Économie

La guerre en Iran présente des retombées positives à court terme pour le CN

La plus grande compagnie ferroviaire du pays a enregistré une hausse de 4 % de ses revenus liés au pétrole et aux produits chimiques au premier trimestre par rapport à la même période de l’exercice précédent.

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Une locomotive du CN est à l'arrêt au triage Stuart du CN, à l'ouest de la gare GO de West Harbour à Hamilton, en Ontario, le jeudi 22 août 2024. LA PRESSE CANADIENNE/Peter Power Une locomotive du CN est à l'arrêt au triage Stuart du CN, à l'ouest de la gare GO de West Harbour à Hamilton, en Ontario, le jeudi 22 août 2024. (Peter Power/La Presse canadienne)

L’augmentation de la demande en énergie, en potasse et autres matières premières, provoquée par la guerre au Moyen-Orient, joue en faveur du CN, même si la hausse des coûts du carburant pèse sur les bénéfices et que les prévisions de croissance restent stables, signalent les dirigeants de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada.

La plus grande compagnie ferroviaire du pays a enregistré une hausse de 4 % de ses revenus liés au pétrole et aux produits chimiques au premier trimestre par rapport à la même période de l’exercice précédent. Les revenus liés aux céréales et aux engrais ont bondi de 13 % pour atteindre 1,05 milliard $ — un record pour un premier trimestre —, stimulés par une récolte exceptionnelle et la flambée des prix des engrais du golfe Persique due à la fermeture effective du détroit d’Ormuz.

Janet Drysdale, cheffe de la direction des Affaires commerciales du CN, a souligné que les expéditions de gaz naturel liquéfié avaient augmenté au port de Prince Rupert, en Colombie-Britannique, alors que l’offre mondiale diminue en raison de la fermeture prolongée de la voie navigable. Les volumes de pétrole brut et de produits raffinés ont également augmenté.

«Nous constatons des retombées positives à court terme dans plusieurs segments liés à la hausse des prix», a déclaré Mme Drysdale aux analystes lors d’une conférence téléphonique mercredi.

«Les prix des engrais azotés ayant augmenté en raison des perturbations au Moyen-Orient, nous constatons qu’un peu plus d’agriculteurs se tournent vers une utilisation accrue de potasse», a-t-elle noté.

La région du golfe Persique est un acteur majeur de la production mondiale d’engrais azotés.

«La hausse des prix du charbon thermique, alimentée par le conflit au Moyen-Orient, pourrait soutenir une amélioration de la demande d’exportation de charbon thermique», a-t-elle ajouté.

Mme Drysdale a également souligné que les répercussions mondiales du conflit restaient incertaines.

«Je n’ai pas de boule de cristal. Je ne sais pas combien de temps ces prix élevés vont durer ni quel sera leur impact global sur la macroéconomie. C’est pourquoi nous restons prudents», a-t-elle indiqué.

L’impact des droits de douane

D’autres événements déclenchés par le président américain Donald Trump continuent de peser sur les résultats du CN.

Les droits de douane sur l’acier, l’aluminium et le bois d’œuvre ont pesé sur le trimestre clos le 31 mars. Les revenus des métaux et minéraux ont chuté de 7 % d’une année à l’autre, tandis que ceux des produits forestiers ont enregistré une baisse de 9 %.

«L’acier et l’aluminium ont continué d’être affectés par les droits de douane, mais nous avons pu compenser en partie cet impact grâce à de nouveaux transports longue distance d’acier à l’intérieur du Canada et à de nouveaux acheminements de ferraille», a déclaré Mme Drysdale.

La hausse du coût du diesel, provoquée par l’arrêt quasi total du trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz depuis fin février, pèse également sur les bénéfices, bien que la compagnie ferroviaire applique une surtaxe en fonction des fluctuations de prix. Au dernier trimestre, les dépenses en carburant ont en réalité baissé de 10 millions $ par rapport à l’année précédente grâce à la suppression de la tarification fédérale du carbone en avril 2025, six ans après son entrée en vigueur.

Malgré l’ombre que jette l’administration Trump sur l’accord commercial nord-américain, la présidente-directrice générale du CN, Tracy Robinson, s’est montrée optimiste quant au fait que l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), qui doit faire l’objet d’une révision en juillet, reste une priorité essentielle des deux côtés de la frontière.

«Il est impossible de prédire où aboutiront l’ensemble des discussions sur l’ACEUM ou les flux commerciaux — voire sur les perspectives tarifaires plus générales, a-t-elle déclaré. Au Canada et aux États-Unis, il est clair pour moi que cet accord revêt une grande importance pour les deux administrations.»

Par ailleurs, le directeur financier, Ghislain Houle, a déclaré, en référence à l’environnement commercial global: «Si l’on peut dire, l’incertitude s’est accrue depuis notre dernière conférence téléphonique en janvier.»

Pour 2026, le CN s’attend à ce que la croissance du volume de fret reste «stable» et que le bénéfice par action dilué ajusté dépasse légèrement toute augmentation de ce trafic de fret.

Le projet de fusion d’Union Pacific et Norfolk

Mme Robinson s’est exprimée sur le projet de fusion entre deux grandes compagnies ferroviaires américaines, qui prévoient de soumettre jeudi une demande révisée aux autorités de régulation américaines. Leurs concurrents observent la situation avec méfiance, craignant qu’une acquisition ne nuise à la concurrence et ne fasse grimper les coûts pour les consommateurs.

«Pour être acceptée, la proposition de fusion doit démontrer qu’elle est dans l’intérêt public et qu’elle renforce la concurrence ferroviaire», a noté la présidente-directrice générale du CN.

«La barre est placée très haut. Et, à notre avis, la première demande était loin de démontrer que la fusion permettrait d’atteindre cet objectif», a-t-elle ajouté.

Union Pacific, le deuxième opérateur ferroviaire des États-Unis, a annoncé en juillet son intention d’acquérir Norfolk Southern — le troisième — dans le cadre d’une transaction de 85 milliards $ US qui donnerait naissance au premier réseau ferroviaire transcontinental du pays et pourrait déclencher une vague de fusions ferroviaires à travers l’Amérique du Nord.

Le CN enregistre un bénéfice de 1,15 milliard $

Le CN a annoncé mercredi un bénéfice de 1,15 milliard $ au premier trimestre, en baisse par rapport à 1,16 milliard $ un an plus tôt.

La société ferroviaire a indiqué que le bénéfice s’est élevé à 1,87 $ par action pour le trimestre clos le 31 mars, en hausse par rapport au résultat de 1,85 $ par action enregistré au même trimestre de l’exercice précédent, alors que le nombre d’actions en circulation était plus élevé.

Sur une base ajustée, le CN a indiqué avoir réalisé un bénéfice de 1,80 $ par action au cours de son dernier trimestre, en baisse par rapport au bénéfice ajusté de 1,85 $ par action enregistré au premier trimestre de 2025.

Le chiffre d’affaires a été de 4,38 milliards $, en baisse par rapport à 4,40 milliards $ au même trimestre de l’exercice précédent.

La compagnie ferroviaire a indiqué que les tonnes-milles brutes ont augmenté de 3 % par rapport à l’année précédente, tandis que les tonnes-milles commerciales ont également progressé de 3 %.

Le ratio d’exploitation du CN, c’est-à-dire ses charges d’exploitation exprimées en pourcentage des revenus, s’est établi à 64,6 % au cours du dernier trimestre, contre 63,4 % un an plus tôt.

Entreprise dans cette dépêche : (TSX:CNR)

Christopher Reynolds

Christopher Reynolds

Journaliste