Économie

Le Canada entre en récession technique alors que l’économie a stagné au 1er trimestre

Statistique Canada attribue principalement ce ralentissement à la hausse des importations d’or et à la faiblesse du secteur de l’extraction de ressources en mars.

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Une pompe à balancier extrait du pétrole et du gaz d'un puits près de Calgary, le mardi 6 mai 2025. LA PRESSE CANADIENNE Une pompe à balancier extrait du pétrole et du gaz d'un puits près de Calgary, le mardi 6 mai 2025. LA PRESSE CANADIENNE (Jeff McIntosh)

OTTAWA — L’économie canadienne peine toujours à redémarrer, mais certains économistes qui ont commenté vendredi les derniers chiffres du produit intérieur brut réel ont estimé que cette faiblesse ne constituait pas nécessairement une récession.

Statistique Canada a annoncé vendredi que l’économie avait marqué le pas au premier trimestre de l’année.

Alors que le PIB réel, en ce qui concerne les dépenses, est resté stable d’un trimestre à l’autre, sa conversion en taux annualisé — le chiffre auquel la plupart des économistes accordent une attention particulière — amplifie les variations trimestrielles et se traduit par une baisse de 0,1 % pour le premier trimestre.

Cette baisse fait suite à une chute de 1,0 % du PIB réel au quatrième trimestre de 2025, un chiffre que Statistique Canada a révisé à la baisse vendredi.

Trois des quatre derniers trimestres au Canada ont désormais affiché une croissance négative du PIB réel. Deux contractions trimestrielles consécutives répondent à certaines définitions d’une récession technique, même si tous les économistes qui se sont exprimés vendredi n’en étaient pas convaincus.

«Ne vous méprenez pas, l’économie a eu du mal à trouver un élan significatif au cours de l’année dernière… mais, pour l’instant, nous n’irions pas nécessairement jusqu’à parler de récession technique», a expliqué Marc Ercolao, économiste à la Banque TD.

Il a ajouté que la baisse du PIB réel au dernier trimestre était encore pratiquement nulle et qu’elle pourrait facilement être révisée à la hausse dans les prochains rapports de Statistique Canada.

À l’approche de la publication de vendredi, le consensus parmi les économistes tablait sur une croissance annualisée de 1,5 % au premier trimestre. M. Ercolao a mis en avant la faiblesse inattendue des dépenses publiques, qui avaient été soutenues jusqu’en 2025, pour expliquer ce résultat inférieur aux prévisions.

Doug Porter, économiste en chef à la BMO, a indiqué dans une note adressée à ses clients qu’il était «inutile d’enjoliver ce résultat amer, car l’économie peine clairement à croître depuis le début de la guerre commerciale».

«Même si la question de savoir si cela constitue une récession fera l’objet de nombreux débats (nous dirions “non, pas vraiment”), il ne fait guère de doute que l’économie a eu du mal à progresser au cours de l’année écoulée dans le contexte du conflit commercial en cours», a ajouté M. Porter.

«Vent de face» sur l'économie

Les nuances de Statistique Canada quant à la situation économique se sont perdues dans la joute oratoire opposant les troupes du gouvernement de Mark Carney à celles, conservatrices, de Pierre Poilievre. L’absence de ces nuances a pu être constatée de part et d’autre.

Les conservateurs ont tout simplement parlé de «récession» ou de «récession à part entière», blâmant les gouvernements libéraux de Mark Carney et de son prédécesseur, Justin Trudeau, pour des dépenses fastes sur le dos de contribuables.

Selon eux, il est clair comme l’eau de roche que les autres pays du G7 s’en tirent mieux, mais le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, a rétorqué, au cours de la période des questions, que les conservateurs «dénigrent» l’économie du Canada en laquelle il a «confiance».

Il s’en est ensuite tenu à répéter des lignes similaires à celles qu’il exprime depuis des mois malgré les nouvelles données.

«Ceux qui regardent (la période des questions) comprennent qu’évidemment, le monde fait face à un vent de face sur l’économie mondiale, a-t-il dit. Les gens comprennent qu’il y a un conflit au Moyen-Orient, qui est le conflit le plus important qu’on a vu en matière énergétique. Mais (…) ils savent qu’on a un plan pour investir dans notre pays, pour investir dans nos jeunes, dans nos travailleurs, dans notre industrie.»

Devant les journalistes parlementaires qu’il avait conviés à l’extérieur de l’édifice du Parlement, M. Poilievre a tranché que «les excuses» sont inutiles.

«Les excuses ne mettront pas de nourriture sur la table de 2,2 millions de personnes qui ont dû avoir recours à une banque alimentaire. Les excuses ne ramèneront pas les emplois de 120 000 personnes qui ont perdu leur travail au cours des trois premiers mois de cette année», a-t-il affirmé.

