Nous sommes nombreux à grandir en pensant que nos parents maîtrisent parfaitement leurs finances. Ils payaient les factures, se souciaient de nos frais de scolarité et ne nous demandaient jamais rien. Ainsi, lorsque la situation commence à changer, cela peut vous prendre au dépourvu.
Lorsqu’un parent demande de l’aide, le problème s’est accumulé depuis des années.
Ce texte est une traduction d’un article de CTV News.
Un expert en finances vous présente les signes avant-coureurs indiquant que vous pourriez bientôt devoir devenir le filet de sécurité financière de vos parents, ainsi que la façon d’intervenir sans compromettre votre propre retraite.
Pourquoi de plus en plus de familles sont-elles confrontées à cette situation aujourd’hui?
La pression sur les retraités s’intensifie. Dans le sondage «2025» de l’Institut national sur le vieillissement, seulement 29% des Canadiens âgés de 50 ans et plus qui n’ont pas encore pris leur retraite ont déclaré pouvoir se permettre de prendre leur retraite quand ils le souhaitent, contre 35% en 2022.
Les personnes qui prennent le relais sont elles aussi à bout. Plus de la moitié des proches aidants au Canada jonglent entre un emploi rémunéré et la prise en charge d’un proche, et bon nombre d’entre eux affirment que la pression devient insupportable.
Cela dit, les difficultés financières ne se présentent pas toujours sous la forme d’une crise. D’après plusieurs observations, elles se manifestent d’abord par de petits signes.
1. Ils paient leurs factures courantes à crédit ou en puisant dans la valeur nette de leur maison
Si vos parents reportent le solde de leur carte de crédit d’un mois à l’autre, ouvrent une marge de crédit ou recourent à une marge de crédit hypothécaire (HELOC) pour payer l’épicerie et l’impôt foncier, soyez vigilant. Emprunter pour refaire la toiture est une chose. Emprunter pour payer les factures d’électricité signifie que leurs revenus ne suffisent plus à subvenir à leurs besoins.
C’est la valeur nette immobilière qui m’inquiète le plus. Un prêt hypothécaire inversé ou une marge de crédit hypothécaire (HELOC) peut se justifier dans le cadre d’un véritable plan, mais lorsqu’elle sert à combler un déficit mensuel, les intérêts grignotent discrètement la réserve dont ils auront besoin plus tard pour leurs soins.
Vous ne verrez peut-être jamais leurs relevés, mais vous remarquerez les indices : des discussions sur la consolidation de dettes, de nouvelles cartes qui arrivent par la poste ou un intérêt soudain pour le refinancement d’une maison dont ils sont propriétaires en pleine propriété. Si vous observez plusieurs de ces signes, cela vaut la peine de leur poser la question avec tact lors de votre prochaine visite.
2. Leurs revenus proviennent principalement du Régime de pensions du Canada (RPC) et de la Pension de la vieillesse (PVS)
À mon avis, le RPC et la PVS n’ont jamais été conçus pour financer à eux seuls l’ensemble de la retraite. Si vos parents ne disposent pas d’un régime de retraite d’entreprise ni d’une épargne significative dans un REER ou un FERR, ils risquent de vivre dans la précarité.
Une façon d’évaluer leur situation est de se pencher sur le Supplément de revenu garanti (SRG), qui vient compléter le revenu des aînés à faible revenu. Un aîné vivant seul doit avoir un revenu annuel (sans compter la SV) inférieur à 23 112$ pour y être admissible; ainsi, un parent dont le revenu se situe près de ce seuil dispose d’une marge de manœuvre très réduite en cas d’imprévus. Le SRG est calculé en fonction de la déclaration de revenus de l’année précédente. Assurez-vous donc qu’ils continuent de produire leur déclaration chaque printemps.
Il faut être également attentif à un parent qui a commencé à toucher le Régime de pensions du Canada (RPC) à 60 ans parce qu’il avait besoin d’argent, et non par stratégie. Le fait de le toucher plus tôt réduit le montant des prestations jusqu’à 36%, et cette réduction est permanente.
3. Ils ont commencé à demander de l’aide «juste cette fois-ci»
La première demande peut sembler modeste: une réparation d’auto, une facture de soins dentaires, un mois de loyer. Il est naturel de dire oui, et on vous dira jamais de ne pas aider vos parents, mais une aide ponctuelle a tendance à se transformer en versement mensuel.
Avant de vous engager à verser une somme régulière, déterminez ce que vous pouvez donner sans interrompre vos propres cotisations à un REER ou à un CELI. L’un des plus grands regrets observé chez les retraités est d’avoir donné de l’argent à leur famille avant d’avoir assuré leur propre avenir, et ce sujet est notamment abordé dans une récente vidéo de Blueprint Financial. La même logique s’applique lorsque l’argent va de vos enfants à vos parents plutôt que l’inverse.
Et si vous avez des enfants, vous pourriez vous retrouver pris en étau entre les deux. Dans un sondage BMO de 2026, 49% des Canadiens ont déclaré qu’ils prévoyaient aider financièrement leurs enfants adultes, et 83% de ce groupe ont admis qu’ils comprenaient que cela nuirait à leur propre retraite.
4. Il n’y a pas de plan clair en cas de changement dans leur état de santé
C’est le signe qui transforme une situation gérable en urgence. Si vous ne savez pas où se trouvent leurs comptes, s’ils ont rédigé un testament ou qui détient une procuration, vous vous retrouverez dans l’embarras au pire moment possible.
Vous n’avez pas besoin de tous les détails dès le premier jour. Il faut commencer par dresser une simple liste indiquant où se trouvent leurs comptes, en obtenant des copies de leur testament et de leurs documents de procuration, ainsi que le nom de toute personne qui les aide déjà sur le plan financier, comme un comptable ou un conseiller.
Si l’un de vos parents dépend de vous pour ses besoins fondamentaux, comme la nourriture et le logement, en raison d’une infirmité physique ou mentale, renseignez-vous sur le crédit d’aidant naturel du Canada. Il n’est pas nécessaire qu’il vive avec vous pour y être admissible.
Conclusion
Le fait de repérer ces signes ne signifie pas que vos parents ont échoué, ni que vous serez à leur charge pour toujours. Cela signifie simplement que vous disposez encore de temps, ce qui est la chose la plus précieuse dont vous puissiez disposer dans ce contexte.
Ayez cette conversation franche dès que possible, déterminez ce que vous pouvez raisonnablement offrir et protégez vos propres projets financiers pendant que vous le faites. Aider vos parents ne devrait pas faire de vous la prochaine génération qui n’aura pas les moyens de prendre sa retraite.
Christopher Liew est titulaire des titres CFP® et CFA, et ancien conseiller financier. Il rédige des conseils en matière de finances personnelles destinés à des milliers de lecteurs canadiens chaque jour sur Blueprint Financial.

