Alors que la hausse des prix du carburant pèse sur le budget des voyageurs, certains Canadiens se tourneront cet été vers les véhicules électriques pour éviter les stations-service. Mais avec un parc locatif limité, beaucoup ne trouveront pas ce qu’ils cherchent.
Ce regain d’intérêt pour les véhicules électriques fait suite à la flambée des prix de l’essence observée cette année. Cela contraste avec ce que Steve Liborio, propriétaire d’une franchise Thrifty Car Rental en Ontario, a observé ces dernières années: une préférence constante pour les voitures à essence, les conducteurs se montrant sceptiques quant à l’autonomie des véhicules électriques, inquiets à l’idée de devoir trouver la prochaine borne de recharge ou de passer des heures à recharger leur véhicule au cours du trajet.
Certaines entreprises ont vendu leurs véhicules électriques ou réduit leur flotte après avoir constaté qu’ils n’étaient pas rentables en raison d’une faible adoption par les consommateurs et d’un entretien coûteux, rapporte Daniel Ross, directeur des études de marché stratégiques chez Canadian Black Book.
L’entreprise de location de voitures Hertz est revenue sur sa décision d’électrifier une partie de sa flotte mondiale après avoir initialement envisagé d’ajouter des véhicules électriques en 2021, liquidant un tiers de son parc mondial de véhicules électriques en 2024. On ne sait pas exactement combien de véhicules électriques Hertz possède dans sa flotte canadienne.
M. Ross indique que le parc de véhicules électriques disponibles à la location au Canada reste modeste et limité aux villes disposant des infrastructures nécessaires.
La situation est encore compliquée par les fluctuations du marché automobile, qui se stabilisent enfin après que la pénurie liée à la pandémie a créé des goulots d’étranglement dans la chaîne d’approvisionnement. La plupart des entreprises de location voulaient acquérir toutes les voitures disponibles, et la majorité de l’offre était constituée de véhicules à essence.
Il est peu probable que les entreprises de location augmentent leur offre de véhicules électriques en raison de la demande récente, car celle-ci n’est pas suffisamment importante pour faire pencher la balance en leur faveur, selon M. Ross.
L’intérêt pour les véhicules électriques chez les concessionnaires a cependant augmenté. Alors que la guerre en Iran s’éternise et que le détroit d’Ormuz reste fermé — bloquant un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole et maintenant les prix mondiaux à un niveau élevé —, de plus en plus de Canadiens trouvent à nouveau les véhicules électriques attrayants.
Ce regain d’intérêt intervient également alors que le gouvernement fédéral a réintroduit ses remises sur les véhicules électriques en février, contribuant ainsi à compenser une partie des coûts.
Les ventes de véhicules électriques ont bondi de plus de 50 % dans plusieurs provinces peu après l’entrée en vigueur des programmes de rabais, indique un rapport publié en février par DesRosiers Automotive Consultants.
Les Canadiens ont réclamé plus de 122 millions $ de subventions fédérales pour l’achat de véhicules électriques neufs au cours des trois mois qui ont suivi la réintroduction de ces mesures, selon un rapport publié le 26 mai par Transports Canada.
Sur la plateforme de location de voitures entre particuliers Turo, les réservations de véhicules électriques ont bondi de 80 % à la mi-mai par rapport à l’année dernière, souligne Bassem El-Rahimy, vice-président de Turo Canada.
Il estime qu’il s’agit d’«un indicateur de la volonté des gens d’éviter ou de compenser une partie des prix de l’essence incroyablement élevés que nous voyons aujourd’hui». La plateforme compte environ 2000 véhicules électriques et hybrides proposés à la location.
Les recherches de véhicules hybrides ont fortement augmenté d’une année sur l’autre sur Turo avec une hausse de 180 % entre le 29 avril et le 29 mai par rapport à la même période l’année dernière. M. El-Rahimy pense que cette statistique signifie probablement une tendance générale vers des options économes en carburant plutôt qu’une préférence spécifique pour les véhicules électriques.
Il affirme que des véhicules électriques sont toujours disponibles sur le marché de la location, mais que l’offre commence à se raréfier à l’approche des longs week-ends.
«Les réservations pour l’été commencent clairement à s’accélérer», dit-il.
L’entreprise Rent-A-Car n’a toutefois pas constaté d’augmentation significative de la demande pour les hybrides et les véhicules électriques.
Sa porte-parole, Danielle Stuart, précise que l’entreprise dispose de près de 160 000 véhicules hybrides et électriques dans sa flotte mondiale, avec une offre limitée sur certains marchés canadiens où la demande et les infrastructures sont présentes. L’entreprise n’a pas révélé combien elle en comptait au Canada.
Jeff Bannard, un habitant de Calgary, loue souvent des véhicules électriques lorsqu’il se déplace pour le travail, mais uniquement s’ils sont les moins chers parmi les modèles disponibles. Dernièrement, il n’a trouvé aucune offre intéressante pour ce type de véhicule.
«Un véhicule électrique reviendrait cher, peut-être 20 à 30 % de plus par jour qu’une petite voiture à essence classique», indique-t-il.
Il ajoute qu’il réalise toutefois des économies sur le carburant.
Il lui en coûte environ 56 à 62 cents par kilowattheure pour recharger un véhicule électrique à une borne de recharge rapide, ce qui est tout de même moins cher que de faire le plein dans une station-service.

