Les voyageurs comme les entreprises locales se préparent à affronter des turbulences économiques alors que le dollar canadien continue de connaître des difficultés.
Le «loonie» a atteint jeudi son plus bas niveau depuis 14 mois, clôturant à 70,9 cents par rapport au dollar américain.
«Quand je suis allée changer mes dollars canadiens, le taux était vraiment mauvais : j’ai obtenu environ 375 $ US pour environ 540 $ canadiens», a indiqué Allyssa Harder, une Canadienne en voyage aux États-Unis.
«Le voyage en soi est déjà assez coûteux… Tout s’ajoute à tout le reste, et cela sans même compter le prix de la nourriture. Et ça, c’est juste pour le voyage», a-t-elle poursuivi.
Il n’y a pas que les Canadiens qui se rendent aux États-Unis à ressentir les effets d’un dollar canadien faible — les entreprises en souffrent également.
Selon un expert, un dollar canadien plus faible entraînerait normalement une hausse des exportations vers les États-Unis, ces derniers étant incités à acheter davantage de produits canadiens en raison d’un taux de change favorable.
Ce n’est toutefois pas le cas en raison des droits de douane.
«En temps normal, on en tirerait profit, mais imaginez que votre secteur soit confronté à des droits de douane plus élevés imposés par les États-Unis», a affirm. Aamir Hashmi, professeur agrégé au département d’économie de l’Université de Calgary.
«Dans ce cas, la situation devient difficile, même si le dollar canadien est faible. On ne profite pas de cet avantage lié à la faiblesse de la devise en raison de la politique tarifaire du gouvernement américain.»
— Aamir Hashmi, professeur agrégé au département d’économie de l’Université de Calgary
Les entreprises de toutes tailles en ressentent les effets, y compris plusieurs petites entreprises du Crossroads Market qui ont déclaré que leurs ventes en ligne avaient grandement souffert.
«Je dirais qu’au moins 60 à 70 % de ma clientèle venait des États-Unis, puis les droits de douane ont été instaurés et cela a vraiment affecté mes affaires», a dit Wes Emamyar, propriétaire de TheCardMrkt.
Ce pourcentage a maintenant chuté de façon significative pour s’établir à environ 10 % de clients américains, a-t-il précisé.
Derrick Timoshenko, copropriétaire de Chapter Four Vintage, affirme quant à lui avoir cessé de faire de la publicité auprès des clients américains.
«C’est tout simplement trop cher d’expédier aux États-Unis. Les clients américains sont frappés par les droits de douane, et on dépense davantage pour acheminer le produit là-bas. C’est en quelque sorte une situation perdant-perdant pour le vendeur et l’acheteur», a-t-il dit.
M. Emamyar a expliqué que les clients américains occasionnels achètent généralement davantage grâce au taux de change, mais que cela est loin d’être suffisant pour compenser toutes les pertes. Il ajoute que, parfois, des clients américains cherchent à tirer parti du taux de change en ligne, mais que cela a entraîné des pertes de ventes ou la déception des clients lorsque les droits de douane s’appliquent.
«Je reçois des retours parce que certaines personnes ne veulent pas payer ces droits de douane.»
— Wes Emamyar, propriétaire de TheCardMrkt
«Certains colis restent même bloqués à la frontière parce que personne ne veut payer de droits de douane, ce qui représente simplement du travail supplémentaire pour moi et me cause quelques tracas.»
Pour les entreprises locales spécialisées dans des produits plus originaux, comme les cartes à collectionner et les jeux vidéo d’Emamyar ou les vêtements vintage de Timoshenko, la faiblesse du dollar canadien et les droits de douane rendent presque impossible l’approvisionnement en marchandises en provenance des États-Unis.
«Quand on possède une entreprise qui vend des objets de collection, des cartes à collectionner et des jeux vidéo, beaucoup d’achats peuvent se chiffrer en milliers, voire plus, peut-être 5000 $ ou 10 000 $», a indiqué M. Emamyar.
«Personne ne veut payer des droits de douane sur 5000 $ ou 10 000 $. Ça représente un millier de plus.»
«Ça veut simplement dire qu’il faut changer de source d’approvisionnement au lieu de compter uniquement sur les achats en ligne pour se procurer les marchandises», a ajouté M. Timoshenko.
Comment le dollar canadien en est-il arrivé là?
Aamir Hashmi explique que les droits de douane et l’incertitude commerciale jouent un rôle, mais il estime que la principale raison réside dans la «divergence des politiques monétaires entre les deux pays», notamment en ce qui concerne le taux des fonds fédéraux.
Il a indiqué que le taux des fonds fédéraux est actuellement «assez élevé», se situant entre 3,5 % et 3,75 %.
Au Canada, par contre, le taux directeur de la Banque du Canada est de 2,25 %.
Cela signifie qu’il existe un écart très important entre ces taux, a-t-il précisé.
«Pour simplifier, les rendements des obligations à court terme aux États-Unis sont assez élevés par rapport à ceux du Canada. L’argent a tendance à affluer là où les rendements sont élevés; il va donc se déplacer du Canada vers les États-Unis», a exprimé M. Hashmi.
Il ajoute que le dollar américain est la « devise refuge mondiale », ce qui signifie que les capitaux affluent vers cette devise en raison de l’incertitude commerciale et économique à l’échelle mondiale.
«Que ce soit en raison de la guerre au Moyen-Orient ou de la politique commerciale américaine, les capitaux ont tendance à affluer vers les États-Unis», a-t-il souligné.
«C’est là un autre facteur qui renforce la devise américaine.»