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Les actionnaires de Warner Bros approuvent le rachat par Paramount pour 81 G$

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On aperçoit le château d'eau de Warner Bros. aux studios Warner Bros. à Burbank, en Californie, le vendredi 5 décembre 2025. On aperçoit le château d'eau de Warner Bros. aux studios Warner Bros. à Burbank, en Californie, le vendredi 5 décembre 2025. ((AP Photo/Jae C. Hong))

La méga-fusion Warner-Paramount, d’une valeur de 81 milliards $, a reçu le feu vert des actionnaires, ce qui rapproche de la ligne d’arrivée un accord susceptible de redessiner profondément Hollywood et le paysage médiatique dans son ensemble.

Selon un décompte préliminaire des votes effectué jeudi, la grande majorité des actionnaires de Warner Bros Discovery s’est prononcée en faveur de la vente de l’ensemble de l’entreprise à Paramount pour 31 $ par action, a indiqué l’entreprise. Dette comprise, la transaction est évaluée à près de 111 milliards $. 

Paramount, détenue par Skydance, souhaite racheter l’ensemble de Warner. Cela signifie que HBO Max, des séries cultes comme Harry Potter et même CNN pourraient bientôt se retrouver sous le même toit que CBS, Top Gun et le service de diffusion en continue Paramount+. Le feu vert des actionnaires de l’entreprise augmente les chances que cela devienne réalité.

La transaction doit encore faire l’objet d’examens réglementaires, notamment de la part du ministère américain de la Justice. Warner a indiqué qu’elle prévoyait de conclure le tout au cours du troisième trimestre.

La quête de Paramount pour acquérir Warner est loin d’avoir été sans heurts. Bien que le conseil d’administration de Warner approuve désormais la fusion, il n’a pas toujours été enthousiaste à l’idée de conclure cette entente. 

À la fin de l’année dernière, Warner a rejeté les propositions de Paramount pour conclure à la place un accord de 72 milliards $ avec Netflix portant sur les studios et la diffusion en continue.

Paramount, quant à elle, s’est adressée directement aux actionnaires avec une offre hostile visant à racheter l’ensemble de l’entreprise, y compris l’activité de câblodistribution dont Netflix ne voulait pas. 

Les trois entreprises ont passé des mois à se disputer publiquement pour savoir qui avait la meilleure offre sur la table. Le conseil d’administration de Warner a soutenu à plusieurs reprises l’offre de Netflix. Finalement, Paramount a proposé plus d’argent et Netflix s’est brusquement retiré de la course.

Netflix en passe de racheter Warner Bros Discovery Netflix en passe de racheter Warner Bros Discovery

Des milliers d’acteurs, de réalisateurs, de scénaristes et d’autres professionnels du secteur ont exprimé leur «opposition sans équivoque» à l’accord, dans une lettre arguant qu’une consolidation accrue entraînerait des pertes d’emplois et réduirait les choix pour les cinéastes et les cinéphiles. 

Certains législateurs tirent également la sonnette d’alarme.

«Ce qui est clairement en jeu, ce n’est pas seulement un accord entre entreprises, mais la question de savoir qui contrôle l’information, qui contrôle le divertissement, qui contrôle la narration, a affirmé le sénateur démocrate Cory Booker. Il s’agit de la concentration et de la consolidation du pouvoir culturel.»

La fusion réunirait deux des cinq studios historiques restants à Hollywood. Elle regrouperait également deux grandes plateformes de diffusion en continue — Paramount+ et HBO Max — et deux poids lourds du paysage de l’information télévisée américaine — CBS et CNN — ainsi qu’une multitude d’autres marques et réseaux de divertissement.

Les dirigeants de l’entreprise affirment que ce sera une bonne nouvelle pour les consommateurs, qui, selon eux, auront accès à des catalogues de contenus plus vastes, en particulier si HBO Max et Paramount+ ne forment plus qu’un. 

Le directeur de Paramount, David Ellison, a tenté de rassurer les cinéastes en leur garantissant une fenêtre d’exploitation en salles de 45 jours et en fixant comme objectif la publication de 30 films par an entre Paramount et Warner. Les deux studios resteront des entités autonomes au sein de la société fusionnée, a-t-il affirmé.

Mais le nouveau propriétaire cherchera également à réduire les coûts. Les documents réglementaires indiquent que cela inclura des licenciements et la réduction de certaines activités qui se chevauchent. 

Un scepticisme règne chez certains quant aux avantages pour les consommateurs — craignant une hausse des prix sur la diffusion en continue et un amoindrissement de la diversité de contenu.

Consolidation de la presse

Depuis son rachat par Skydance il y a moins d’un an, CBS, propriété de Paramount, a déjà connu d’importants changements éditoriaux, notamment avec la prise de fonction de Bari Weiss, fondatrice de Free Press, comme rédactrice en chef de CBS News.

Si le rachat de Warner aboutit, beaucoup s’attendent à des changements similaires chez CNN, qui suscite depuis longtemps la colère du président américain Donald Trump.

Le ministère de la Justice et la direction de l’entreprise ont affirmé que la politique ne jouerait aucun rôle dans le processus réglementaire — mais M. Trump lui-même s’est parfois immiscé publiquement dans l’avenir de Warner.

M. Trump entretient également des liens étroits avec la famille Ellison, en particulier avec le milliardaire Larry Ellison, fondateur d’Oracle, qui met des milliards de dollars sur la table pour soutenir l’offre d’achat de l’entreprise de son fils.

Par ailleurs, Paramount a obtenu un financement de plusieurs fonds souverains — notamment le Fonds d’investissement public d’Arabie saoudite, ainsi que des fonds des Émirats arabes unis et du Qatar, selon les documents réglementaires. Ces investisseurs n’auront pas de droits de vote dans la future entité fusionnée Paramount-Warner, indiquent les documents. Paramount n’a pas précisé publiquement le montant de leur contribution.

D’autres pays, y compris les régulateurs européens, examinent l’opération — et certains États pourraient également tenter de la contester. Le procureur général de Californie, Rob Bonta, s’est montré particulièrement critique à l’égard de cette transaction et a déclaré que son État menait une enquête à ce sujet.