Économie

L’exploration pétrolière de Greenland Energy repoussée d’un an au Groenland

«Nous allons rester au Groenland pendant longtemps. Nous y sommes pour le long terme. C’est un contretemps, mais ce n’est pas un obstacle insurmontable.»

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Le paysage de la Terre de Jameson, dans l’est du Groenland. Photo fournie par Greenland Energy Company via La PC Le paysage de la Terre de Jameson, dans l’est du Groenland. Photo fournie par Greenland Energy Company via La PC (HO)

Une plate-forme de forage était en cours de rééquipement en Alberta. Des camions et des grues devaient être expédiés depuis le Danemark. D’autres équipements devaient arriver de Houston.

Et une compagnie maritime québécoise s’apprêtait à réceptionner ces cargaisons en provenance de ces contrées lointaines dans un port situé à l’ouest de Montréal, à les arrimer à la manière d’un jeu de Tetris à bord de navires et à mettre le cap cet automne sur la côte est du Groenland, une région accidentée et inhospitalière. Tout cela en vue de ce qui allait être le premier forage de puits de pétrole dans la toundra aride du bassin de la Terre de Jameson.

Mais à la mi-août, les autorités de ce territoire danois largement autonome ont déclaré avoir besoin de plus de temps pour examiner les projets de l’entreprise américaine Greenland Energy Company visant à exploiter ce qu’elle estime être une véritable mine d’or pétrolière.

«Nous avons littéralement tout stoppé net», a expliqué Robert Price, directeur général de Greenland Energy, lors d’une récente entrevue. Le matériel a été mis en entrepôt et les projets ont été mis de côté pour «une bonne année», jusqu’en novembre ou décembre 2027.

«Nous allons rester au Groenland pendant longtemps. Nous y sommes pour le long terme. C’est un contretemps, mais ce n’est pas un obstacle insurmontable.»

—  Robert Price, directeur général de Greenland Energy

Est également suspendue une série documentaire en six épisodes retraçant le programme d’exploration au Groenland, animée par Phil McGraw, mieux connu sous le nom de Dr Phil, personnalité de la télévision américaine, et produite par la société de M. McGraw, Envoy Media.

La zone que Greenland Energy entend explorer est couverte par des licences préexistantes détenues par son partenaire de coentreprise, la société britannique 80 Mile PLC.

80 Mile a obtenu ces licences bien avant que le gouvernement groenlandais n’interdise toute nouvelle exploration pétrolière et gazière en 2021. Ces permis — deux accordés en 2015 et un en 2018 — sont toujours valides, précise le département groenlandais des Affaires économiques et des Ressources naturelles en ligne.

«Une révocation des permis existants nécessiterait des démarches particulières et pourrait être considérée comme une expropriation», est-il écrit. Les permis sont valables jusqu’à fin 2028 et pourraient être prolongés.

Obtenir le feu vert pour se mettre réellement au travail est une autre histoire.

«Nous pensions disposer de garanties quant à l’obtention des permis de forage avant la fin de cette année, mais il s’est avéré que le gouvernement dit vouloir davantage de temps pour examiner le dossier», a affirmé M. Price.

Au départ, l’autorité de régulation a demandé à Greenland Energy de forer un seul puits d’exploration au lieu de deux, ce à quoi l’entreprise avait donné son accord, précise M. Price.

Le gouvernement du Groenland a indiqué dans un communiqué de presse publié le 12 août que des représentants du gouvernement et de l’entreprise s’étaient rencontrés en juillet et que cette dernière avait présenté ses plans pour débuter l’exploration cet hiver.

«Lors de cette réunion, le ministère a fait part de ses inquiétudes concernant le calendrier très serré et a passé en revue la procédure réglementaire qui doit être menée à bien avant que les activités de forage puissent être approuvées», est-il indiqué. Il faut notamment réaliser des évaluations de la durabilité sociale et de l’impact environnemental, ainsi que des consultations publiques.

«Ce n’est qu’une procédure, a affirmé M. Price. Nous forons dans le cercle polaire arctique, et nous nous attendons à des retards dans le cercle polaire arctique.»

Hormis les coûts de stockage et d’entretien, Greenland Energy ne subit pas de pertes financières importantes dues à ce retard, a-t-il ajouté.

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Cet été, Greenland Energy et son partenaire se sont heurtés aux autorités locales lorsque du matériel a été acheminé depuis un autre endroit de l’île vers les environs du site de forage prévu, sans l’accord du département des Ressources naturelles. Le gouvernement a estimé qu’il ne serait pas «proportionné» d’ordonner le retour de la plate-forme de forage à son emplacement initial, mais a en revanche adressé «un avertissement sévère» à l’entreprise, lui enjoignant d’informer le gouvernement de toute question logistique à l’avenir.

M. Price a expliqué que l’entreprise avait obtenu l’année dernière un permis pour débarquer le matériel, mais que celui-ci avait expiré. Elle pensait que le transfert du matériel vers son aéroport de la Terre de Jameson serait autorisé, mais l’autorité de régulation des ressources minérales a contesté l’existence d’une telle dérogation. M. Price a indiqué s’être excusé et que le «matériel qui se trouve là-bas actuellement y est entreposé en toute légalité».

Deux entreprises canadiennes impliquées dans cette opération — Stampede Drilling, établie à Calgary, et Desgagnés, de Québec, spécialisée dans le transport maritime en conditions difficiles — ont tenu à préciser qu’elles n’avaient rien à voir avec cette affaire.

Stampede Drilling a indiqué qu’une plate-forme de forage en cours de modernisation en vue d’un «déploiement potentiel» au Groenland restait au Canada.

«Stampede confirme en outre qu’elle n’achèvera pas de plate-forme de forage au Groenland à moins que le programme de forage de Greenland Energy n’obtienne toutes les autorisations réglementaires requises et les agréments des autorités groenlandaises.»

Desgagnés a souligné de son côté qu’aucun de ses navires n’avait déchargé de marchandises au Groenland, et qu’aucun n’était prévu pour s’y rendre.

«Desgagnés mène ses activités dans le strict respect de toutes les lois, réglementations et exigences applicables au Canada et à l’échelle internationale», a-t-elle déclaré.

«La gestion, l’autorisation et la mise en œuvre du projet relèvent exclusivement de la compétence des autorités groenlandaises compétentes, dont les décisions seront respectées par Desgagnés.»

Les plans de forage se concrétisaient au moment même où le président américain Donald Trump jetait son dévolu sur le Groenland en vue d’une annexion par les États-Unis. Le gouvernement de l’île, dont la population d’environ 56 000 habitants est majoritairement inuite, a farouchement rejeté une telle idée. M. Price a dit qu’il ne pensait pas qu’une prise de contrôle du Groenland par les États-Unis soit à l’ordre du jour, et que son entreprise s’engageait à respecter l’indépendance du Groenland.

Si les forages pétroliers sont peut-être en suspens au Groenland, M. Price a indiqué qu’il restait très occupé par d’autres activités sur le territoire. Une autre entreprise qu’il dirige, USFM Corporation, participe à un projet d’exploration de nickel dans la partie ouest de l’île.

Lauren Krugel

Lauren Krugel

Journaliste