Économie

Les tensions commerciales devraient peser sur la décision de la Banque du Canada

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Un piéton passe devant la Banque du Canada à Ottawa, le mercredi 10 juin 2026. Un piéton passe devant la Banque du Canada à Ottawa, le mercredi 10 juin 2026. (The Canadian Press)

La Banque du Canada se retrouve cette semaine confrontée à un dilemme familier, alors que l’escalade de la guerre commerciale avec les États-Unis jette une ombre d’incertitude sur la décision de mercredi concernant les taux d’intérêt.

La banque centrale maintient son taux directeur à 2,25 % depuis près d’un an maintenant.

Avant que les négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis ne capotent au début du mois, les économistes et les marchés financiers s’attendaient largement à ce que la Banque du Canada reste sur la touche jusqu’à la fin de l’année et jusqu’en 2027.

Les récentes salves de droits de douane ont modifié le contexte économique.

Le 22 août, les États-Unis ont imposé des droits de douane de 50 % sur environ 5 % des exportations canadiennes, et le Canada prévoit de riposter par ses propres contre-droits de douane à compter du 8 septembre. Le président américain Donald Trump a également menacé d’imposer des taxes plus élevées sur les voitures et les pièces automobiles à compter du 1er janvier 2027.

La plupart des économistes continuent de penser que la Banque du Canada maintiendra le statu quo, le temps d’évaluer comment les prix et l’économie réagissent à une nouvelle escalade de la guerre commerciale.

«La banque a toujours hésité à prendre des mesures sur les taux qu’elle pourrait être amenée à renverser par la suite, car la situation est très incertaine», explique Tony Stillo, directeur des études économiques sur le Canada chez Oxford Economics.

Selon LSEG Data & Analytics, les marchés financiers estimaient à environ 94 % la probabilité d’un septième maintien consécutif du taux directeur, lundi matin.

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L’impact de la guerre au Moyen-Orient

Au cours du printemps, le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a régulièrement déclaré que si le choc des prix de l’énergie lié à la guerre en Iran commençait à montrer des signes de propagation au-delà des stations-service, la banque centrale pourrait être contrainte d’intervenir par des hausses successives des taux d’intérêt afin de contenir l’inflation.

Il a également averti que tout durcissement des restrictions commerciales entre le Canada et les États-Unis pourrait pousser les responsables de la politique monétaire à assouplir le taux directeur.

Les dernières données sur le produit intérieur brut publiées vendredi par Statistique Canada ont montré que l’économie a connu au deuxième trimestre sa plus forte croissance depuis plus de trois ans, après une année marquée par une croissance modérée.

Cependant, la plupart des prévisions, y compris celles de la Banque du Canada, tablent sur un léger ralentissement de ce rythme au second semestre.

«Je ne veux pas trop insister sur les aspects négatifs, car il est possible que les deux parties apaisent les tensions dans les mois à venir. Mais je pense que nous devons nous préparer à traverser une période difficile pendant un certain temps», affirme Doug Porter, économiste en chef de la Banque de Montréal, lors d’une entrevue.

Il ajoute qu’il est encore possible que les équipes commerciales canadiennes et américaines se réunissent à nouveau pour éviter une nouvelle escalade dans les semaines à venir.

Retour au flou de 2025?

Toutefois, en l’absence d’un retour à la table des négociations, M. Porter s’attend à ce que le troisième trimestre de l’année ressemble fortement aux débuts de la guerre commerciale de 2025, lorsque le flou entourant les droits de douane avait pesé lourdement sur l’activité économique.

Si M. Stillo estime que les mesures tarifaires en elles-mêmes ne suffisent pas à plonger l’économie dans une récession, il souligne toutefois que l’incertitude entourant les relations commerciales à long terme avec les États-Unis pourrait freiner la croissance.

L’inflation, quant à elle, a connu de fortes fluctuations en raison de la volatilité des prix de l’essence. Le taux d’inflation annuel s’est depuis stabilisé à 3 % en juillet, et les indicateurs d’inflation sous-jacente privilégiés par la banque centrale sont restés modérés.

Même si la Banque du Canada part du principe que l’emploi ou la production au Canada subiront un coup dur en raison des derniers droits de douane américains et de l’incertitude qui en découle, M. Stillo précise que les responsables de la politique monétaire ne peuvent pas se permettre de détourner leur attention de la guerre au Moyen-Orient.

Les droits de douane de rétorsion imposés par le Canada sur toute une gamme de produits américains pourraient également accentuer les pressions inflationnistes, même si M. Stillo n’est pas certain que ces coûts soient nécessairement répercutés sur les consommateurs, les entreprises étant confrontées à un contexte de faible demande.

Selon les prévisions de base d’Oxford Economics, l’économie canadienne devrait poursuivre sa croissance jusqu’à l’année prochaine, bien qu’à un rythme inférieur de quelques dixièmes de point de pourcentage par rapport à celui observé avant la dernière vague de droits de douane.

Dans ce scénario, M. Stillo s’attend à ce que la Banque du Canada maintienne son taux directeur inchangé jusqu’en 2027.

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Une baisse envisageable plus tard

Toutefois, si la banque centrale constate, dans le courant de l’année, que le ralentissement économique s’accentue, il estime qu’une baisse du taux directeur pouvant aller jusqu’à un demi-point de pourcentage pourrait être envisagée.

Bien que les responsables de la politique monétaire ne devraient pas se précipiter pour baisser les taux mercredi, M. Stillo s’attend à ce que M. Macklem s’oppose aux anticipations du marché concernant un retour aux hausses de taux.

«Nous pensons qu’une orientation accommodante sera signalée, car ils envisageront une baisse potentielle des taux si l’économie affiche, disons, des performances plus faibles que prévu», explique M. Stillo.

M. Porter indique quant à lui que, sans les nouveaux vents contraires liés aux droits de douane, les solides chiffres du PIB du deuxième trimestre auraient justifié l’hypothèse de hausses de taux à l’horizon.

Mais à l’instar de M. Stillo, M. Porter s’attend à ce que la banque centrale signale mercredi une orientation vers l’assouplissement, les menaces pesant sur la croissance l’emportant sur les risques d’une reprise de l’inflation.

«La guerre commerciale assombrit véritablement les perspectives de croissance. À moins que ce problème ne soit résolu, je pense que c’est vraiment sur cela qu’ils doivent se concentrer en priorité», conclut M. Porter.

Craig Lord

Craig Lord

Journaliste