Pékin et Ottawa prolongent un accord conclu en janvier visant à ouvrir le marché chinois aux importations canadiennes en échange d’un accès au marché canadien pour l’acier et l’aluminium chinois.
Cette nouvelle survient alors que l’un des plus hauts responsables chinois s’apprête à se rendre à Vancouver et que le premier ministre Mark Carney prévoit de retourner en Chine plus tard ce mois-ci.
En mars, la Chine a levé les droits de douane sur les produits canadiens à base de farine de canola, de pois, de homard et de crabe. En contrepartie, le Canada a accepté d’autoriser l’importation de certains produits chinois en acier et en aluminium.
L’accord a été négocié par Mark Carney et le président chinois Xi Jinping lors d’une visite en Chine. Il devait expirer à la fin de cette année.
Mercredi, le ministre du Commerce international, Maninder Sidhu, a déclaré que cet accord était prolongé de deux ans, jusqu’en fin 2028.
«Cette prolongation offre aux agriculteurs, aux producteurs et aux pêcheurs un accès prévisible au marché chinois», a déclaré le ministre Sidhu par voie de communiqué.
«Cet arrangement a permis de rétablir l’accès au marché pour le bœuf canadien et de réduire les droits de douane applicables aux graines de canola, au tourteau de canola, aux pois, aux homards et aux crabes, générant ainsi des milliards de dollars d’exportations et soutenant des secteurs qui assurent plus de 600 000 emplois au Canada», a soutenu M. Sidhu dans la déclaration.
Il a précisé que le mérite en revenait à un organisme commercial que le Canada et la Chine ont relancé en janvier, alors qu’Ottawa s’est fixé pour objectif d’augmenter ses exportations vers la Chine de 50 % d’ici 2030.
M. Sidhu se trouvait à Pékin pour des réunions avec des responsables, en amont de la visite prévue de M. Carney à Shenzhen, la ville technologique chinoise, plus tard ce mois-ci, à l’occasion du sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC).
«Le moment choisi pour cette annonce est significatif», a commenté Vina Nadjibulla, cofondatrice du Centre for Strategic Statecraft, dans une déclaration envoyée par courriel.
Elle a expliqué que la suppression d’«un obstacle commercial immédiat» permet à M. Carney de se concentrer sur la stimulation des investissements chinois lors de sa visite à Shenzhen. Cela garantit également l’accès au marché chinois pour l’acier et l’aluminium, ce qui, selon elle, constituera un enjeu dans les négociations commerciales d’Ottawa avec Washington.
«Ottawa doit de plus en plus gérer simultanément ses relations économiques avec Pékin et Washington, et les décisions prises dans le cadre de l’une de ces relations ont inévitablement des répercussions sur l’autre», a-t-elle écrit.
Ottawa a annoncé mercredi que le vice-premier ministre chinois He Lifeng se rendrait à Vancouver dimanche et lundi.
Bien qu’il ne soit pas ministre du Commerce ou des Finances de la Chine, M. He joue un rôle majeur dans l’élaboration des politiques commerciales et économiques de Pékin.
M. Sidhu et le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, accueilleront M. He, et des événements sont également prévus avec le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, et les autorités de réglementation financière.
Le bureau du ministre Sidhu a déclaré mercredi que cette nouvelle concernant le canola était le fruit de plusieurs mois d’efforts visant à améliorer les relations commerciales avec la Chine.
Un marché de plus de 7 milliards $
En juin 2025, M. Sidhu a déclaré que lui-même et Wang Wentao, ministre chinois du Commerce, avaient convenu de relancer une commission mixte économique et commerciale afin de traiter les questions commerciales. En janvier, il a indiqué qu’Ottawa avait conclu un accord conjoint préliminaire à Pékin, ouvrant un marché de plus de 7 milliards $ aux travailleurs et aux entreprises canadiennes.
M. Sidhu a indiqué que depuis l’entrée en vigueur de cet accord en mars, les exportations de tourteau de canola vers la Chine avaient augmenté de 84 %, passant de 1,04 milliard $ à 1,91 milliard $, par rapport à la même période l’année dernière.
Il a précisé que les exportations de tourteau de canola avaient plus que doublé, passant de 146 millions $ à 390 millions $, tandis que celles de pois étaient passées de 107 millions $ à 345 millions $. M. Sidhu a également indiqué que les exportations de homard avaient augmenté de 57 %, passant de 128 millions $ à 200 millions $.
Warren Kaeding, ministre du Commerce de la Saskatchewan, a expliqué aux journalistes à Regina que les agriculteurs étaient satisfaits de l’accord.
«Cela leur permet d’organiser plus facilement leurs rotations de cultures pour l’année prochaine, a-t-il dit. Ils abordent le printemps avec une certaine confiance, sachant qu’ils bénéficient d’une prolongation d’au moins deux ans des réductions tarifaires sur le canola et les pois.»
Le bœuf canadien a également fait son retour sur le marché chinois en janvier, pour la première fois depuis 2021, a déclaré M. Sidhu. De janvier à août, a-t-il précisé, le Canada a exporté pour 363,2 millions $ de bœuf vers la Chine, soit près du double de ce qu’il y avait vendu sur l’ensemble de l’année 2021.
Il a dit avoir rencontré, au cours de l’année écoulée, des représentants du secteur, notamment le Conseil canadien du canola, Pulse Canada, le Conseil des pêches du Canada, l’Association canadienne des bovins et le Conseil des viandes du Canada, qui lui ont expliqué qu’une prolongation leur garantirait un accès prévisible et à long terme au marché chinois, ainsi que la sécurité dont ils ont besoin.
La ministre des Pêches, Joanne Thompson, a déclaré sur les réseaux sociaux que cette prolongation offrait une «certitude immédiate» aux pêcheurs et aux exportateurs de homard et de crabe. Elle a précisé que les discussions se poursuivaient concernant d’autres produits de la mer.
«La semaine dernière en Chine, j’ai rencontré des responsables gouvernementaux et des chefs de file de l’industrie pour plaider en faveur du Canada en tant que fournisseur de confiance, a-t-elle écrit. Les pêcheurs et les récolteurs de fruits de mer du Canada attrapent les meilleurs produits de la mer au monde, et leur travail fait vivre les communautés rurales et côtières à travers le pays.»
Exemple de coopération
À Pékin, en début d’année, M. Carney a présenté les grandes lignes d’un nouveau «partenariat stratégique» avec la Chine, comprenant notamment davantage d’échanges culturels et de liens entre les peuples.
M. Carney a déclaré lors de sa visite qu’Ottawa espérait que ce renouvellement deviendrait un exemple de coopération pour le monde entier, à une époque marquée par la division et le désordre à l’échelle mondiale».
Le ministre de la Culture, Marc Miller, a effectué le mois dernier un voyage de cinq jours en Chine en compagnie de dizaines de représentants des industries créatives canadiennes. Son cabinet a indiqué que sept nouveaux accords commerciaux d’une valeur totale de plus de 4,2 millions $ avaient été signés au cours de ce voyage.
Le gouvernement Carney cherche à doubler les exportations vers les pays autres que les États-Unis au cours de la prochaine décennie, en réponse à l’instabilité géopolitique et commerciale engendrée par la réélection du président américain Donald Trump.
La Chine est le deuxième partenaire commercial du Canada en termes de marchandises, avec des échanges bilatéraux s’élevant à 125,7 milliards $ en 2025.
— Avec des informations de Kyle Duggan

