La Banque CIBC, la Banque Royale du Canada et la Banque TD ont toutes annoncé jeudi des bénéfices en hausse par rapport à l’année précédente, stimulés par les revenus tirés des opérations boursières et d’autres gains liés aux marchés, même si certains résultats laissaient entrevoir des poches de tension sous la surface.
Les trois banques ont clôturé le premier trimestre avec des résultats qui ont permis aux six grandes banques canadiennes de dépasser les prévisions de bénéfices, l’économie ayant continué à progresser malgré un taux de chômage élevé et de graves problèmes commerciaux.
«L’économie canadienne est restée résiliente malgré l’incertitude élevée liée aux tensions géopolitiques et commerciales persistantes et évolutives», a souligné Dave McKay, président et chef de la direction de la Banque Royale, lors d’une conférence téléphonique avec des analystes financiers et des investisseurs pour discuter des résultats de la société.
Le ton général des banques était celui d’un optimisme prudent, selon lequel le Canada parviendra à conclure un accord commercial avec les États-Unis et les plans de dépenses du gouvernement fédéral stimuleront l’économie.
«Nous prévoyons également des occasions significatives dans le domaine des services bancaires commerciaux lorsque nous aurons des certitudes concernant l’ACEUM (Accord Canada–États-Unis–Mexique) et lorsque nous commencerons à voir la mise en œuvre des projets d’infrastructure à grande échelle mis en avant dans le budget fédéral canadien», a ajouté M. McKay.
Mais pour l’instant, nombreux sont ceux qui continuent de souffrir d’un taux de chômage élevé et d’autres pressions.
Le crédit sous la loupe
La Banque Royale a annoncé que ses prêts douteux bruts avaient augmenté de 485 millions $ par rapport au trimestre précédent, en raison d’une hausse de 294 millions $ dans les services bancaires aux particuliers, principalement attribuable aux prêts hypothécaires résidentiels canadiens.
Afin de se préparer à d’éventuels prêts douteux, la Banque Royale a renforcé sa dotation à la provision pour pertes de crédit à 1,09 milliard $ pour le trimestre clos le 31 janvier, contre 1,05 milliard $ un an plus tôt.
Cette hausse a été largement compensée par des améliorations dans d’autres domaines, ce qui a permis à la banque d’afficher un bénéfice de 5,79 milliards $ pour le trimestre, comparativement à 5,13 milliards $ un an plus tôt.
La CIBC et la TD ont quant à elles réduit leurs dotations à la provision pour pertes de crédit au cours du trimestre, car elles ont constaté une certaine accalmie des inquiétudes parmi leurs clients et dans l’économie.
Ajai Bambawale, chef de la gestion des risques à la TD, a souligné que les changements macroéconomiques sont le principal facteur à l’origine de cette réduction.
«Si vous consultez nos informations financières, vous constaterez que les chiffres du chômage se sont améliorés, tant au Canada qu’aux États-Unis, et que les chiffres du PIB se sont également améliorés.»
La réduction de 173 millions $ de la provision pour pertes sur créances de la TD est intervenue alors que la banque a annoncé un bénéfice de 4,04 milliards $ au premier trimestre, par rapport à 2,79 milliards $ un an plus tôt.
La CIBC a réduit ses provisions de 5 millions $ tout en annonçant un bénéfice de 3,10 milliards $ pour le trimestre, comparativement à 2,17 milliards $ au premier trimestre de l’année précédente.
Reprise des marchés
Selon les analystes, ces résultats supérieurs aux prévisions sont en grande partie liés à la reprise des marchés financiers, même si les banques ont également enregistré de bons résultats dans d’autres segments.
La CIBC a cité son exposition accrue aux États-Unis comme facteur ayant contribué à la hausse de ses bénéfices, sa division des marchés des capitaux américains ayant enregistré une augmentation de 50 % par rapport à l’année précédente et représentant désormais un peu plus d’un tiers de son chiffre d’affaires total sur les marchés financiers.
«Nous prévoyons que le taux de croissance des marchés financiers américains continuera de dépasser celui du Canada et d’autres régions à moyen terme», a soutenu le président et chef de la direction de la CIBC, Harry Culham, lors d’une conférence téléphonique sur les résultats.
Mais une concentration accrue sur les États-Unis n’est pas une garantie de succès, car les clients les plus vulnérables de ce pays sont également en difficulté, a affirmé Leo Salom, président et chef de la direction de la division américaine de la TD.
«Dans le haut de gamme, nous constatons une bonne demande de prêts, et la dynamique économique aux États-Unis se traduit par une bonne croissance des prêts», a-t-il ajouté.
«C’est plutôt au niveau des petites entreprises et des banques communautaires bas de gamme que nous constatons un certain ralentissement sur le marché américain dans son ensemble.»
Les banques ont également fait état d’une croissance modérée des prêts personnels au Canada, comprise entre 1 et 5 %, la Banque Nationale, axée sur le Québec, faisant figure d’exception avec une hausse de 11 % des prêts personnels.
Bien que la croissance des prêts hypothécaires ait été plutôt lente, reflétant un marché immobilier globalement atone, les banques ont indiqué que les remboursements étaient conformes à leurs attentes et qu’elles espéraient une amélioration dans le courant de l’année.
«À l’avenir, nous prévoyons que l’augmentation des mesures de relance budgétaire et la diversification des nouvelles relations commerciales créeront un effet multiplicateur qui soutiendra la croissance économique et l’activité des clients», a spécifié M. McKay.
