Les éleveurs de bovins canadiens souhaitent que le gouvernement fédéral exclue le bœuf de l’accord de libre-échange qu’il s’efforce de conclure d’ici la fin de l’année avec le bloc commercial sud-américain du Mercosur.
Tyler Fulton, éleveur de bétail établi au Manitoba et président de l’Association canadienne des bovins, a affirmé qu’un accord avec le Mercosur incluant l’accès au marché de la viande bovine rendrait le Canada plus dépendant des importations de viande bovine et nuirait à la sécurité alimentaire tant au pays qu’à l’étranger.
Il a ajouté que les éleveurs de bovins ne pourront pas continuer à produire de la viande bovine au pays et à l’exporter dans le monde entier si le marché intérieur canadien est concurrencé par les pays du Mercosur.
«Notre préoccupation concernant les négociations de libre-échange avec le Mercosur ne porte pas sur le protectionnisme, mais sur la surexposition, a-t-il précisé. Si notre marché est inondé d’importations bon marché, cela enverra un signal négatif à la prochaine génération d’éleveurs.»
Le Canada a entamé des négociations en 2018 en vue d’un accord de libre-échange avec le bloc commercial sud-américain, qui comprend l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay.
Huzaif Qaisar, porte-parole du ministre canadien du Commerce international, a déclaré à La Presse Canadienne que l’objectif était de signer l’accord d’ici l’automne, voire plus tôt si possible.
Le gouvernement n’avait pas encore répondu à une demande de commentaires concernant les préoccupations des producteurs de bœuf.
M. Fulton a affirmé que le bœuf canadien n’est «pas une monnaie d’échange» et que les producteurs ont besoin que le gouvernement défende le secteur lors des négociations.
Le site web du gouvernement fédéral indique que le commerce de marchandises entre le Canada et le Mercosur a atteint 15,8 milliards $ en 2024, les exportations canadiennes s’élevant à 3,1 milliards $ et les importations à 12,8 milliards $.
D’autres secteurs pourraient bénéficier d’une baisse des droits de douane, notamment les produits médicaux, les produits pharmaceutiques et l’aluminium.
M. Fulton a averti qu’un accord avec le Mercosur risquait de compromettre les relations commerciales du Canada avec les États-Unis.
«Nous pouvons nous diversifier, mais nous ne devons pas minimiser l’importance des États-Unis. Le secteur nord-américain du bœuf est fortement intégré dans sa chaîne d’approvisionnement», a-t-il expliqué.
«L’industrie américaine a fait part de ses inquiétudes concernant le bœuf du Mercosur aux États-Unis et au Canada, et, à la veille de la révision de l’ACEUM, nous n’avons pas besoin d’ajouter des sources de tension. Le jeu n’en vaut tout simplement pas la chandelle», a estimé M Fulton.
Réduction de qualité
Des représentants de l’Association nationale des engraisseurs de bovins et des Beef Farmers of Ontario étaient également présents à la conférence de presse, tout comme le député conservateur Adam Chambers et le député du Bloc québécois Simon-Pierre Savard-Tremblay.
Cathy Jo Noble, vice-présidente de l’Association nationale des engraisseurs de bovins, s’est inquiétée que l’accès au marché du bœuf dans le cadre de l’accord commercial avec le Mercosur entraînerait une augmentation des importations de bœuf de mauvaise qualité, élevé selon des normes moins strictes en matière de santé animale, de conditions de travail, de sécurité alimentaire et d’environnement.
«Avant tout, les éleveurs de bovins nourrissent des inquiétudes persistantes concernant les antécédents de fièvre aphteuse, la transparence des déclarations relatives à l’encéphalopathie spongiforme bovine et le respect des normes sanitaires et phytosanitaires dans certaines parties de la région du Mercosur», a-t-elle expliqué.
«La protection de la santé animale est fondamentale pour l’industrie bovine canadienne et doit rester une priorité absolue dans la politique commerciale», a soutenu Mme Noble.
«Une épidémie de maladie d’origine étrangère pourrait avoir des conséquences catastrophiques sur les moyens de subsistance des éleveurs de bovins, des exploitants agricoles et sur l’économie des régions rurales du Canada», a-t-elle noté.
S’adressant aux journalistes, M. Fulton a indiqué qu’il n’existait pas d’estimation du coût que l’accord avec le Mercosur pourrait représenter pour l’industrie bovine canadienne.
«Nous ne disposons pas de détails précis sur ce qui est sur la table, a-t-il dit. La rapidité avec laquelle ils avancent semble précipitée.»
M. Fulton a indiqué que son organisation avait engagé des discussions au niveau ministériel, mais qu’elle n’avait pas obtenu de réponses à ses questions. Il a ajouté qu’il semblait admis que les pays du Mercosur considèrent l’accès du bœuf canadien à leur marché comme une priorité dans l’accord.
«Il nous est très difficile de planifier, de réagir et de défendre les intérêts de notre industrie lorsque nous ne disposons d’aucune transparence sur ce qui est discuté», a-t-il affirmé.
Le site web de l’Association canadienne des bovins indique que ses données ne suggèrent pas qu’il existe des opportunités d’exportation considérables pour le bœuf canadien vers les pays du Mercosur, et M. Fulton a fait savoir que les accords commerciaux passés n’avaient pas été favorables à leur secteur.
«Notre expérience récente a été marquée par de mauvais accords, comme ceux avec le Royaume-Uni et l’AECG, où il n’y a pas de réciprocité», a-t-il déclaré.
«Ces marchés peuvent importer leur bœuf au Canada tout en créant des obstacles à nos exportations vers leurs territoires. Notre monde est peut-être en train de changer, mais ce qui ne change pas, c’est notre besoin d’adopter une approche stratégique en matière de commerce et de ne pas diversifier pour le simple plaisir de diversifier», a maintenu M. Fulton.

