Économie

Le transporteur au rabais AirAsia envisage d’atterrir au Canada

«Nous regardons la possibilité d’offrir des vols entre l’Amérique du Nord et l’Europe.»

Publié le 

Mirabel: Airbus décroche un contrat historique de 19 G$ avec AirAsia Airbus a confirmé mercredi une commande de près de 150 appareils A220, construits à Mirabel, pour le transporteur à rabais AirAsia, soit la plus importante commande d’avions canadiens.

Les avions d’AirAsia pourraient-ils atterrir dans un aéroport canadien? Le transporteur au rabais y songe, affirme son patron. Un tel projet serait toutefois parsemé d’embûches, selon des experts.

«Nous regardons la possibilité d’offrir des vols entre l’Amérique du Nord et l’Europe», répond le PDG de Capital A, la société mère du transporteur, Tony Fernandes, lors d’une entrevue récente à Mirabel, en marge de l’annonce d’une importante commande d’avions A220 d’Airbus Canada.

AirAsia aurait même eu des discussions initiales avec le transporteur canadien WestJet en vue d’un partenariat. «Je ne sais pas trop ce qui s’est passé, mais ça n’a pas abouti», raconte-t-il.

Il n’a pas été possible d’avoir la version de WestJet, qui n’a pas répondu à notre demande.

AirAsia se concentre actuellement sur le développement de liaisons entre l’Europe et l’Asie. «Peut-être que nous regarderons ça (le marché canadien) l’année prochaine.»

Le transporteur envisage toutefois la possibilité de faire la liaison entre le Canada et l’Asie avec une escale en Europe, explique M. Fernandes.

«J’opterais pour la côte est (du Canada) pour commencer, alors Montréal, Toronto. (…) Aller dans l’autre direction est beaucoup plus difficile, à cause de l’océan Pacifique, et j’essaie d’avoir uniquement des avions monocouloirs», évoque-t-il.

L’entrepreneur affirme qu’AirAsia pourrait s’associer à un transporteur canadien; il croit toutefois que l’entreprise optera pour faire la liaison elle-même.

M. Fernandes pense qu’il y a un marché au Canada pour un transporteur au rabais qui ferait la connexion avec l’Asie. Il souligne l’importance des diasporas asiatiques au Canada.

Les touristes canadiens pourraient également être attirés par les destinations asiatiques, croit-il. «Si vous avez une bonne campagne marketing… qui ne voudrait pas aller sur une plage à Bali?»

Un plan de vol réaliste?

De plus en plus de Canadiens sont effectivement attirés par les destinations plus éloignées que les destinations qui sont traditionnellement les plus populaires, constate le directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile de l’UQAM, Mehran Ebrahimi.

«Par exemple, Air Transat a ajouté des destinations comme Istanbul, Dakar ou Rio de Janeiro, souligne l’expert en entrevue. Ce ne sont pas des destinations touristiques traditionnelles. Ça montre que le marché va dans ce sens-là.»

L’envie de nombreux voyageurs canadiens d’éviter les États-Unis contribue à cette tendance, mais elle était déjà présente avant le début des tensions commerciales entre les deux pays, précise-t-il.

Important contrat pour Airbus: un pincement au cœur pour les Québécois Le collaborateur de Noovo Info Yves Boisvert a une pensée pour les artisans derrière la CSeries de Bombardier, à l’origine de l’avion A220 d’Airbus.

Faire décoller un nouveau transporteur au Canada n’est toutefois pas une tâche facile, nuance M. Ebrahimi.

«Ça nécessite des investissements en termes de mettre en place une structure d’ici, explique-t-il. Ça, c’est une autre paire de manches, mais je ne dis pas c’est impossible.»

Pour sa part, John Gradek, qui enseigne la gestion aéronautique à l’Université McGill, est encore plus sceptique. D’autres transporteurs se sont cassé les dents en tentant d’offrir des vols entre l’Europe et le Canada, souligne-t-il.

«Il y a un cimetière de transporteurs qui l’ont essayé et qui ont vu que ce ne sont pas nécessairement les bas tarifs qui vont vraiment vous garantir une survie», rappelle l’expert.

Le marché transatlantique n’offre pas la même densité démographique que les destinations asiatiques que dessert AirAsia, souligne M. Gradek.

Il donne l’exemple des villes de Séoul, Kuala Lumpur et Hong Kong. «C’est des centaines de milliers de passagers sur le marché.»

Bien que des destinations comme Bali font rêver, la distance à parcourir continuera de rebuter plusieurs voyageurs canadiens, souligne-t-il.

«Ma sœur revient de Bali: elle a adoré, raconte l’expert. Elle a trouvé que c’était le paradis sur terre. Le problème, c’est que ça a pris 24 heures pour se rendre.

«Créer de la demande pour une destination qui vous prend 24 heures avant d’arriver quand je peux aller en République dominicaine en cinq heures, c’est difficile», enchaîne-t-il.

Stéphane Rolland

Stéphane Rolland

Journaliste