Économie

Le chômage a connu une légère hausse pour atteindre 6,9% en avril au pays

Au Québec, le taux de chômage a augmenté de 0,8 point de pourcentage pour s’établir à 6,2 % en avril.

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Une cycliste passe devant une affiche «On embauche» le jeudi 13 juillet 2023 à Montréal. LA PRESSE CANADIENNE Une cycliste passe devant une affiche «On embauche» le jeudi 13 juillet 2023 à Montréal. LA PRESSE CANADIENNE (Christinne Muschi)

L’économie canadienne a subi un revers inattendu sur le marché de l’emploi en avril, tandis que le chômage a légèrement augmenté, suscitant des inquiétudes quant à la vigueur de l’économie à l’approche de la décision de la Banque du Canada sur les taux d’intérêt le mois prochain.

L’enquête sur la population active de Statistique Canada publiée vendredi indique que l’économie a perdu 18 000 emplois en avril, après une hausse de 14 000 emplois en mars.

Cette perte s’est produite alors que le taux de chômage a grimpé à 6,9 %, contre 6,7 % en mars, revenant ainsi à son niveau d’octobre dernier, principalement parce que davantage de personnes étaient à la recherche d’un emploi.

Au Québec, le taux de chômage a augmenté de 0,8 point de pourcentage pour s’établir à 6,2 % en avril, en raison d’une baisse du nombre de personnes en emploi et d’une hausse du nombre de personnes à la recherche de travail.

Statistique Canada rapporte que l’économie québécoise a perdu 43 000 postes en avril. De janvier à avril, l’emploi au Québec a affiché une baisse nette de 91 000, la plupart des pertes ayant été enregistrées dans la région de Montréal.

Dans la région de Montréal, le taux de chômage s’établissait à 7,7 % en avril, soit son niveau le plus élevé depuis juillet 2016, à l’exception des années 2020 et 2021, qui ont été marquées par la pandémie de COVID-19.

Sonny Scarfone, économiste principal chez Desjardins, dit qu’on «pourrait jeter le blâme sur les tarifs pour la contre-performance du marché du travail québécois», notamment en raison des récents changements de droits de douane sur les produits métalliques. Or, ils ne constituent qu’une partie de l’explication. 

«À l’instar des données du PIB, les indicateurs du marché du travail suggèrent un ralentissement plus généralisé au Québec», indique M. Scarfone.

Quels impacts sur le taux directeur?

La Banque du Canada a maintenu son taux directeur à un jour à 2,25 % le mois dernier — son quatrième statu quo consécutif après deux baisses successives d’un quart de point en septembre et octobre de l’année dernière.

La banque centrale a dit qu’elle surveillait de près l’impact de la guerre et la manière dont l’économie continue de réagir aux droits de douane américains et à l’incertitude liée à la politique commerciale.

Des «beaux salaires» à 19$: de la difficulté à embaucher malgré le taux de chômage élevé chez les jeunes Par Eliot Tremblay | Le taux de chômage chez les jeunes est deux fois plus élevé que la moyenne nationale, selon le plus récent rapport de Statistique Canada. Et à l’approche de l’été, plusieurs affirment avoir de la difficulté à trouver un emploi. Pourtant, des employeurs disent avoir du mal à trouver de la main-d’œuvre.

Dans une note adressée vendredi à ses clients, Andrew Hencic, économiste à la Banque TD, précise que, compte tenu de la faiblesse du rapport sur l’emploi et de la capacité limitée des entreprises à répercuter sur les consommateurs les hausses de prix liées au choc inflationniste, il s’attend à ce que la Banque du Canada maintienne son taux inchangé cette année, si la forte hausse des prix du pétrole commence à s’inverser dans les semaines à venir.

Plus tôt cette semaine, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie a averti que la crise énergétique mondiale provoquée par la guerre en Iran toucherait bientôt les Canadiens.

Fatih Birol a souligné qu’il s’agissait de la pire crise énergétique que le monde ait jamais connue. Et bien que le Canada ait été jusqu’à présent quelque peu épargné par le plein effet des chocs de prix, il a soutenu que cela allait bientôt changer.

«Si les clients actuels ou futurs du Canada sont économiquement fragiles, leur capacité et leur envie d’acheter de l’énergie ou d’autres produits s’en trouveront affaiblies», a expliqué M. Birol mardi à Ottawa.

L’incertitude entourant l’accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, qui doit faire l’objet d’un réexamen obligatoire cette année, vient s’ajouter aux inquiétudes concernant l’économie canadienne.

Un début d’année difficile

Alors que le Canada a créé 67 000 emplois supplémentaires d’une année à l’autre, le pays a perdu 112 000 emplois depuis janvier, principalement dans les secteurs de la fabrication et du commerce de gros.

La dernière fois que le Canada a perdu autant d’emplois en quatre mois, c’était entre octobre 2020 et janvier 2021 — pendant la pandémie. En dehors de la pandémie, il faudrait remonter à 2009, lorsque le Canada avait perdu 241 000 emplois en quatre mois.

Doug Porter, économiste en chef à la Banque de Montréal, dit qu’il ne fait aucun doute que les deux premiers mois de l’année ont été difficiles.

«La meilleure façon d’analyser la situation est peut-être de considérer ce qui s’est passé au cours des 12 derniers mois: nous avons constaté une très faible croissance de l’emploi», analyse M. Porter.

«L’emploi global a augmenté de 0,3 %. C’est pratiquement une croissance nulle, quand on sait que le pays compte plus de 20 millions de personnes actives.» 

Nathan Janzen, économiste en chef adjoint à la Banque Royale, souligne également que le ralentissement «sans précédent» de la croissance démographique au Canada est un facteur expliquant la faible croissance de l’emploi.

«Dans un tel contexte, on s’attendrait à une croissance de l’emploi plus faible», avance M. Janzen.

L’Ontario a créé 42 000 emplois en avril, principalement dans les soins de santé et l’aide sociale, mais cette hausse a été contrebalancée par la perte de 43 000 emplois au Québec dans les secteurs du commerce de gros et de détail.

Statistique Canada indique également vendredi que le salaire horaire moyen a augmenté de 4,5 % par rapport à l’année dernière.