Économie

La croissance économique devrait passer avant l'environnement, selon un sondage

Il s’agit d’un changement dans l’opinion publique par rapport à il y a sept ans.

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Des ouvriers posent des tuyaux pour l'extension de l'oléoduc Trans Mountain sur des terres agricoles, à Abbotsford, en Colombie-Britannique, le 3 mai 2023. LA PRESSE CANADIENNE/Darryl Dyck Des ouvriers posent des tuyaux pour l'extension de l'oléoduc Trans Mountain sur des terres agricoles, à Abbotsford, en Colombie-Britannique, le 3 mai 2023. (DARRYL DYCK/La Presse canadienne)

De plus en plus de Canadiens estiment que la croissance économique devrait passer avant la protection de l’environnement dans la politique énergétique du pays, selon un nouveau rapport de l’Institut Angus Reid.

L’institut de sondage a publié lundi un rapport indiquant que 61 % des Canadiens considèrent désormais la croissance économique comme la priorité absolue de la politique énergétique. La question proposait deux options concernant la priorité que devrait suivre la politique énergétique fédérale: la croissance économique ou la protection de l’environnement.

Il s’agit d’un changement dans l’opinion publique par rapport à il y a sept ans, lorsque, à la même question, 55 % des Canadiens estimaient que l’environnement devait être la priorité absolue de la politique énergétique.

Shachi Kurl, présidente de l’Institut Angus Reid, a relevé que le changement climatique était une question prioritaire pour les électeurs lors des élections de 2019 et de 2021, mais que les sondages d’opinion montrent que le sentiment d’urgence qui l’entoure a diminué ces dernières années.

«Ajoutez à cela un sentiment d’urgence – ou peu importe comment vous l’appelez – lié au facteur Trump, à cette notion de “se battre pour s’imposer” et à cette crainte majeure que, si nous ne parvenons pas à commercialiser nos ressources via les États-Unis, nous devrons trouver d’autres moyens de gagner de l’argent: tout cela entre en jeu», a expliqué Mme Kurl.

Alex Walker, responsable du programme d’analyse énergétique chez Environmental Defence, a affirmé qu’il était facile de comprendre pourquoi les Canadiens accordaient une plus grande priorité à l’économie, compte tenu des défis liés au coût de la vie et de l’incertitude économique générale provoquée par les droits de douane américains et la guerre en Iran.

M. Walker a toutefois fait valoir que, si la hausse des prix du pétrole et l’augmentation des exportations canadiennes peuvent sembler positives dans le bilan d’un gouvernement, elles ne résolvent pas nécessairement les défis économiques plus généraux.

«Si les prix du pétrole restent aussi élevés au cours des 12 prochains mois, l’industrie est en passe de réaliser 90 milliards $ de bénéfices, ce qui est nettement plus que ce qu’elle aurait gagné sans la guerre», a déclaré M. Walker.

«Cela pourrait donc ressembler à de la croissance économique, mais si vous demandez, vous savez, qui gagne cet argent, qui va pouvoir le ramener chez lui? Ce ne seront très probablement pas les Canadiens ordinaires comme nous.»

Du soutien à un gazoduc

Le sondage suggère que près des deux tiers des Britanno-Colombiens soutiennent désormais l’extension de 4 milliards $ du gazoduc Westcoast d’Enbridge, récemment approuvée, tandis que 17 % s’opposent au projet. Les 22 % restants des personnes interrogées ont répondu ne pas savoir.

Le sondeur a constaté que 55 % des Canadiens soutiennent le projet à l’échelle nationale, tandis que 17 % s’y opposent et 28 % ne savent pas.

Dans une entrevue accordée à La Presse Canadienne le 1er mai, le premier ministre Mark Carney a déclaré qu’un nouveau gazoduc était «plus probable que possible». Il a également ajouté que le Canada devait augmenter sa production et ses exportations d’énergie tout en s’attaquant au problème des émissions, en encourageant les technologies de captage et de stockage du carbone.

M. Carney a rencontré la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, la semaine dernière pour discuter de l’avancement d’un accord entre les deux paliers de gouvernement visant à faire avancer une proposition de construction d’un nouvel oléoduc vers la côte Pacifique via la Colombie-Britannique.

Mme Smith a indiqué après la réunion qu’elle était plus confiante quant à la conclusion de l’accord, tout en notant qu’il restait encore quelques points à régler. Parmi ces points figure le calendrier d’adoption par l’Alberta d’un prix du carbone industriel de 130 $ la tonne.

Thomas Green, porte-parole de la Fondation David Suzuki, a affirmé qu’il craignait qu’un projet de pipeline en Alberta ne s’accompagne d’importantes subventions gouvernementales, car il n’y a pas encore de promoteur privé derrière ce projet.

«Ce type de pipeline prend entre cinq et 10 ans, voire plus, à construire. D’ici à ce qu’il soit achevé, le détroit d’Ormuz, la guerre en Iran, tout cela sera réglé», a fait valoir M. Green.

«Entre-temps, le monde aura tiré les leçons de cette situation. Nous aurons fait un bond en avant vers l’électrification et les batteries, et il n’y aura plus de marché pour ce produit. Je pense donc que ce sera un énorme éléphant blanc.»

De la résistance en Colombie-Britannique

Angus Reid a recueilli des données de sondages remontant à 2012 sur l’oléoduc Northern Gateway afin de montrer que l’opposition au projet d’oléoduc a diminué en Colombie-Britannique. Le sondage de 2012 enregistrait 57 % d’opposition au projet, un chiffre qui est tombé à 32 % en 2025.

Un éventuel pipeline albertain bénéficiait d’un soutien de 56 % en Colombie-Britannique, contre 33 % d’opposition, selon un sondage Angus Reid d’octobre 2025.

Mme Kurl a affirmé que cela représentait un changement significatif, car le gaz naturel a longtemps été mieux accepté par les Britanno-Colombiens. Elle a ajouté que, bien que davantage de personnes se montrent favorables aux oléoducs, il existe toujours un niveau élevé de résistance en Colombie-Britannique par rapport aux autres provinces.

«La grande question est: quel sera le rôle des Premières Nations? Quel sera le tracé du pipeline? Quel sera le rôle des promoteurs et pourront-ils, pour ainsi dire, faire atterrir l’avion sur la bonne piste?», a-t-elle déclaré.

«Ce sont là les questions en suspens, mais ce sont des chiffres auxquels je ne suis pas sûre que nous nous serions attendus il y a 10 ou 15 ans.»

Cette fois-ci, davantage de personnes ont déclaré à Angus Reid que le gouvernement prenait les mesures adéquates pour faire construire de nouveaux pipelines, 31 % estimant que le niveau d’action était «à peu près correct», contre 23 % il y a sept ans.

Le nombre de personnes estimant que le gouvernement en fait trop a baissé, passant de 27% en 2019 à 21% dans ce sondage.

Environ la moitié de la population estime toujours que le gouvernement n’en fait pas assez, 50 % des personnes interrogées partageant cet avis en 2019 contre 48 % en 2026.

L’Institut Angus Reid a précisé que ce sondage en ligne a été réalisé entre le 24 et le 28 avril auprès de 2360 adultes canadiens issus de l’Angus Reid Forum, le panel de répondants de l’agence.

Le Conseil de recherche et d’intelligence marketing canadien, un organisme sectoriel qui promeut les normes en matière de sondages, précise qu’il n’est pas possible d’attribuer une marge d’erreur aux sondages en ligne, car ils ne procèdent pas à un échantillonnage aléatoire de la population.

David Baxter

David Baxter

Journaliste