Économie

Les employeurs québécois prévoient des augmentations de 3,1% en 2027

Il s’agit d’une quatrième année de modération après les hausses accordées durant la période de forte inflation.

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Les employeurs québécois prévoient accorder des augmentations salariales de 3,1 % en moyenne l’an prochain. Des représentants au service à la clientèle dans un centre d’appel à San Antionio aux États-Unis le lundi 19 août 2024. Photo AP Les employeurs québécois prévoient accorder des augmentations salariales de 3,1 % en moyenne l’an prochain. Des représentants au service à la clientèle dans un centre d’appel à San Antionio aux États-Unis le lundi 19 août 2024. Photo AP (Eric Gay)

Les travailleurs de la gent masculine risquent de rester sur leur faim lorsqu’ils connaîtront leur augmentation salariale. Leurs attentes sont plus élevées que les intentions des employeurs québécois.

C’est l’un des constats de l’enquête sur les prévisions salariales pour 2027 de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés dévoilée mardi.

Les employeurs québécois prévoient accorder des augmentations salariales de 3,1 % en moyenne l’an prochain, selon l’Ordre qui a fait une compilation des enquêtes de huit firmes spécialisées donnant le son de cloche de 1300 employeurs du Québec.

Vers une vague de démissions en 2026? De nombreux travailleurs canadiens veulent quitter leur emploi Assisterons-nous à une vague de démissions en 2026? Un sondage suggère qu’un nombre impressionnant de travailleurs canadiens issus de la génération Z prévoient changer d’emploi d’ici la fin de l’année.

Il s’agit d’une quatrième année de modération après les hausses accordées durant la période de forte inflation.

C’est loin de l’attente des hommes, selon un sondage Léger commandé par l’Ordre pour étayer son enquête. Ils s’attendent à une augmentation de 4,6 %.

«Vous le voyez, là, l’écart, souligne la directrice générale de l’Ordre, Manon Poirier, en conférence de presse mardi. Donc, certaines déceptions à prévoir.»

Sa réponse fait allusion aux résultats pour l’ensemble des travailleurs et travailleuses qui s’attendent à des augmentations de 3,7 % en moyenne.

Lorsqu’on regarde de plus près, les travailleuses, pour leur part, ont des attentes plus modestes, soit des augmentations de 2,6 %.

Le sondage ne permet pas de déterminer pourquoi les hommes et les femmes ont des attentes différentes, répond la directrice générale de l’Ordre.

Elle souligne que les femmes sont plus présentes dans des secteurs où les augmentations sont peut-être «un petit peu moindres».

L’écart entre les secteurs est «relativement modéré», toujours selon l’enquête. L’administration publique prévoit les plus faibles augmentations, à 2,7 %.

Au sommet, les employeurs des services d’utilité publics (distribution d’électricité et du gaz, les services téléphoniques, traitement des eaux, etc.) tablent plutôt sur une progression de 3,7 %.

Des études démontrent également que les femmes sont moins à l’aise de négocier leur salaire, reconnaît Mme Poirier, lorsque questionnée sur le sujet. Elle souligne cependant qu’il ne s’agit que d’une hypothèse, puisque les répondants n’ont pas donné le raisonnement derrière leurs attentes.

La firme Léger a mené un sondage en ligne auprès de 529 répondants du 31 juillet au 3 août, notamment pour connaître leurs attentes salariales.

Le Conseil de recherche et d’intelligence marketing canadien précise qu’une marge d’erreur ne peut être attribuée aux sondages en ligne, car ils ne procèdent pas à un échantillonnage aléatoire de la population.

Le pouvoir d’achat

La prévision est dévoilée au moment où la grande majorité des Québécois sont préoccupés quant à leur pouvoir d’achat.

Ils sont 78 % à affirmer que le coût de la vie représente un grand ou un très grand risque pour eux, selon une analyse récente de l’Institut du Québec (IDQ).

En août, l’inflation au Québec a atteint 3,1 %, selon Statistique Canada, soit le même niveau que la prévision moyenne d’augmentation salariale des employeurs.

Mme Poirier est consciente que le contexte économique fait en sorte que de nombreux travailleurs sont préoccupés par leur pouvoir d’achat.

Si l’augmentation du coût de la vie a fait mal aux 40 % des ménages les plus pauvres de 2022 à 2025, les autres Québécois n’ont pas vu leur pouvoir d’achat se détériorer pour autant, selon l’IDQ.

«Le reste des 60 % des ménages ou des familles, ils n’ont pas perdu de pouvoir d’achat malgré tout ce qu’on peut penser, souligne-t-elle en faisant référence à l’étude. Il y a peut-être de l’éducation à faire auprès des gens pour leur dire ce qui s’est passé.»

En fait, la situation est à peu près stable pour le revenu réel disponible pour la tranche suivante de 40 % des ménages. Les 20 % les plus nantis, pour leur part, se sont enrichis durant cette même période.

Mme Poirier croit qu’en visant des augmentations supérieures à 3 %, les employeurs démontrent qu’ils ont toujours le souci de retenir leurs employés. La rareté de main-d’œuvre se fait quand même sentir dans certains secteurs, explique-t-elle.

L’associée chez Normandin Beaudry, Anna Potvin, a partagé un constat similaire dans une entrevue récente. Les travaux de sa firme font d’ailleurs partie des huit enquêtes analysées par l’Ordre pour établir ses prévisions.

L’incertitude économique et le remplacement de certaines tâches par l’intelligence artificielle ont peut-être pesé sur les embauches, mais le désir de fidéliser les employés demeure, a constaté Mme Potvin.

«Pendant la pandémie, l’expérience de la grande démission, puis de devoir recruter, je pense que les organisations ont été un peu échaudées par ça», a-t-elle avancé.

Stéphane Rolland

Stéphane Rolland

Journaliste