Économie

L’aéroport de Montréal sera bientôt privatisé, annonce Mark Carney

Dans un discours prononcé lors du sommet sur l’investissement, il a précisé que le gouvernement fédéral conserverait la propriété des terrains et des actifs.

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«Faire du Canada l’économie la mieux connectée au monde», lance Carney Le premier ministre Mark Carney croit que le système fiscal du Canada est le plus attrayant des pays développés pour les nouveaux investissements.

Le premier ministre Mark Carney a déclaré qu’il souhaitait que les quatre plus grands aéroports du Canada – ceux de Montréal, Calgary, Vancouver et Pearson, à Toronto – soient gérés par des investisseurs privés.

Dans un discours prononcé mardi lors du sommet sur l’investissement à Toronto, le premier ministre a assuré que le gouvernement fédéral conserverait la propriété des terrains et des actifs.

Il a précisé que l’objectif était de réorienter les dépenses fédérales consacrées aux coûts d’exploitation des grands aéroports vers les petits aéroports régionaux et d’autres projets d’infrastructure locaux.

Cette mesure, selon lui, pourrait réduire les coûts pour les voyageurs à destination de ces aéroports, a-t-il ensuite expliqué en anglais, avant d’ajouter que des dizaines de milliards de dollars de capitaux seraient levés dans les infrastructures dont le Canada a besoin pour la prochaine génération.

Ce processus permettra, selon lui, d’offrir des liaisons vers les régions éloignées de meilleure qualité et plus abordables.

Le premier ministre a précisé que les recettes issues de la prise en charge de l’exploitation des grands aéroports par des investisseurs privés seraient également consacrées à la fois à des projets de construction nationale et à des projets d’infrastructures de transport locales visant à faciliter les trajets quotidiens.

Interrogé mardi par des journalistes sur la question de savoir si les capitaux privés étrangers seraient exclus de l’exploitation des aéroports canadiens, M. Carney a répondu en français que les marchés feraient l’objet d’un appel d’offres ouvert et que la priorité serait donnée à «l’expertise» afin «d’avoir le meilleur résultat pour les Canadiens et les Canadiennes».

M. Carney a précisé que le gouvernement ne cherchait pas à privatiser les aéroports, mais plutôt à modifier leur structure opérationnelle afin de permettre à des opérateurs privés de gérer les aéroports pendant plusieurs décennies.

«Il y a un développement, pendant la dernière décennie, pas nécessairement de privatisation, mais de vendre une concession de 35 ou 50 années, à des opérateurs, des actifs des opérations des aéroports, afin d’améliorer les services pour les travailleurs, pour les voyageurs, et de trouver de l’efficacité dans les opérations des aéroports», a expliqué le premier ministre en français.

Il a précisé que l’intention du gouvernement était de conserver une participation dans ces concessions au sein du nouveau Fonds pour un Canada fort, de sorte que, à mesure que la valeur de ces aéroports augmentera grâce à leur modernisation, les Canadiens en bénéficient directement.

Le premier ministre a aussi assuré que la réglementation et la surveillance resteraient du ressort de Transports Canada et que les modalités de mise en œuvre seraient discutées lors de prochaines séances de consultation.

Dans le cadre de la structure opérationnelle actuelle des aéroports au Canada, des autorités aéroportuaires privées à but non lucratif louent les aéroports au gouvernement fédéral et gèrent elles-mêmes les installations, supervisant tout, de l’entretien des pistes et de la manutention des bagages à l’entretien des terminaux.

Les autorités aéroportuaires sont financièrement indépendantes et chargées de fixer leurs propres tarifs et de couvrir leurs coûts d’exploitation.

Le Nouveau Parti démocratique et le Bloc québécois se sont tous deux opposés au plan du premier ministre, affirmant que la privatisation des aéroports augmenterait les coûts pour les usagers.

«Nous devrions rendre le transport aérien plus abordable, protéger les emplois solides dans les aéroports et améliorer les infrastructures publiques, plutôt que de transformer des actifs publics essentiels en machines à profits pendant des décennies au bénéfice des PDG et de leurs actionnaires», a soutenu le chef néo-démocrate, Avi Lewis, dans un communiqué.

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet craint que cette décision se fasse «aux dépens des passagers aériens en affectant la qualité des services, le prix des services et la langue dans laquelle les services sont offerts».

«La crise commerciale ne justifie pas n’importe quoi: on ne privatise pas le Canada et le Québec parce qu’il y a Trump. Le moyen ne sert pas la finalité», a-t-il argué.

Lors d’une conférence de presse à Vancouver, le chef conservateur Pierre Poilievre a indiqué qu’il attendrait de voir les détails de l’accord avant de se prononcer.

«On veut des détails pour savoir si la proposition de M. Carney va encore ajouter des coûts sur le dos des contribuables qui ne peuvent même pas payer leurs factures. (...) On veut une réforme dans nos aéroports pour sauver de l’argent aux contribuables et aux passagers», a-t-il expliqué.

Un système profitable au personnel et aux voyageurs?

Parallèlement au sommet à Toronto, le Conseil de l’aviation d’Unifor a fait savoir mardi, par voie de communiqué, qu’il ne voyait pas d’un bon œil une privatisation des aéroports.

«Les travailleuses et travailleurs aéroportuaires savent par expérience que la privatisation a des conséquences négatives pour eux et pour les voyageuses et voyageurs, et qu’elle entraîne une détérioration des conditions de travail dans l’ensemble du secteur de l’aviation», a écrit la présidente nationale d’Unifor, Lana Payne.

«Nous avons constaté à maintes reprises comment la vente d’infrastructures publiques nous rend plus vulnérables sur le plan économique. S’il y a bien un moment où il faut tenir bon et construire davantage d’infrastructures publiques, c’est maintenant», a-t-elle ajouté.

Au cours d’une discussion informelle après son discours, M. Carney a indiqué qu’il souhaitait recueillir l’avis d’investisseurs dans des aéroports tels que Heathrow, à Londres, sur la manière de transposer ce modèle au Canada de façon à ce qu’il profite à la fois aux passagers et aux employés des aéroports.

Deborah Orida, PDG de PSP Investments — qui détient sept aéroports à travers le monde — a demandé à M. Carney quelle était sa position sur la privatisation.

Il a répondu que les gouvernements devaient s’interroger sur la «finalité» d’un accord de privatisation.

«En quoi cela va-t-il améliorer l’expérience des voyageurs à l’aéroport Pearson, à Calgary, à Vancouver ou à Montréal? Comment cela va-t-il rendre cette expérience plus agréable, plus sûre et plus efficace? Comment cela va-t-il permettre de maîtriser les coûts?», a énuméré le premier ministre.

M. Carney a ajouté que les fonds de pension canadiens avaient déjà investi dans des aéroports internationaux, tels que Heathrow, et qu’il souhaitait ramener cette expertise au pays.

L’objectif global du sommet sur l’investissement est d’attirer 1000 milliards de dollars de nouveaux investissements dans l’économie canadienne au cours des cinq prochaines années.

M. Carney a affirmé aux investisseurs présents au sommet que le Canada se positionnait comme un refuge pour les investissements dans un contexte mondial chaotique.

Le premier ministre avait déclaré en mai que le gouvernement fédéral était disposé à céder des actifs publics si le produit de ces ventes pouvait servir à financer d’autres projets, et avait notamment cité les aéroports comme une possibilité.