourrait avoir droit à davantage de prestations qu’elle ne le pense. Elle ajoute que les personnes travaillant dans des secteurs de niche, où il peut être plus difficile de trouver un autre emploi dans leur domaine, pourraient voir cette situation reconnue par le tribunal.

Données du mois de septembre: un taux de chômage de 6 % au Québec Environ 49 000 emplois ont été perdus au Québec en septembre ce qui fait que le taux de chômage de la province s'élève à 6 %. On en discute avec le chroniqueur économique Michel Girard.

Mme Chaudhri ajoute que les tribunaux reconnaissent également que, lorsque des salariés déménagent dans une nouvelle ville, leur réinsertion professionnelle peut prendre plus de temps s’ils perdent leur emploi.

«La plupart des employeurs devraient garder à l’esprit que s’ils demandent à un salarié de déménager pour accepter un nouvel emploi, celui-ci mettra plus de temps à retrouver un emploi. Les employeurs sont donc souvent encouragés à se montrer un peu plus généreux sur les indemnités de licenciement afin de tenir compte du déménagement et du changement.»

L’importance de la négociation préalable

Lior Samfiru, avocat spécialisé en droit du travail et associé cofondateur du cabinet Samfiru Tumarkin LLP, souligne que toute personne déménageant pour des raisons professionnelles devrait essayer de négocier au préalable des conditions appropriées dans son contrat de travail.

Il indique que les salariés peuvent demander des dispositions telles que la prise en charge des frais de retour dans leur lieu de résidence d’origine, ou une indemnité de licenciement supplémentaire en cas de licenciement économique.

Mais M. Samfiru ajoute que parfois, les personnes signent des contrats de travail comportant des clauses défavorables, telles que l’absence de prise en charge des frais de déménagement ou d’aide à la recherche d’un nouvel emploi si le poste ne se concrétise pas.

«Si vous ne parvenez pas à conclure un contrat de travail favorable, ne signez tout simplement pas un contrat restrictif», prévient M. Samfiru.

«Ce que je veux dire par là, c’est que si le contrat de travail ne mentionne rien concernant la résiliation et la réinstallation, la loi intervient alors pour vous offrir des recours. En revanche, la loi ne s’en mêle pas si vous avez accepté des clauses restrictives.»

M. Samfiru ajoute que les salariés peuvent sous-estimer leur pouvoir de négociation lorsqu’ils négocient une offre d’emploi impliquant un déménagement.

«Même pour un poste moins élevé dans la hiérarchie, l’employeur suit un processus de recrutement, il passe en entrevue plusieurs candidats et… finit par se dire: “C’est le bon candidat pour nous”», rappelle-t-il.

«À ce stade, cet employé possède quelque chose que l’employeur souhaite: sa personne. Et c’est là qu’il y a une marge de négociation.»

Si un salarié n’est pas en mesure de renégocier les clauses défavorables de son contrat de travail, M. Samfiru estime qu’il est trop risqué de prendre la décision de déménager pour ce poste.

Mais, même si une personne a été licenciée après avoir déménagé et qu’elle a signé un document comportant des clauses défavorables, elle peut toujours tenter de faire appel à la sensibilité humaine de son ancien employeur.

«Oubliez les aspects juridiques et parlez-lui de l’impact que cela a sur vous, en espérant qu’il puisse vous aider», détaille M. Samfiru.

«J’ai vu des salariés y parvenir avec succès et, en fin de compte, je ne pense pas que quiconque souhaite couper les ponts ou voir quelqu’un d’autre en souffrir.»