Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, affirme que les entreprises doivent «tirer profit» des forces qui perturbent l’économie, sous peine de ne pas réussir à s’adapter.
M. Macklem est jeudi à Toronto pour prononcer un discours devant l’Empire Club of Canada sur la façon dont les «changements structurels», tels que les droits de douane américains, l’intelligence artificielle (IA) et le ralentissement de la croissance démographique, affectent l’économie.
Dans son discours, il souligne que, si les entreprises freinent leurs investissements et leurs projets d’embauche face au protectionnisme américain, elles sont également lentes à adopter les nouvelles technologies d’IA.
La Banque du Canada prévoit une faible croissance économique au cours des deux prochaines années, les entreprises s’adaptant à ces forces perturbatrices. M. Macklem cherche à rallier les entrepreneurs à la cause des changements déjà en cours dans l’économie.
«Nous pouvons être victimes des droits de douane américains et des perturbations causées par l’IA, ou nous pouvons tirer profit des changements structurels, élargir notre marché intérieur, diversifier nos échanges, adopter de nouvelles technologies et augmenter notre productivité», dit-il.
M. Macklem avertit également que le déclin de l’immigration et la baisse du taux de fécondité allaient ralentir la croissance démographique du Canada dans les années à venir.
En conséquence, la Banque du Canada s’attend à ce que la population active n’augmente «pratiquement pas» au cours des prochaines années.
«Il y a donc moins de nouveaux consommateurs et de nouveaux travailleurs dans l’économie, ce qui réduit notre potentiel économique», explique M. Macklem.
L'incertitude encore au menu
La banque centrale s’attend toujours à ce que les entreprises restent prudentes en matière d’embauche cette année, principalement en raison des perspectives incertaines. Compte tenu de la faible croissance prévue de la population active, la Banque du Canada ne s’attend pas à ce que le taux de chômage dépasse largement les 6,8 % enregistrés en décembre.
M. Macklem souligne que la banque centrale s’attend à une amélioration progressive du marché du travail dans les années à venir, mais que les changements structurels qui affectent l’économie signifient que cette amélioration pourrait être inégale selon les secteurs et les professions.
La Banque du Canada ne constate pas d’impact significatif de l’IA sur le marché du travail, selon M. Macklem, bien que certains éléments indiquent que cette technologie réduit le nombre de postes de premier échelon, ce qui pourrait contribuer au chômage des jeunes. À l’heure actuelle, il est difficile de distinguer les effets de l’IA de ceux des changements commerciaux et démographiques sur le marché de l’emploi, note-t-il.
La transition économique que la banque centrale entrevoit à l’horizon pourrait se produire plus tôt si l’incertitude commerciale s’atténue et si les entreprises investissent rapidement dans les nouvelles technologies et les nouveaux marchés, indique M. Macklem. Il prévient également que l’économie pourrait ne pas s’adapter et que le PIB et la productivité pourraient ne pas se redresser, ce qui entraînerait une détérioration de la croissance de l’emploi et des salaires et rendrait le Canada moins abordable.
«C’est un scénario que nous ne pouvons vraiment pas nous permettre. C’est pourquoi nous devons tirer profit des changements structurels en cours», martèle-t-il.
Rôle de la banque centrale
Aux journalistes après son discours, M. Macklem précise que le scénario dans lequel le Canada ne s'adapte pas à la nouvelle réalité n'est pas le scénario de base de la Banque du Canada. Il souligne que le soutien du gouvernement aide les entreprises à se réorienter et à trouver de nouveaux marchés, et il s'attend à ce que la restructuration qu'il préconise soit déjà en cours.
M. Macklem explique également que cette transition se mesurera en années, et non en trimestres, mais qu'à la fin, l'économie canadienne sera plus résistante aux chocs externes.
«Cela prendra du temps. Cela impliquera des ajustements difficiles. Mais si l'alternative consiste à ne pas procéder à ces ajustements difficiles, le résultat final sera pire.»
M. Macklem affirme que la Banque du Canada, qui a maintenu son taux directeur à 2,25 % la semaine dernière, s’efforcera d’atténuer ces changements structurels, mais que la politique monétaire ne peut pas agir directement sur les forces qui remodèlent l’économie.
L'une des questions que la banque centrale tente de résoudre est de savoir dans quelle mesure la faiblesse économique actuelle est structurelle et dans quelle mesure elle est cyclique.
Selon M. Macklem, si le ralentissement actuel est entièrement lié à une récession cyclique de l'économie, il serait naturel que la Banque du Canada propose davantage de mesures de relance pour soutenir l'économie.
«Mais le fait qu'une partie de ce ralentissement soit structurel signifie que si nous baissons trop les taux, cela alimentera l'inflation à l'avenir», précise-t-il.
La banque centrale a indiqué la semaine dernière qu'elle se contentait pour l'instant de maintenir le taux directeur dans la partie basse de sa fourchette neutre, où de nombreux économistes s'attendent à ce que la politique monétaire donne un léger coup de pouce à l'économie.
La prochaine décision de la banque en matière de taux d'intérêt est prévue pour le 18 mars.
Craig Lord, La Presse Canadienne

