Transat obtient deux appuis de taille dans le duel qui l’oppose à Pierre Karl Péladeau. La Caisse et le Fonds de solidarité FTQ se rangent derrière la direction du transporteur aérien.
«Le soutien de la Caisse et du Fonds, deux investisseurs institutionnels importants au Québec, ça parle fort de leur confiance en Transat, en sa marque, en son personnel», souligne l’administrateur indépendant Daniel Desjardins, en entrevue jeudi.
Ensemble, la Caisse et le Fonds ont plus de 16 % des actions de la société montréalaise. Pour sa part, la Financière Outremont, la société d’investissement de M. Péladeau, détient «environ» 9,5 %.
Il s’agit «d’un point tournant» dans ce conflit entre actionnaires, croit le président-directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP), François Dauphin.
«Ça met des obstacles imposants sur le chemin de l’actionnaire dissident», estime l’expert de la gouvernance en entrevue.
L’actionnariat de Transat est composé en grande partie de petits actionnaires. Obtenir une majorité de voix, sans l’appui de la Caisse et du Fonds de solidarité, serait une «tâche ardue» pour M. Péladeau, plus connu pour son rôle de patron de Québecor, juge M. Dauphin.
«Ça signifie (que la Financière Outremont) doit aller chercher le maximum de procurations d’actionnaires au détail», explique-t-il.
Les petits actionnaires sont généralement peu nombreux à exercer leur droit de vote. L’an dernier, Transat n’a d’ailleurs pas obtenu le quorum suffisant de 25 % pour ouvrir son assemblée, qu’elle a dû reporter.
M. Desjardins estime que ce seuil sera plus facilement atteint. Comme la Financière Outremont fait une proposition, elle devrait voter, ce qui facilite l’atteinte du taux de participation requis, explique l’administrateur.
Le Fonds de solidarité estime que le nouveau conseil de Transat «représente un bon équilibre d’expérience, de continuité et de renouveau», répond le plus important actionnaire du transporteur aérien.
Pour sa part, la Caisse a «l’intention de continuer à appuyer Transat tout en procédant aux changements qui s’imposent», déclare l’institution.
Une impasse
Après plusieurs tentatives pour acquérir l’entreprise, la société d’investissement de M. Péladeau a mené une autre offensive en décembre dernier. Elle a affirmé qu’il y avait de «graves lacunes» dans la gestion de Transat.
L’actionnaire activiste propose notamment la candidature de trois administrateurs. Il demande également une restructuration du bilan de la société et le lancement d’un examen stratégique.
Transat, la Caisse et le Fonds auraient eu des discussions «de bonne foi» pour arriver à une entente avec M. Péladeau, indique la société montréalaise dans sa circulaire aux actionnaires, publiée jeudi.
M. Desjardins ne veut pas trop s’avancer sur les points qui ont achoppé, car les discussions sont confidentielles. «Il est malheureux qu’on n’ait pas pu avoir une entente avec lui, dit-il. On aurait bien aimé le faire.»
Jointe plus tôt en avant-midi, la Financière Outremont n’avait pas réagi au moment d’écrire ces lignes.
Ces démarches n’ont toutefois pas mené au statu quo. Transat apporte tout de même des changements à son conseil d’administration, qui passerait de 11 à 8 membres, si les actionnaires appuient la proposition de l’entreprise.
La moitié du conseil serait ainsi constituée de sang neuf. La Caisse et le Fonds obtiendraient chacun un siège au conseil d’administration de la société. La candidature de deux administrateurs indépendants, Christiane Bergevin et Vincent Duhamel, est également soumise.
Dans ce genre de dossier, il est rare qu’un actionnaire mécontent et l’entreprise ne trouvent pas un terrain d’entente, observe M. Dauphin.
Si M. Péladeau souhaitait un conseil de six administrateurs, l’expert en gouvernance souligne que Transat propose de réduire la taille du conseil.
«Il y avait une volonté (de M. Péladeau) de provoquer des changements majeurs au sein de l’organisation, note-t-il. C’est en partie réussi déjà par la proposition que formule Transat.»
Pour sa part, M. Desjardins affirme que les démarches de M. Péladeau n’expliquent pas cette décision.
L’administrateur souligne que 70 % des membres du conseil ont été renouvelés depuis 2022. Il ajoute que certains d’entre eux arrivaient à la fin de leur mandat. «Ce sont des changements naturels qui seraient arrivés de toute façon.»
«Perturbations et périls»
Dans la circulaire envoyée aux actionnaires, Transat allègue que la Financière Outremont cherche à contrôler la société «sans participation proportionnelle».
Avec sa proposition, M. Péladeau prendrait le contrôle de la société, estime le conseil d’administration. «Cela permettrait à M. Péladeau d’orienter la direction, de dominer la prise de décision et de concentrer son influence», peut-on lire dans la circulaire.
Transat accuse M. Péladeau de mener une offensive «sans stratégie claire», ce qui perturberait les activités de la société. «Ce qui peut fonctionner dans une entreprise familiale (une allusion à Québecor) ne s’applique pas à une société aérienne cotée en bourse.»
La société affirme que les démarches de M. Péladeau surviennent alors que Transat «a atteint un point d’inflexion dans sa relance».
L’assemblée des actionnaires de Transat est prévue le 10 mars prochain.
Transat affronte de nombreux vents contraires alors qu’elle s’est lourdement endettée durant la pandémie. La suspension des vols vers Cuba, une importante destination pour le voyagiste, est une autre tuile qui s’ajoute aux défis de l’entreprise.
Plus tard jeudi, Transat a confirmé l’annulation temporaire de ses vols vers la Floride pour la saison estivale. La décision survient alors que les Canadiens boudent les destinations américaines, dans un contexte de tensions commerciales.
Air Transat dessert 67 destinations et ces deux villes sont les seules aux États-Unis.
«La présence d’Air Transat aux États-Unis demeure aujourd’hui très marginale, représentant seulement 1 % de notre capacité en siège‑kilomètre moyen pour l’été», explique la porte-parole de la compagnie aérienne, Andréan Gagné, dans un courriel.
L’action de Transat a perdu 0,05 $, ou 2,02 %, à 2,42 $ à la fin de la séance à la Bourse de Toronto.
Entreprise citée dans cette dépêche: (TSX:TRZ)

