Le prix de l’or a connu une évolution spectaculaire au cours de l’année écoulée, ayant franchi la barre des 5000 $ l’once avant de retomber à environ 4000 $ — tout en restant bien au-dessus de ses niveaux historiques.
De nombreux facteurs influencent le cours de l’or, mais les gestionnaires de fonds affirment que ce sont les anticipations de taux d’intérêt qui ont joué le rôle moteur ces derniers mois, les prévisions d’inflation et la guerre en Iran ayant entraîné une révision des prévisions concernant les intentions des banques centrales, telles que la Réserve fédérale américaine, en matière de taux.
«On entendait dire que les baisses de taux d’intérêt étaient pratiquement acquises à 100 % dans un avenir prévisible, ce qui a suscité beaucoup d’enthousiasme sur le marché de l’or et fait grimper son cours», rapporte Edward Dashwood, gestionnaire de portefeuille et associé chez Letko Brosseau & Associates.
«Ce que nous avons observé au cours des six derniers mois environ, c’est un revirement à 180 degrés concernant l’un de ces facteurs, à savoir les anticipations relatives aux taux d’intérêt à venir», ajoute-t-il.
En juin, la Fed a publié des projections indiquant que les décideurs politiques s’attendaient à ce que le taux des fonds fédéraux suive une tendance à la hausse d’ici la fin de l’année et au cours de l’année prochaine, ce qui marque un changement par rapport aux prévisions précédentes.
Cette réunion était la première en présence de Kevin Warsh en tant que président de la Fed et a incité le marché à anticiper une orientation plus restrictive.
L’or perd de son attrait aux yeux des investisseurs lorsque les coûts d’emprunt augmentent, car ils peuvent alors se tourner vers des classes d’actifs génératrices d’intérêts.
«Les anticipations d’une hausse des taux exercent une pression sur le cours de l’or et, fait intéressant, il semble que cela l’emporte sur le rôle traditionnel de l’or en tant que valeur refuge», souligne M. Dashwood.
En période de turbulences, comme lors de la recrudescence des conflits commerciaux après le retour du président américain Donald Trump à la Maison-Blanche ou pendant la guerre au Moyen-Orient, l’or a souvent servi de valeur refuge aux investisseurs.
M. Dashwood affirme que ce sont désormais les anticipations de hausse des taux qui occupent le devant de la scène.
Le cours de l’or a atteint un pic en janvier, à 5500 $ l’once. Depuis, il est retombé à environ 4100 $ l’once, un niveau similaire à celui de novembre 2025. Bien que le cours de l’or ait baissé par rapport à son pic, il reste plus élevé que ces dernières années, depuis que l’or a franchi pour la première fois la barre des 2000 $ en 2020.
D’un autre côté, si la hausse de l’inflation résultant de la guerre entre les États-Unis et l’Iran s’avère plus éphémère et que les banques centrales cherchent à stimuler l’économie par des baisses de taux, cela donnerait probablement un coup de pouce à l’or, estime M. Dashwood.
Sam Baldwin, gestionnaire de portefeuille senior chez Guardian Capital LP, juge que l’or traverse une «période de refroidissement». Il note que les cours semblent être «au début d’une correction», mais qu’ils n’ont pas encore atteint des niveaux d’effondrement.
Quant à l’évolution future des cours de l’or, la situation n’est pas claire, selon M. Baldwin.
«Très souvent, lorsque le rapport risque/rendement est équilibré, il n’est pas particulièrement évident que les cours doivent augmenter ou baisser à partir de là. C’est pourquoi nous ne sommes pas particulièrement optimistes ou particulièrement pessimistes pour l’instant.»
Dennis da Silva, gestionnaire de portefeuille senior chez Middlefield, a observé qu’au cours des quatre années qui ont suivi l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les banques centrales «ont pratiquement doublé leurs achats annuels d’or» afin de diversifier leurs réserves.
«La demande fondamentale sous-jacente a fortement soutenu l’or. Je pense que c’est vraiment la raison pour laquelle l’or ne revient pas à son niveau d’il y a trois ou quatre ans», avance M. da Silva.
Il estime que la dynamique jouera un rôle important dans l’évolution des prix.
«Le prochain seuil à surveiller est celui de 3700 $ l’once. S’il est franchi, le prix plancher global se situera probablement autour de 3400 $. Il faudrait que le cours se redresse et se maintienne au-dessus de 4300 $ avant de pouvoir envisager un retour à 5000 $. C’est ce à quoi je m’attends au cours des 12 prochains mois: atteindre la barre des 5000 $.»
L’indice boursier de référence canadien compte l’une des plus fortes concentrations mondiales d’entreprises minières aurifères.
«Comme il s’agit d’entreprises liées aux matières premières, toute variation des cours de ces dernières aura tendance à les affecter simultanément», explique M. Dashwood.
Il ajoute que les entreprises minières disposant d’actifs de qualité ont tendance à afficher de meilleures performances, même lorsque les cycles des matières premières s’inversent.
«Si vous disposez d’actifs de bonne qualité, ceux-ci peuvent résister à plusieurs cycles des matières premières et générer de la valeur au fil du temps», affirme-t-il.

