Économie

La hausse des tarifs d'électricité ne devrait pas dissuader les centres de données

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Le siège social d'Hydro-Québec à Montréal, le 14 novembre 2024. LA PRESSE CANADIENNE/Graham Hughes Le siège social d'Hydro-Québec à Montréal, le 14 novembre 2024. LA PRESSE CANADIENNE (Graham Hughes)

La hausse de la tarification de l’électricité ne devrait pas dissuader les entreprises de construire de nouveaux centres de données, car la demande en électricité continue d’augmenter, a affirmé un consultant mandaté par Hydro-Québec devant la Régie de l’énergie, à Montréal.

Ces commentaires ont été émis alors que la première phase des audiences consacrée à examiner la proposition de la société d’État de presque doubler ses tarifs d’électricité pour les grands centres de données se terminait. Des avocats représentant Google ainsi qu’une coalition environnementale ont interrogé les consultants sur leur étude des marchés de l’électricité en Amérique du Nord.

Hydro-Québec demande à l’autorité provinciale de régulation de l’énergie, la Régie de l’énergie, d’approuver un nouveau tarif s’élevant en moyenne à 13 cents par kilowattheure pour les centres de données nécessitant plus de 5 mégawatts de puissance, soit près du double des 6,82 centimes en moyenne actuellement payés par les grands consommateurs industriels d’électricité.

Le fournisseur d’électricité a précisé que cette hausse des tarifs pour les centres de données ne visait pas à freiner la croissance, mais plutôt à garantir que les clients résidentiels ne subissent pas de hausses de coûts destinées à compenser les réductions accordées au secteur industriel en pleine expansion.

Cette augmentation proposée intervient alors que l’essor de l’intelligence artificielle stimule la demande en centres de données, dont le fonctionnement nécessite d’énormes quantités d’électricité.

Les centres de données ont faim d’électricité

Lors d’une audience devant la Régie, Alexis Renaud-Bezot, associé chez Dunsky, un cabinet de conseil en énergie et climat engagé par Hydro-Québec, a affirmé que les entreprises sont tellement désireuses de s’assurer un approvisionnement en électricité pour leurs centres de données qu’elles pourraient continuer à mener à bien de nouveaux projets, même si le coût de l’électricité venait à augmenter.

Selon lui, les développeurs ont un tel appétit pour l’électricité que même les augmentations de tarifs élevées ne les dissuaderaient pas, à moins qu’elles soient véritablement excessives.

Il a cité l’exemple de la Nouvelle-Angleterre, aux États-Unis, où les prix de l’électricité sont relativement élevés, mais où les promoteurs continuent de mener à bien des projets de centres de données.

Certaines municipalités ont imposé des moratoires sur ce type de projet, a-t-il précisé, alors que les communautés locales viennent à terme avec leurs impacts potentiels.

Mais M. Renaud-Bezot a également indiqué que la garantie d’un approvisionnement suffisant en électricité était devenue une préoccupation plus importante pour les promoteurs que son prix.

Répondant aux questions d’un avocat représentant une coalition d’associations environnementales, M. Renaud-Bezot a cité des études sectorielles montrant que l’accès à l’électricité serait devenu le critère principal pour les promoteurs de centres de données d’ici 2024, bien qu’il ne figure pas parmi les critères utilisés pour évaluer les marchés en 2022.

Selon lui, les centres de données sont prêts à payer plus cher pour bénéficier d’un approvisionnement fiable, rapide, et à faible empreinte carbone.

Hydro-Québec estime que la mise en place de nouvelles sources d’approvisionnement énergétique coûte environ 12 cents par kilowattheure, contre une moyenne de 6,82 cents actuellement payés par les gros consommateurs d’électricité. Le service public a fait valoir que, sans une hausse des tarifs, d’autres clients pourraient se retrouver à devoir couvrir une partie des coûts supplémentaires.

Même avec l’augmentation proposée, M. Renaud-Bezot a affirmé que le tarif de 13 cents resterait compétitif par rapport aux prix de l’électricité en vigueur dans les régions voisines, notamment en Ontario, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse.

Il a ajouté que la plupart des fournisseurs d’électricité devraient adopter la même approche qu’Hydro-Québec, en augmentant les tarifs des centres de données afin de protéger leurs autres clients.

Cela pourrait rendre le tarif proposé par le Québec encore plus compétitif dans les années à venir, a-t-il ajouté.

Remise en question par Google des comparaisons entre les marchés

Adina Georgescu, avocate représentant Google, a contesté le fait que l’étude de M. Dunsky offre une comparaison pertinente entre le Québec et les autres marchés nord-américains de l’électricité.

Google a demandé à la Régie de rejeter le tarif proposé ou d’autoriser les centres de données existants à continuer de payer leurs tarifs actuels jusqu’à ce qu’un examen plus approfondi soit mené à bien.

Elle s’est interrogée sur la manière dont les tarifs d’électricité sont fixés dans d’autres juridictions, ce qui a conduit M. Renaud-Bezot à reconnaître que le cabinet n’avait pas examiné systématiquement le mode de calcul de ces tarifs.

Mme Georgescu s’est également demandé si l’étude tenait suffisamment compte des différences de taille entre les marchés des centres de données, citant l’exemple de la Virginie, aux États-Unis, qui, selon elle, compte plus de 600 installations en activité, contre une vingtaine au Québec nécessitant plus de 5 mégawatts d’électricité.

Mais Mme Renaud-Bezot a expliqué que le rapport avait délibérément examiné des marchés de tailles différentes afin d’identifier des tendances plus générales, plutôt que de limiter son analyse aux territoires dont le secteur des centres de données est similaire à celui du Québec.

M. Renaud-Bezot a indiqué à la Régie, le 8 octobre, que la demande en électricité des centres de données à travers l’Amérique du Nord pourrait augmenter de 133 % entre 2024 et 2030, en grande partie en raison de la croissance du secteur de l’intelligence artificielle.

Dans un communiqué de presse du 19 février annonçant le projet de tarif, Hydro-Québec a indiqué que les centres de données représentaient environ 200 mégawatts de la demande électrique de pointe au Québec, un chiffre qui pourrait atteindre environ 1000 mégawatts d’ici 2035.

L’audience devrait reprendre en décembre, date à laquelle les acteurs du secteur et les associations environnementales présenteront leurs éléments de preuve et leurs arguments.

— Avec la collaboration de Marieke Glorieux-Stryckman à Montréal