Les grandes banques canadiennes devraient afficher une nouvelle fois de solides résultats au troisième trimestre lorsque ceux-ci seront dévoilés la semaine prochaine, mais les gestionnaires de fonds et les analystes craignent que le moindre faux pas n’entraîne une volatilité des cours de leurs actions, qui ont connu une forte hausse.
Les principaux prêteurs canadiens ont jusqu’à présent surmonté, apparemment sans peine, un contexte tarifaire en constante évolution, une croissance économique faible et une reprise atone du marché immobilier. Leur résilience a fait grimper les cours de leurs actions, ce qui les a poussés à mettre la barre encore plus haut pour impressionner Bay Street avec leurs résultats.
«Le plus grand risque à un moment comme celui-ci ne réside pas tant dans les résultats eux-mêmes – car ils seront bons et battront des records –, mais plutôt dans la question suivante: “La barre a-t-elle été placée trop haut?”», souligne Brian Madden, directeur des investissements chez First Avenue Investment Counsel. Son fonds détient des actions de la Banque TD, de la Banque Royale et de BMO.
Les grandes banques canadiennes ont vu leurs actions grimper en flèche cette année, avec des hausses entre 20 et 35 % depuis le début de 2026.
Mais le fait de ne pas répondre aux attentes ne signifie pas pour autant que le titre va «s’effondrer», précise M. Madden.
«Cela pourrait simplement signifier qu’elles devront évoluer latéralement pendant un certain temps, le temps que leurs bénéfices rattrapent leur cours et justifient leur multiple.»
M. Madden s’attend à ce que la croissance annuelle des bénéfices des six grandes banques canadiennes s’établisse en moyenne à environ 13 %.
Il indique que les banques ont exceptionnellement bien géré la situation économique, les provisions pour pertes sur créances — les fonds mis de côté par les banques pour couvrir les créances douteuses — ayant atteint leur pic dans la plupart des cas. Il ajoute que ces provisions diminuaient désormais en pourcentage du montant moyen des prêts.
La croissance de l’économie canadienne a été contrastée cette année, l’année ayant commencé par une légère contraction avant de rebondir au printemps. L’inflation s’est également rapprochée de la limite supérieure de la fourchette cible de 1 à 3 % fixée par la Banque du Canada. Parallèlement, le marché du travail a montré des signes de reprise, le taux de chômage ayant atteint en juillet son plus bas niveau depuis deux ans.
«L’économie canadienne étant toujours enlisée dans le marasme, nous ne nous attendons pas à un grand soulagement sur le front du crédit, mais nous ne prévoyons pas non plus que cela constituera un frein majeur», a écrit John Aiken, analyste chez Jefferies, dans une note adressée aux investisseurs.
Il est préoccupé par le fait que les valorisations actuelles ne reflètent pas pleinement les perspectives incertaines concernant les bénéfices des banques, mais il n’a pas d’inquiétudes particulières à l’approche de la publication des résultats.
«Même si nous ne pensons pas que le troisième trimestre viendra remettre en cause leurs valorisations, nous maintenons notre position selon laquelle les bénéfices devront progresser pour justifier leurs cours actuels, ce qui est loin d’être garanti à court terme», affirme M. Aiken.
Il indique également que les revenus issus des commissions devraient bénéficier de l’activité des marchés financiers, ce qui stimulera les divisions de gestion de patrimoine et des marchés de capitaux, mais que les commissions liées aux opérations de négociation et de conseil pourraient avoir atteint leur pic au deuxième trimestre.
M. Madden soutient que les six grandes banques canadiennes devraient toutes afficher une croissance positive dans leurs activités liées aux marchés de capitaux, mais que certaines devraient s’en sortir mieux que d’autres.
«Celles qui se démarquent par leur progression la plus marquée seraient la TD, la BMO et la CIBC. Et celle dont l’impact sur l’ensemble de la banque me semble le plus significatif serait la Banque Royale, compte tenu de sa taille», explique-t-il.
De son côté, Matthew Lee, analyste chez Canaccord Genuity, relève ses prévisions concernant les marchés de capitaux à l’approche de la publication des résultats des banques canadiennes, car les performances exceptionnelles des banques américaines suggèrent que l’activité de négociation est restée soutenue au cours de cette période.
«Du côté de la banque d’investissement, le volume des opérations sur le marché intérieur canadien continue de s’accélérer, soutenu par une participation accrue des six grandes banques aux transactions américaines et mondiales», a-t-il écrit dans un rapport.
Par ailleurs, Mike Rizvanovic, analyste à la Banque Scotia, a indiqué dans une note que les pertes sur créances seraient surveillées de près, les ratios de provisionnement pour pertes sur créances ayant légèrement augmenté ces dernières années.
Il a ajouté que les provisions pour pertes sur créances liées aux prêts dépréciés «devraient augmenter légèrement d’un trimestre à l’autre».
La Banque Scotia et le Groupe financier BMO doivent publier leurs résultats mardi, suivis par la Banque Nationale du Canada mercredi. La CIBC, la Banque Royale du Canada et la Banque TD doivent, quant à elles, publier leurs résultats jeudi.
Au cours du deuxième trimestre, de nombreux dirigeants bancaires avaient fait part d’un optimisme prudent quant à l’avenir, leurs résultats ayant dépassé les attentes. Cinq d’entre eux — la Banque TD, la Banque Royale, la Banque Scotia, BMO et la Banque Nationale — ont augmenté leurs dividendes trimestriels.
En ce qui concerne la Banque Royale et BMO, M. Madden sera attentif à toute nouvelle concernant la vente conjointe de Moneris Solutions, annoncée en août.
Pour la Banque TD, il suivra de près les progrès réalisés concernant ses précédents problèmes liés à la lutte contre le blanchiment d’argent, pour lesquels elle s’efforce de mettre en place davantage de contrôles et de mesures d’atténuation.
En 2024, la banque s’était vu infliger une amende de plus de 3 milliards $ américains par les autorités de régulation américaines après avoir plaidé coupable à de multiples chefs d’accusation liés à des manquements en matière de lutte contre le blanchiment d’argent.

