Économie

Le Canada et le Mercosur voudraient signer un accord de libre-échange en 2026

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Le premier ministre Mark Carney salue le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva lors du sommet du G7 à Kananaskis, en Alberta, le mardi 17 juin 2025. Le premier ministre Mark Carney salue le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva lors du sommet du G7 à Kananaskis, en Alberta, le mardi 17 juin 2025. (Adrian Wyld)

Huit ans après le lancement de négociations de libre-échange entre le Canada et le bloc commercial du Mercosur, une responsable brésilienne affirme qu’un accord pourrait être signé d’ici la fin de l’année.

Paula Barboza, directrice des négociations extrarégionales et de la gouvernance économique au ministère brésilien des Affaires étrangères, a déclaré à La Presse Canadienne que les pourparlers avaient été stimulés par une «impulsion politique», alors que le Canada et d’autres pays s’efforcent de diversifier leurs échanges commerciaux.

«Je pense que ces négociations constituent une priorité pour nos gouvernements respectifs et que nous tenons à les conclure le plus rapidement possible», a-t-elle affirmé lors d’une entrevue.

Le Canada a entamé des négociations en vue d’un accord de libre-échange avec le bloc commercial sud-américain en 2018. Le bloc du Mercosur comprend l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay.

Le site web du gouvernement du Canada indique que le Mercosur représente un PIB de plus de 3000 milliards $ US et une population de 282 millions d’habitants.

Il précise que les échanges commerciaux de marchandises entre le Canada et le Mercosur ont atteint 15,8 milliards $ en 2024, les exportations canadiennes s’élevant à 3,1 milliards $ et les importations à 12,8 milliards $.

Le site web indique qu’un accord de libre-échange avec le Mercosur pourrait réduire jusqu’à 35 % les droits de douane sur les exportations canadiennes de véhicules automobiles, de technologies de l’information et des communications, de machines industrielles, de produits chimiques et de plastiques, ainsi que de produits forestiers.

D’autres secteurs pourraient également profiter d’une baisse des droits de douane, notamment les produits médicaux et pharmaceutiques, ainsi que l’aluminium.

Le gouvernement fédéral canadien n’a pas répondu aux multiples demandes de commentaires concernant les négociations commerciales.

Un intérêt commun de diversification

Bien que les négociations se poursuivent depuis plusieurs années, Mme Barboza a souligné qu’il existait désormais un intérêt politique à faire avancer les choses.

La responsable brésilienne a ajouté que la Chine était devenue un partenaire commercial dominant pour le bloc du Mercosur et qu’«il est important de se diversifier». Plus tôt cette année, le Mercosur et l’Union européenne ont signé un accord de libre-échange historique.

Le Canada, quant à lui, cherche activement à diversifier ses échanges commerciaux en réponse aux droits de douane et aux menaces du président américain Donald Trump.

«Je pense que la priorité accordée au rééquilibrage des balances commerciales s’accroît, a indiqué Mme Barboza. Les deux parties estiment qu’il est important de diversifier, non seulement les fournisseurs, mais aussi les destinations.»

Mme Barboza a affirmé que des négociations avec le Canada avaient eu lieu au Brésil en février et qu’un nouveau cycle était prévu dans ce pays ce mois-ci. En mai, a-t-elle précisé, les négociations devraient se tenir au Canada.

«Nous verrons alors où nous en sommes, a-t-elle soutenu. Sinon, nous poursuivrons en juin, en juillet, dès que cela sera possible.»

Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a déclaré plus tôt cette année que le premier ministre Mark Carney avait accepté une invitation à se rendre au Brésil en avril.

Mme Barboza a dit qu’elle n’avait pas encore de confirmation quant à la date à laquelle cette visite pourrait avoir lieu.

Des avantages et des obstacles

Fen Osler Hampson, professeur d’affaires internationales à l’Université Carleton, a souligné que le Canada poursuit ces négociations dans le cadre des efforts de M. Carney visant à diversifier le commerce.

Il a ajouté que cette initiative visait également à améliorer l’accès au plus grand marché d’Amérique du Sud et à «donner aux exploitations agricoles canadiennes une meilleure chance de rivaliser avec d’autres acteurs, comme les Chinois et les Européens, qui sont déjà présents sur ce marché».

«Il existe manifestement un potentiel d’augmentation assez importante de nos échanges commerciaux, et en particulier de nos exportations vers cette région», a-t-il avancé, ajoutant qu’il existe des obstacles à la conclusion d’un accord, telles que les préoccupations environnementales.

«Lorsque votre plus grand marché n’est plus aussi accessible qu’auparavant, vous cherchez des alternatives, et je pense donc qu’il y a là un impératif politique.»

M. Hampson a indiqué que les bénéficiaires seraient les producteurs d’engrais, de céréales, les entreprises forestières et les fabricants de produits alimentaires transformés. Il a ajouté que le Canada entretenait déjà des «échanges commerciaux assez florissants» dans le domaine des machines et des pièces d’avion, mais qu’il existait des possibilités d’expansion.

«Un secteur qui pourrait s’avérer important, car il est durement touché par les droits de douane, est celui des pièces automobiles, a-t-il précisé. Un accord de libre-échange nous permettrait donc de diversifier nos débouchés au-delà du marché américain.»

Du côté des services, M. Hampson a indiqué que le Canada compte également de nombreuses petites et moyennes entreprises qui fournissent des services d’ingénierie, de conseil et d’exploitation minière et qui tireraient profit de l’accès à ce marché.

«Le revers de la médaille, c’est que chaque fois qu’il y a un accord de libre-échange, certains secteurs chez nous risquent d’être confrontés à une concurrence accrue, et c’est le cas pour le bœuf, la volaille, certains aliments transformés ainsi que l’industrie manufacturière», a indiqué M. Hampson.

Inquiétudes chez les agriculteurs

Keith Currie, président de la Fédération canadienne de l’agriculture, a déclaré dans un courriel que l’organisation avait de «sérieuses inquiétudes» quant à la reprise des négociations d’un accord de libre-échange entre le Canada et le bloc du Mercosur.

«Les pays du Mercosur bénéficient d’une économie d’échelle importante, de coûts de production plus bas et d’approches réglementaires et environnementales différentes de celles du Canada», a-t-il noté.

Catherine Morrison

Catherine Morrison

Journaliste