Le président dominicain Luis Abinader a annoncé lundi la suspension d’un projet minier de la société canadienne GoldQuest dans le sud du pays, au lendemain d’une manifestation d’habitants inquiets de ses conséquences sur l’environnement.
Le projet dit Romero porte sur un gisement d’or, de cuivre et d’argent, avec des réserves équivalentes à 1,1 million d’onces, évaluées à environ 5 milliards de dollars aux prix actuels, selon GoldQuest Mining Corp qui fait de l’exploration et du développement minier en République dominicaine.
L’or est le principal produit d’exportation de ce pays réputé pour ses plages et au tourisme florissant, représente près de 2% du Produit intérieur brut (PIB).
«C’est une victoire du peuple (…) et c’est une bonne chose que le président de la République ait écouté le cri du peuple de San Juan, qui veut rester une vallée productrice de denrées alimentaires, et non un district minier», s’est félicité en soirée Ruben Moreta, un des organisateurs de la manifestation de dimanche, dans une vidéo publiée par la journaliste proche des activistes locaux, Laura Meran.
M. Moreta a remercié le président Luis Abinader, lui demandant un décret confirmant cette décision.
Après l’annonce de la suspension de ce projet, des habitants de San Juan sont descendus dans les rues en brandissant des drapeaux dominicains ou klaxonnant depuis leurs voitures, montrent des vidéos publiées par des médias dominicains.
«Lorsque les citoyens s’inquiètent (…), notre devoir est d’agir avec prudence et transparence: c’est pourquoi j’ai ordonné l’arrêt immédiat de toute activité liée au projet minier Romero dans la province de San Juan de la Maguana», a déclaré le chef de l’État dans une courte vidéo.
«L’eau oui: l’or non!»
«Son origine remonte à des concessions d’exploration accordées en 2005 (…) des études techniques ont ensuite été autorisées (…) À ce stade, sous notre gestion, l’initiative est restée cantonnée à la phase d’évaluation environnementale, sans qu’aucune autorisation d’exploitation n’ait été délivrée», a souligné le président, élu en 2020 et réélu en 2024.
«Mon engagement est envers le pays, son peuple et son avenir», a-t-il conclu.
Sur son site officiel, avant la déclaration du dirigeant dominicain, GoldQuest se félicitait de «l’engagement» du gouvernement en faveur de l’avancement du projet Romero, qui n’avait toutefois pas reçu d’autorisation d’exploitation.

Dimanche, une manifestation de plusieurs centaines de personnes a dégénéré en affrontements, faisant quatre blessés parmi les forces de l’ordre.
Aux cris de «L’eau oui: l’or non!», les opposants avaient défilé avec des drapeaux dominicains de San Juan jusqu’à la localité de Sabaneta.
La population craint notamment de voir l’eau contaminée par cette mine.
C’est dans cette région que se trouve le principal barrage de la province qui assure l’irrigation de plus de 30 000 hectares de cultures et produit de l’énergie hydroélectrique.
GoldQuest cherche à exploiter les minerais de manière souterraine, en invoquant un impact environnemental moindre.
Le projet est situé dans la cordillère Centrale, près de la province méridionale de San Juan, où ses 143 000 habitants vivent principalement de l’élevage et de l’agriculture.
«S’ils exploitent ça, nous serons obligés de partir d’ici. Plutôt mourir que d’être d’accord pour qu’ils exploitent», avait expliqué à l’AFP dimanche Manuel Encarnacion, agriculteur de Sabaneta.
À Cotuí, dans le centre de la République dominicaine, se trouve le plus grand projet minier du pays, exploité par le groupe canadien Barrick Gold.
Il a donné lieu à des manifestations et a été accusé de polluer l’eau et les sols.
