Économie

Les petites entreprises s’inquiètent de l’imposition imminente de droits de douane

Les droits de douane que le président américain Donald Trump a promis d’imposer s’appliqueraient, à compter de mercredi, aux exportations canadiennes de produits tels que l’alcool, le ciment, le miel et les bâtons de hockey.

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Dan Kelly, président de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, prend la parole à Toronto, le jeudi 11 septembre 2014. LA PRESSE CANADIENNE/Chris Young Dan Kelly, président de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, prend la parole à Toronto, le jeudi 11 septembre 2014. LA PRESSE CANADIENNE/Chris Young (Chris Young/La Presse canadienne)

Le président de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) a commencé sa journée de mardi en recevant un courriel bouleversant de la part de l’un des 103 000 membres de l’association.

L’auteur de ce courriel est un industriel canadien qui réalise une part si importante de son chiffre d’affaires au sud de la frontière qu’il affirme ne pas voir d’issue si les États-Unis commencent à imposer, dès mercredi, des droits de douane de 50 % sur certaines exportations canadiennes.

«Il s’attend à ce que, si cela se concrétise, son activité soit terminée», indique le président de la FCEI, Dan Kelly, à propos des droits de douane qui menacent un large éventail de produits, notamment l’alcool, le ciment, le miel et les bâtons de hockey.

«Ce sont des témoignages déchirants de la part de chefs de petites entreprises, dont beaucoup ont travaillé d’arrache-pied pour rester au Canada et développer une activité commerciale solide aux États-Unis. C’est vraiment dommage qu’ils subissent un tel niveau de stress.»

Le récit de M. Kelly donne un aperçu de la situation des entreprises à l’approche de l’échéance de minuit fixée pour éviter ces nouvelles taxes.

De nombreux chefs d’entreprise étaient sur des charbons ardents, espérant que les négociateurs et les responsables politiques, alors en pleine discussion sur l’accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, parviennent à trouver une solution de dernier recours avant que les droits de douane ne commencent à s’appliquer.

Des moyens de subsistance entiers sont en jeu.

Quelque 102 000 emplois canadiens et 214 000 emplois américains risquent d’être supprimés si les deux pays ne parviennent pas à un consensus, selon un rapport récent rédigé pour le Canadian American Business Council par Oxford Economics.

D’autres ont prédit que les droits de douane, à eux seuls, pourraient considérablement affaiblir certaines entreprises et en anéantir d’autres.

Un contexte d’incertitude

Ces perspectives ont suscité l’inquiétude des membres de l’association Manufacturiers et Exportateurs du Canada.

«Ils sont très inquiets et anxieux à l’approche de la date butoir, rapporte Alan Arcand, économiste en chef. Pour certains d’entre eux, l’impact sera vraiment énorme et pourrait les toucher d’ici quelques heures.»

À l’approche de mardi, explique-t-il, beaucoup devaient répondre aux questions de clients inquiets à l’idée de passer des commandes devant franchir la frontière. D’autres réexaminaient leurs contrats, leurs prix et leurs approvisionnements.

«Toutes ces questions auxquelles ils réfléchissent habituellement, ils doivent les traiter dans ce contexte de grande incertitude», ajoute M. Arcand.

Par ailleurs, les membres de la FCEI se sont divisés en deux camps, indique M. Kelly.

Les premiers estiment qu’ils seront indirectement touchés par les droits de douane, car les articles concernés ne représentent qu’une partie de leurs produits.

Ces entreprises ont prévenu qu’elles allaient «serrer les dents et tenir bon jusqu’à ce que ce chapitre désagréable soit terminé», témoigne M. Kelly.

L’autre groupe ne peut pas se permettre ce luxe. Que le président américain Donald Trump renonce ou non à appliquer ces droits de douane, comme il l’a fait à plusieurs reprises cette année, ces entreprises doivent se tenir prêtes, car leur activité dépend fortement des États-Unis.

«Si votre produit figure sur la liste des nouveaux droits de douane, le fait que bon nombre de ces menaces tarifaires ne se concrétisent pas ne vous console pas», affirme M. Kelly.

«Vous êtes en pleine panique, car dès ce soir, votre produit pourrait être soumis à un droit de 50 %, et vous ne pouvez tout simplement pas vous permettre de prendre cela à la légère, même s’il y a une chance que cette crise soit évitée.»

Tara Deschamps

Tara Deschamps

Journaliste