L’intensification du conflit au Moyen-Orient fait grimper les prix du gaz naturel en Europe et en Asie. Bien que cela met en évidence le potentiel du Canada à jouer un rôle plus important en tant que fournisseur mondial stable, un économiste estime que cela ne devrait pas changer grand-chose à court terme.
Les prix du gaz naturel en Europe ont flambé de près de 70 % depuis que les États-Unis et Israël ont lancé leur offensive contre l’Iran samedi, le conflit s’étendant à plusieurs autres pays de la région. Et le prix du gaz pour l’Asie du Nord-Est a augmenté d’environ 50 % au cours de cette période.
«Les marchés sont très inquiets quant à l’évolution de la situation», souligne Werner Antweiler, économiste spécialisé dans l’énergie à l’école de commerce Sauder de l’Université de la Colombie-Britannique.
QatarEnergy, l’un des principaux fournisseurs mondiaux de gaz naturel liquéfié (GNL), a interrompu sa production après que ses installations ont été touchées.
Le trafic de pétroliers s’est également arrêté dans le détroit d’Ormuz, une voie navigable étroite reliant le golfe Persique au golfe d’Oman, par laquelle transitent 20 % des approvisionnements mondiaux en GNL.
«La grande question est de savoir combien de temps cette voie maritime restera perturbée et si la situation va durer quelques semaines ou si elle va en réalité se prolonger beaucoup plus longtemps», note M. Antweiler.
«Les marchés retiennent leur souffle.» Werner Antweiler, économiste spécialisé dans l’énergie à l’école de commerce Sauder de l’Université de la Colombie-Britannique
Des projets sur le long terme
La construction d’usines de GNL nécessite beaucoup de temps et d’investissements initiaux, c’est pourquoi elles sont soutenues par des accords d’achat à long terme. Cela signifie que la seule installation d’exportation de GNL en activité au Canada, située à Kitimat, en Colombie-Britannique, et qui est le fruit d’un partenariat entre Shell et quatre partenaires asiatiques, ne tirera pas profit de la flambée actuelle des prix, explique M. Antweiler.
Il ajoute que cela ne devrait pas changer les perspectives des autres projets et extensions canadiens en cours d’élaboration, du moins pour l’instant.
«S’agit-il d’un conflit qui changera définitivement les perspectives? C’est beaucoup plus difficile à déterminer, car cela supposerait que ce conflit dure littéralement des années, et non des semaines ou des mois», précise M. Antweiler.
«Les décisions d’investissement s’inscrivent dans des horizons à très long terme. On ne construit pas une usine de GNL sans être sûr de pouvoir vendre sa production à des partenaires de manière fiable pendant les 10, 15 ou 20 prochaines années.»
Néanmoins, Gabriel Giguère, analyste senior en politiques publiques à l’IEDM, affirme que les crises des dernières années ont raffermi l’intérêt des partenaires commerciaux pour l’énergie canadienne.
«La fiabilité et la stabilité du Canada comme producteur d’énergie en font un partenaire de choix pour nos alliés en Europe et en Asie», détaille-t-il dans un communiqué de presse.
Le groupe de réflexion a déjà publié un rapport indiquant que le Québec présente des avantages stratégiques majeurs en tant que site potentiel pour un terminal de GNL desservant les clients européens, qui cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis de l’approvisionnement russe. Il a indiqué qu’une route maritime entre l’est du Québec et le nord de la France prendrait six jours de moins que celle entre le golfe du Mexique et la France.
Mais M. Antweiler pointe qu’une infrastructure de gazoducs serait nécessaire pour que cette proposition fonctionne, car la grande majorité du gaz naturel du Canada est produit dans l’Ouest.
«Il est tout simplement moins coûteux de l’acheminer par pipeline vers les États-Unis et d’utiliser leurs infrastructures.»
— Avec des informations de l’Associated Press.

