Économie

La Banque du Canada maintient son taux directeur à 2,25%

Le gouverneur Tiff Macklem affirme également que, bien que l’économie soit faible, il ne dirait pas qu’elle est en récession.

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Le bâtiment de la Banque du Canada à Ottawa, le mardi 9 juin 2026. LA PRESSE CANADIENNE Le bâtiment de la Banque du Canada à Ottawa, le mardi 9 juin 2026. LA PRESSE CANADIENNE (Sean Kilpatrick)

La Banque du Canada maintient son taux directeur inchangé pour la cinquième fois consécutive mercredi, dans le but de soutenir une économie en difficulté sans pour autant laisser les prix augmenter de manière incontrôlée.

Le gouverneur Tiff Macklem affirme également que, bien que l’économie soit faible, il ne dirait pas qu’elle est en récession.

Le taux directeur de la banque centrale reste à 2,25 % après cette décision, largement anticipée par les économistes.

Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, souligne dans un discours préparé que l’économie a été plus faible que prévu au premier trimestre de l’année, la politique commerciale américaine et la guerre en Iran alimentant l’incertitude géopolitique. Les prix mondiaux du pétrole — poussés à la hausse par le conflit au Moyen-Orient — restent quant à eux plus élevés que ce que prévoyait initialement la banque centrale dans ses prévisions d’avril.

«Dans ce contexte, l’économie canadienne est restée au ralenti, et l’inflation a augmenté», indique M. Macklem.

La banque centrale a pour mandat de contenir l’inflation, mais s’efforce également de soutenir l’économie face à des vents contraires, comme l’agressivité commerciale des États-Unis.

Ces pressions contradictoires placent la banque centrale face à un dilemme, selon M. Macklem.

«D’un côté, augmenter les taux pour freiner l’inflation risquerait d’affaiblir davantage l’économie. De l’autre, les baisser pour soutenir la croissance accentuerait le risque que l’inflation élevée devienne persistante», explique-t-il.

«Pour le moment, maintenir le taux directeur inchangé permet d’équilibrer ces risques.»

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Vers une inflation autour de 3%

L’inflation annuelle a atteint 2,8 % en avril, en partie en raison du choc énergétique mondial. La Banque du Canada s’attend désormais à ce que l’inflation se maintienne autour de 3 % au cours des prochains mois avant de revenir vers l’objectif de 2 % de la banque centrale.

M. Macklem dit qu’il y a jusqu’à présent «peu de signes» que la hausse des prix de l’énergie se traduisait par des pressions inflationnistes plus générales.

Il ajoute que la Banque du Canada continuera à ne pas tenir compte de la hausse à court terme de l’inflation liée au choc pétrolier. Il réaffirme également que la banque centrale agira pour empêcher que les pressions sur les prix ne s’ancrent.

L’inflation sous-jacente — un ensemble d’indicateurs utilisés par la Banque du Canada pour suivre les tendances sous-jacentes des prix — s’est modérée ces derniers mois malgré la hausse du taux global. Selon M. Macklem, la banque centrale surveillera si ces tendances s’inversent avant d’envisager la possibilité de hausses de taux.

«Si nous commençons à voir l’inflation sous-jacente remonter en raison de la propagation de la hausse des prix de l’énergie, cela retiendra certainement notre attention, car cela suggérerait que l’inflation mesurée par l’IPC (Indice des prix à la consommation) ne reviendra pas à la cible, et nous pourrions devoir prendre des mesures pour la ramener à ce niveau», dit-il.

Pas de récession

Statistique Canada a fait état d’une légère contraction du produit intérieur brut réel au cours des trois premiers mois de l’année — une baisse annualisée de 0,1 %, après une chute de 1,0 % au quatrième trimestre de 2025.

Dans ses prévisions d’avril, la Banque du Canada tablait sur une croissance de 1,5 % au premier trimestre de l’année. M. Macklem attribue en grande partie cet écart à un recul inattendu des dépenses publiques, qui, selon lui, peuvent être irrégulières d’un trimestre à l’autre.

Ces deux baisses consécutives ont déclenché des débats sur une éventuelle récession au Canada, bien que de nombreux économistes aient rejeté cette hypothèse, arguant que la nature modeste de la baisse ne répondait pas aux critères d’une récession.

Interrogé mercredi sur la question de savoir s’il pensait que l’économie était en récession, M. Macklem répond également que cette étiquette n’est pas encore justifiée.

«D’après les données dont nous disposons à ce jour, l’économie est faible, mais elle n’est pas clairement en récession», précise-t-il.

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M. Macklem ajoute que, bien que l’économie et le marché du travail aient connu une certaine volatilité au cours de l’année écoulée, la tendance générale est celle d’une croissance atone, et non d’un déclin marqué. Il a également noté que plus de la moitié des secteurs d’activité canadiens avaient connu une croissance au premier trimestre de l’année, malgré la légère baisse globale.

Les données économiques récentes, notamment un rapport sur l’emploi solide pour le mois de mai, indiquent que l’économie pourrait rebondir au deuxième trimestre de l’année, selon M. Macklem.

«Jusqu’à présent, nous n’avons pas constaté de baisse significative et généralisée de l’activité économique», rapporte-t-il. 

«Je n’utiliserais pas le mot “récession”».

Une banque centrale «patiente»

Ali Jaffery, économiste en chef chez KPMG, indique dans une déclaration que l’accent mis sur la récente faiblesse économique a donné aux propos de M. Macklem une tonalité «accommodante» — suggérant une politique monétaire plus souple plutôt qu’un resserrement.

Les risques d’une inflation persistante semblent faibles face à une économie en perte de vitesse, fait valoir M. Jaffery.

«Même si l’économie se redresse au deuxième trimestre — ce qui sera probablement le cas —, il y a une grande marge pour une croissance non inflationniste lorsqu’une économie sort d’une crise comme celle-ci», explique-t-il.

Andrew Grantham, économiste principal à la Banque CIBC, précise dans une note adressée à ses clients que la décision de mercredi sur les taux reflète une «banque centrale très patiente», attendant de voir comment les risques évoluent.

Il ajoute que la CIBC continue de ne prévoir aucun changement du taux directeur en 2026, car le niveau actuel des taux soutient une reprise modérée de l’économie à partir de la fin de cette année.

Craig Lord

Craig Lord

Journaliste