Économie

Le gouvernement doit présenter de bons résultats dans son énoncé économique, dit Page

Selon l’ancien directeur parlementaire du budget, le premier ministre Mark Carney devrait démontrer si les mesures importantes visant à augmenter les dépenses en matière de défense et d’infrastructures portent leurs fruits.

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Le ministre des Finances et du Revenu national, François-Philippe Champagne, est attentif aux réponses que donne le premier ministre Carney lors d'une conférence de presse à Ottawa, le 14 avril 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Adrian Wyld Le ministre des Finances et du Revenu national, François-Philippe Champagne, est attentif aux réponses que donne le premier ministre Carney lors d'une conférence de presse à Ottawa, le 14 avril 2026. LA PRESSE CANADIENNE (Adrian Wyld)

Le gouvernement fédéral n’aura d’autre choix que de tenter de mettre en avant les effets positifs de son programme lorsqu’il présentera cette semaine son énoncé économique du printemps, estime celui qui fut le premier directeur parlementaire du budget du Canada.

Le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, a annoncé que le gouvernement déposera mardi sa Mise à jour économique du printemps. Celle-ci pourrait donner aux Canadiens une idée des effets sur les finances fédérales des nouvelles mesures, telles que le gel de certaines taxes sur les carburants et l’augmentation du crédit d’impôt sur la TPS.

Dans une vidéo diffusée dimanche sur les réseaux sociaux, M. Champagne a vanté les efforts du gouvernement, affirmant que «réduire les coûts du quotidien est au cœur» du plan d’Ottawa.

Il a aussi reconnu que la «volatilité était omniprésente», ajoutant que le but du gouvernement était de protéger la souveraineté économique du Canada.

Le budget 2025 prévoyait un déficit de 78,3 milliards $ pour le dernier exercice, soit près du double des prévisions de l’année précédente sous le mandat de l’ancien premier ministre Justin Trudeau.

Après le budget présenté en automne, Statistique Canada a publié des révisions des données économiques antérieures qui ont relevé le niveau nominal du produit intérieur brut au cours des trois dernières années.

Selon l’ancien directeur parlementaire du budget, Kevin Page, le premier ministre Mark Carney devrait également démontrer si les mesures importantes visant à augmenter les dépenses en matière de défense et d’infrastructures portent leurs fruits.

«Le gouvernement subit certaines pressions en matière de transparence», dit M. Page, aujourd’hui président et directeur général de l’Institut d’études fiscales et de démocratie de l’Université d’Ottawa. «Quel est le plan ? Comment cela modifie-t-il la situation budgétaire générale ? En avons-nous pour notre argent dans certains de ces domaines ?»

Les économistes seront également attentifs cette semaine pour voir comment la flambée des prix de l’énergie due à la guerre en Iran affecte les perspectives économiques d’Ottawa.

Randall Bartlett, économiste en chef adjoint chez Desjardins, affirme que la hausse des prix mondiaux du pétrole peut augmenter les recettes fiscales du gouvernement fédéral, mais il estime néanmoins que la situation budgétaire du Canada reste vulnérable à de futurs chocs.

«Cela n’est vraiment en aucun cas le résultat des mesures prises par le gouvernement fédéral. C’est simplement une question de chance que les révisions aillent dans le sens souhaité par le gouvernement, plutôt que dans le sens contraire», avance M. Bartlett.

L’incertitude quant à la durée de la guerre en Iran laissera planer quelques nuages à l’horizon dans les prévisions de printemps d’Ottawa. M. Bartlett s’attend à ce que le gouvernement présente quelques scénarios sur la manière dont les différentes issues du conflit pourraient affecter les finances fédérales.

Entre les nouvelles dépenses, les révisions à la hausse du PIB et le choc de la guerre en Iran, M. Page et M. Bartlett ne croient pas que le déficit du gouvernement fédéral et sa situation budgétaire générale a beaucoup changé depuis le budget de 2025 présenté en novembre.

À l’époque, certains observateurs avaient averti que le gouvernement fédéral avait érodé sa marge de manœuvre budgétaire en réagissant aux perturbations commerciales américaines, ce qui limitait la capacité d’Ottawa à dépenser de manière durable.

«Le Canada a épuisé la majeure partie de sa marge de manœuvre budgétaire dans le budget de 2025 et se trouve désormais à peine dans une position budgétaire viable, juge M. Bartlett. Tout choc défavorable d’ici à la publication des perspectives pourrait conduire le Canada dans une situation budgétaire non viable.»

Alors que le chef conservateur Pierre Poilievre appelle les libéraux à réduire le déficit fédéral, le gouvernement savoure les éloges récents du Fonds monétaire international, qui qualifie le Canada de pays le plus viable sur le plan budgétaire parmi les pays du G-7.

M. Poilievre a cité un rapport de l’Institut C.D. Howe publié jeudi, selon lequel le Canada ne peut «plus se targuer de discipline budgétaire». Les analystes de l’Institut C.D. Howe affirment qu’Ottawa minimise les risques budgétaires et économiques et qu’il devrait freiner les dépenses et mettre le budget sur une «trajectoire crédible vers l’équilibre» dans l’énoncé économique du printemps.

De son côté, le Bloc québécois a proposé une série de mesures afin de faire face à la guerre commerciale initiée par l’administration américaine. Il demande notamment au gouvernement d’offrir une subvention salariale aux entreprises touchées par les droits de douane, de plafonner la hausse des transferts en santé à 6 % par an et de soutenir l’industrie forestière face aux droits antidumping et compensateurs.

«La priorité de Mark Carney doit être de présenter enfin des résultats dans ses négociations commerciales avec le président Trump, comme il le promet depuis maintenant un an, a déclaré le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet. Mais dans l’intervalle, le Québec subit de manière disproportionnée les impacts du nouveau calcul des tarifs par Washington, en plus de subir les contrecoups financiers de ses lubies de guerre en Iran.»

Craig Lord

Craig Lord

Journaliste