À un journaliste qui lui a demandé s’il ne sautait pas des étapes en qualifiant la situation de «récession à part entière», M. Poilievre l’a accusé de fournir des excuses au gouvernement.

Variable selon les secteurs

La hausse des importations d’or a eu des conséquences sur l’activité au premier trimestre, et les exportations ont affiché un résultat légèrement négatif. La faiblesse des transactions sur le marché immobilier a également pesé sur les chiffres du premier trimestre.

Les investissements en capital des entreprises ont quant à eux reculé pour le cinquième trimestre consécutif, ce que M. Ercolao a largement attribué à l’incertitude entourant les droits de douane américains. Il est difficile pour de nombreuses entreprises d’élaborer des plans de dépenses sans savoir clairement à quoi ressembleront ces relations commerciales dans un avenir prévisible, a-t-il détaillé.

Les freins à la production au dernier trimestre ont été compensés par une accélération de la constitution de stocks par les entreprises et par une hausse des dépenses des ménages.

De nombreux économistes évaluent également l’ampleur et la profondeur d’un ralentissement avant de déclarer officiellement une récession.

«Le Canada est-il en récession? Probablement pas, mais, quel que soit le nom qu’on lui donne, ce n’est pas bon», a écrit Ali Jaffery, économiste en chef chez KPMG, dans une note.

M. Jaffery a rappelé que la règle des deux trimestres de contraction est un critère «grossier» pour mesurer une récession, qui ne tient pas compte des revenus et des conditions du marché du travail. Le ralentissement de la croissance démographique signifie que moins de nouveaux ménages viennent alimenter les dépenses dans l’économie, ce qui pèse sur l’activité globale, a-t-il ajouté.

Par habitant, le PIB réel a augmenté de 0,2 % au cours des trois premiers mois de l’année, alors que la population canadienne a diminué pour un deuxième trimestre consécutif.

Statistique Canada a principalement attribué la baisse de 0,1 % du PIB réel en mars à la faiblesse des industries d’extraction des ressources et de l’activité de construction au Canada.

Les deux dernières contractions trimestrielles sont principalement dues aux baisses du PIB réel enregistrées en octobre et en mars. La croissance a été soit nulle, soit légèrement positive au cours des quatre mois intermédiaires.

Un rebond anticipé

Bradley Saunders, économiste pour l’Amérique du Nord chez Capital Economics, a souligné dans une note que la récession technique «induite par le commerce» était probablement déjà terminée, car la reprise de l’activité dans les secteurs du pétrole et du gaz laisse présager un rebond solide au deuxième trimestre 2026.

Les premières estimations de Satistique Canada concernant le PIB réel en avril tablent sur un rebond marqué de 0,4 % pour le mois, le secteur de l’extraction minière, de l’exploitation en carrière, et de l’extraction de pétrole et de gaz ayant renoué avec la croissance. Ces chiffres devraient être révisés le mois prochain.

M. Ercolao a indiqué que, dans l’ensemble, la hausse des prix du pétrole liée à la guerre en cours en Iran soutient globalement la croissance économique du Canada et que les niveaux de prix actuels devraient donner un coup de pouce aux résultats du PIB dans les mois à venir.

La Banque du Canada examinera de près les derniers chiffres du PIB avant sa prochaine décision sur les taux d’intérêt, le 10 juin. La banque centrale a maintenu son taux directeur inchangé à 2,25 % lors de ses quatre dernières réunions, les responsables de la politique monétaire attendant que la situation s’éclaircisse concernant la guerre en Iran et l’évolution des relations commerciales avec les États-Unis.

Vendredi matin, les marchés financiers tablaient à 99 % sur un maintien des taux lors de la décision de la Banque du Canada le mois prochain, selon LSEG Data & Analytics.

M. Porter a prévenu que les chiffres décevants du PIB du premier trimestre devraient «vraiment jeter un froid» sur les discussions relatives à une hausse des taux sur les marchés financiers, «car l’économie n’est pas en mesure de faire face à des taux plus élevés».

M. Ercolao a avancé que le rapport de Statistique Canada met en évidence un ralentissement de l’économie. Si les pressions sur les prix menacent de s’étendre en raison du choc énergétique lié à la guerre en Iran, ce ralentissement devrait limiter l’impact inflationniste global, a-t-il ajouté — ce qui permettrait à la Banque du Canada de rester confortablement en retrait.

«Nous estimons qu’il n’y a actuellement aucun signe clair indiquant que des hausses de taux d’intérêt sont nécessaires; nous nous attendons donc à ce que la Banque du Canada maintienne ses taux inchangés pour le reste de l’année», a conclu M. Ercolao.

– Avec des informations d’Émilie Bergeron

Craig Lord, La Presse Canadienne

Craig Lord

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Journaliste