Des frais de 2% sur quelques milliers de dollars d’investissements peuvent sembler négligeables. Du moins au début, lorsque vous constituez votre patrimoine petit à petit et que vous voyez votre portefeuille s’étoffer.
Mais au fil du temps, le montant en dollars versé chaque année en frais — et son impact cumulatif sur vos placements — révèle une tout autre réalité.
Les frais de placement, souvent inclus dans les rapports sur le ratio des frais de gestion (RFG), correspondent à une redevance annuelle versée par l’investisseur à un gestionnaire de portefeuille pour la gestion de fonds communs de placement ou d’autres placements structurés, tels que les fonds négociés en bourse (FNB). Ces frais peuvent varier, mais, selon des experts, le seuil à franchir pour justifier ne serait-ce que des frais annuels de 2% est bien plus élevé que ne le pensent la plupart des investisseurs.
Levi Ewald se souvient avoir examiné les placements en fonds communs de ses parents, qui payaient un peu plus de 2% de frais par an, alors qu’ils «ne bénéficiaient pas nécessairement des conseils d’investissement les plus adaptés compte tenu du pourcentage élevé qu’ils payaient».
M. Ewald, un physiothérapeute devenu expert en finances personnelles, explique que c’était l’une des raisons pour lesquelles il s’était intéressé à la finance personnelle.
Les frais des fonds communs de placement varient généralement entre 0,5% et 3,0%, voire davantage pour les produits spécialisés, tandis que les coûts des FNB s’élèvent en moyenne à environ 0,2%, mais peuvent être plus élevés selon leur mode de gestion.
De nombreux investisseurs ne se rendent pas compte qu’il s’agit d’une déduction annuelle, ou bien ils perdent de vue ces frais, explique M. Ewald.
«Ces frais sont en quelque sorte prélevés directement sur le rendement du fonds, détaille-t-il. Ce n’est pas comme si vous receviez une facture de 2000 $ par courrier.»
Un effet cumulatif
Mais le principal problème réside dans l’effet cumulatif des frais, pointe M. Ewald.
«Ça ne semble pas énorme quand on ne regarde que ce chiffre de 2%, précise M. Ewald. Mais si l’on se place du point de vue du dollar, cela prend un peu plus d’importance.»
Un calculateur de frais de gestion mis au point par l’Autorité des marchés financiers (AMF), l’organisme de réglementation financière du Québec, permet de visualiser ces calculs sur la durée.
Par exemple, un investissement de 1000 $ avec un rendement annuel prévu de 8% atteindrait un peu plus de 10 000 $ en 30 ans sans aucuns frais. Mais des frais annuels de 2% signifieraient que ce même investissement initial n’atteindrait qu’environ 5500 $ sur la même période, réduisant le taux de rendement annuel à environ 5,8% au cours de ces trois décennies.
«Chaque dollar prélevé est un dollar qui cesse de fructifier pour vous», rappelle M. Ewald.
Les frais annuels sont prélevés que le portefeuille enregistre ou non des gains au cours de l’année. Cela signifie que les investisseurs pourraient payer des frais prélevés sur le montant initial ou le capital qu’ils espéraient voir fructifier.
Des frais liés à des services
Colin White, chef de la direction de Verecan Capital Management, souligne que les investisseurs doivent comparer les frais aux services dont ils bénéficient en contrepartie.
Des frais plus élevés ne devraient pas seulement couvrir les rendements, mais aussi justifier les conseils dont bénéficie l’investisseur: planification fiscale, épargne-retraite et planification financière globale, indique M. White.
«Un bon conseiller va apporter bien plus que cela, précise-t-il. Tous ces autres aspects intangibles ont en réalité bien plus de valeur que le simple fait d’obtenir le meilleur placement possible.»
L’Organisme canadien de réglementation des investissements (OCRI) simplifie la manière dont les frais sont déclarés à compter de l’année prochaine, en favorisant la transparence sur les coûts totaux d’investissement, qui incluent notamment les frais de gestion et de transaction.
Dans le cadre des changements à venir concernant la déclaration des coûts totaux, les relevés annuels incluront à la fois le pourcentage des frais et leur montant en dollars.
M. Ewald suggère de demander d’emblée au gestionnaire de portefeuille comment il est rémunéré et de poser davantage de questions sur les frais, la croissance et la composition de ces fonds avant de s’engager.
«Une fois que vous comprenez l’importance du rôle que jouent les frais dans votre portefeuille, soit vous décidez que vous acceptez de payer ces frais parce que vous en tirez suffisamment de valeur en contrepartie, soit vous décidez de vous tourner vers une option beaucoup moins coûteuse», conclut-il.

