La Banque du Canada fera part de son analyse des pressions sur les prix liées à la guerre en Iran mercredi, lorsqu’elle publiera son nouveau rapport sur la politique monétaire et annoncera sa prochaine décision en matière de taux d’intérêt.
La banque centrale a maintenu son taux directeur à 2,25 % lors de trois décisions consécutives. La plupart des économistes s’attendent à ce que les responsables de la politique monétaire poursuivent cette série cette semaine.
Selon LSEG Data & Analytics, les marchés financiers tablaient vendredi sur une probabilité de plus de 93 % que le taux soit maintenu mercredi.
Nathan Janzen, économiste en chef adjoint à la Banque Royale, s’attend à un maintien des taux d’intérêt par la Banque du Canada cette semaine, les responsables de la politique monétaire surveillant de près l’impact de la hausse des prix de l’énergie sur l’inflation.
En début d’année, de nombreux économistes prévoyaient que les signes d’un ralentissement de l’inflation et d’une reprise économique modérée inciteraient la Banque du Canada à rester en retrait en attendant que la situation s’éclaircisse dans le conflit commercial avec les États-Unis.
Le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient fin février et la flambée des prix mondiaux du pétrole qui en a résulté pourraient bouleverser ces prévisions.
L’inflation bondit
La semaine dernière, Statistique Canada a donné un premier aperçu de la manière dont la guerre en Iran commençait à affecter l’inflation en mars. L’inflation globale a bondi à 2,4 % le mois dernier, contre 1,8 % en février.
Tony Stillo, directeur de l’économie canadienne chez Oxford Economics, soutient que les indicateurs d’inflation sous-jacente de la Banque du Canada, suivis de près, envoient des signaux rassurants.
«Ils semblent être un peu plus modérés que prévu, ce qui a probablement été bien accueilli par la Banque du Canada», explique-t-il.
M. Stillo ajoute que la banque est confrontée au double défi de faire face à un choc d’offre susceptible à la fois d’affaiblir l’activité économique et de faire grimper les prix. En temps normal, un ralentissement économique s’accompagnerait de baisses de taux d’intérêt, tandis que des prix élevés entraîneraient des hausses de taux.
Le gouverneur Tiff Macklem a déclaré après la décision de la banque centrale sur les taux en mars qu’elle ne tiendrait pas compte de la hausse initiale de l’inflation due au choc pétrolier, mais qu’elle agirait pour s’assurer que les pressions inflationnistes ne s’ancrent pas.
M. Janzen prévient qu’il faudrait quelques mois avant que les répercussions de la guerre ne s’étendent au-delà des prix de l’essence pour toucher d’autres postes du panier de consommation.
Maîtriser les prix mondiaux des matières premières, comme le pétrole, est une tâche qui dépasse largement les compétences de la Banque du Canada. Mais M. Janzen fait valoir que la banque centrale ne peut ignorer indéfiniment l’inflation liée à l’énergie, en particulier si la hausse des prix à la pompe commence à alimenter des anticipations inflationnistes plus élevées.
Les entreprises qui s’attendent à faire face à une hausse des prix due à la guerre en Iran pourraient choisir de répercuter ces coûts sur les consommateurs, de sorte que la hausse des anticipations inflationnistes pourrait devenir une prophétie autoréalisatrice.
La Banque du Canada a publié la semaine dernière ses propres enquêtes trimestrielles auprès des entreprises et des consommateurs, mais celles-ci ont été menées en grande partie avant le début de la guerre en Iran. Des enquêtes de suivi sur un échantillon réduit ont toutefois montré une hausse au moins modérée des anticipations d’inflation à court et moyen terme liée au conflit.
«Les anticipations à court terme reposent sur (...) les prix des produits alimentaires et de l’essence. Ceux-ci vont augmenter, et à juste titre, car à court terme, on assistera à une hausse», indique M. Stillo.
«Ce sont les anticipations d’inflation à long terme qui sont essentielles pour la Banque du Canada, et c’est ce qu’elle surveillera.»
Certaines des entreprises interrogées lors des enquêtes de suivi ont indiqué que leur capacité à répercuter les hausses de prix était limitée par la faiblesse de la demande et la structure des coûts de leurs contrats.
L’incertitude continue
La Banque du Canada devra également composer avec l’incertitude persistante entourant les efforts visant à garantir un cessez-le-feu durable au Moyen-Orient et à rouvrir le détroit d’Ormuz, un passage crucial pour le pétrole provenant du golfe Persique.
M. Stillo s’attend à ce que la banque centrale présente, dans son rapport sur la politique monétaire, plusieurs scénarios possibles concernant l’évolution de la guerre en Iran. C’est l’approche qu’avaient adoptée les responsables de la politique monétaire il y a un an, lorsque les États-Unis avaient imposé pour la première fois des droits de douane sur les produits canadiens.
La politique budgétaire constitue une autre source d’incertitude relative pour la Banque du Canada. Le gouvernement fédéral présentera ses perspectives économiques du printemps mardi, la veille de la décision sur les taux.
M. Janzen souligne que, même sans avoir beaucoup de temps pour analyser la dernière mise à jour budgétaire, l’orientation de la politique fédérale a été assez clairement annoncée.
Par exemple, les libéraux ont suspendu la taxe d’accise fédérale sur les carburants pour environ quatre mois la semaine dernière, une mesure qui, selon les économistes, devrait réduire l’inflation globale de près de deux dixièmes de point de pourcentage dans les mois à venir.
M. Janzen ajoute qu’avec une économie qui peine à croître et un taux de chômage qui reste élevé, la Banque du Canada est bien placée pour maintenir son taux directeur inchangé en attendant que la situation concernant la guerre en Iran se clarifie.
«Si l’on fait abstraction du choc pétrolier et des effets de relance budgétaire qui, selon nos prévisions, devraient se manifester de manière plus significative cette année, on pourrait alors soutenir que la Banque du Canada devrait réduire ses taux d’intérêt», conclut-il.
«Donc, tout bien considéré, nous pensons que cela la maintiendra dans une phase d’attente pour le reste de l’année, sans modification des taux d’intérêt.»

